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de ces faits sont-ils autant d'exemples de suicide causé par la folie. Presque tous ont eu lieu dans les monastères, et personne n'ignore que la folie était fréquente chez ces hommes que M. Bourquelot nous représente « comme des prisonniers volontaires^, vivant dans le silence, privés du commerce des autres hommes, des distractions et des jouissances que donne le monde, condamnés à concentrer toutes leurs facultés dans l'amour d'un Dieu invisible (1), » sans cesse ballottés entre les victoires de l'âme et les révoltes de la chair.
Voici, d'ailleurs, les faits qu'il a recueillis : « Une religieuse d^un âge avancé, d'une sainteté » exemplaire, se sent tout à coup troublée par le » mal de tristesse, et tourmentée par l'esprit de » blasphème, de doute et d'incrédulité ; elle » tombe dans le désespoir, refuse les sacrements, » puis se croyant condamnée au feu éternel, et » craignant que, suivant les menaces du prieur » qui la dirige, son corps ne soit enterré sans » honneur dans les champs, elle se précipite » dans la Moselle, dont on parvient à la retirer
(1) Bourquelot, loc. cit., t. IV, p. 249.
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» vivante. — Un convors, jusqu'à la vieillesse, » avait mérité l'estime et les éloges de ceux qui » l'entouraient, par la régularité de sa conduite » et par le rigorisme de ses pratiques religieuses. » Mais enfin il fut pris d'une sombre mélancolie; » il s'imagina que ses péchés étaient trop grands » pour que Dieu voulût les lui pardonner, et » désespéra de son salut ; il ne pouvait plus prier, » et plein d'un doute accablant, il se jeta dans » un réservoir d'eau voisin du monastère, où il >3 périt noyé. Une jeune religieuse est séduite » par les artifices magiques d'un moine, et ne » pouvant résister aux tentations qu'il lui inspire, » devenue folle d'amour, elle veut sortir du cou- » vent. On l'en empêche, et alors, obéissant à » l'impulsion de son désespoir, elle se préci- » pite dans un puits et meurt. — Baudouin, » moine de Brunswick, la tête affaiblie par les » veilles et le travail, se pend à la corde de la » cloche de son couvent; on parvient à le sauver » de la mort, mais il ne peut recouvrer l'intégrité » de sa raison. — Césaire cite, à la suite de ces » faits, l'histoire d'une jeune fille qui, devenue » mère et abandonnée par son amant, se jette » dans le Rhin près de Cologne, et celle d'un
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» jeune homme qui se pend par le seul regret M d'avoir perdu son vêlement (1), »
Ce sont bien là, en effet, autant d'exemples de folie. Mais, même dans ces conditions, le suicide était encore rare, tant étaient puissantes sur toutes les âmes la passion du salut et la crainte de la damnation éternelle. M. Bourquelotnous en donne lui-même la preuve, lorsqu'il rappelle les réflexions que ces actes inspirent aux écrivains qui les racontent. Césaire les considère comme tellement honteux pour les ordres monastiques, qu'il hésite à les rapporter, et surtout à nommer les lieux et les couvents où ils se sont accomplis. Il craint aussi que ce ne soit une chose funeste pour les faibles, d'entendre de pareils récits. Observation éminemment juste et profonde sur laquelle nous reviendrons plus loin (2). Ainsi donc le suicide était rare au moyen âge. Dans ces temps d'anarchie et de violence, de misère et de douleur, le chrétien souffrait avec patience, en
(1) Bourquelot, loc. cit., t. IV, p. 251. — Césaire, Dialogi miraculorum , cap. XL, XLI, XLIÏ, XLIII, XIJV et XLY.
(2) Césaire, Dialogi miraculorum, cap. XL et XIJ.
attendant cette vie meilleure que Dieu lui promettait comme récompense de sa résignation. 11 n'en était pas de même tout à fait des juifs, victimes moins résignées des malheurs des temps et du fanatisme des hommes. ïls se tuaient quelquefois en grand nombre et comme à l'envi les uns des autres. En France, en 1095, un grand nombre de juifs, par crainte des lourments, et pour ne point être forcés de manquer à leur loi, se tuèrent eux-mêmes ou se lirent donner par leurs amis le coup mortel (1).
A York, cinq cents d'entre eux furent voués à la mort; dans leur désespoir ils imploraient de leurs frères le triste service de les débarrasser de la vie; ils se tuaient les uns les autres, « aimant mieux, dit un chroniqueur, être frappés par ceux de leur nation que périr de la main des incircGncis(2).»Eul320, cinq cents juifs assiégés dans une tour par les Pastoureaux, choisirent l'un d'eux, comme le plus fort de la troupe, pour
(1) Bibliothèque de l'École des chartes, t. IV. — Gaufredi Vosiensis c/ironicon. — Chroii. Turou. {Rec, des histor. de France, t. XII, p. ^28 et AGô.)
(2) Bibliothèque de l'École des chartes, t. IV, — Rec. des historiens de France, t. XVII.
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les sauver de lacruaulé des incirconcis, et furenl tous égorgés par ce bourreau improvisé (1). Nous pourrions multiplier les exemples de ces hécatombes humaines produites par le fanatisme et la persécution. Nous avons dit ailleurs les causes générales de cette fréquence de ia mort volontaire chez les juifs dégénérés ; nous n'y reviendrons pas.
M. Bourquelot nous paraît se rapprocher un peu plus de la vériîé. ainsi que nous le verrons plus loin, lorsqu'il signale un accroissement marqué du nombre des suicides aux xv* et xvi' siècles. Ce n'es-t pas que les fails et les raisonnements sur lesquels il s'appuie soient tout à fait probants. Il exagère évidemment l'influence que durent exercer sur leurs contemporains quelques écrivains, qui, dans leur admiration pour les temps antiques, hasardèrent une justification parfois très hardie de lamort volontaire(2). Leurs livres nes'adressaient qu'à un petit nombre
(1) Bibliothèque de l'École des chartes, t. IV. ~ Contin. Guill. de Nangis, publié par M. H. Géraud (in-8, 1843), t. II, p. 27.
(2) Voy. entre autres Montaigne, Essais, liv. II, chap. IlietXIIL
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de lecteurs, el ceux-là ne se tuaient guère, sur= tout à ces époques reculées. Et quant aux faits : que Philippe Slrozzi , le courageux adversaire de Come 1'% se soit tué pour ne pas compromettre ses amis par les aveux que la torture aurait pu lui arracher (1); que leduc d'Enghien, pendant la bataille de Cérisoles, qu'il crut un moment perdue, ait essayé deux fois, ainsi que le raconte Montaigne, de se donner de l'épée dans la gorge (2); que Jérôme Cardan se soit laissé mourir de faim pour ne pas faire mentir la prophétie, dans laquelle il avait annoncé, longtemps à l'avance, le jour de sa mort (o) ; cela ne prouve guère que cette maladie sociale ait été bien fréquente à Tépoque oi^i ces faits se sont produits. Ce sont cependant à peu près les seuls que nous trouvions dans le travail de M. Bourquelot à l'appui de sa thèse.
(1) Bibliothèque de l'École des châties, t. IV, — Balzac, entretien XXXIV, chap, VI. — Le baron de Fourquevauls, Vies de plusieurs grands capitaines.
(2) Bibliothèque de l'École des chartes, t. IV. — Montaigne, Essais, liv. II, chap. III.
. (3) Bibliothèque de l'École des chartes, t. IV. — De ïhou, liv. XLII. — Scaliger, Prolegom. ad Manilium.
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Il ne pouvait guère d'ailleurs en être autrement. Les suicides éclatants et de nature à se fixer dans la mémoire des hommes étaient extrêmement rares ; les autres passaient inaperçus. Montaigne, qui nous a laissé une apologie, quelquefois si éloquente, de la mort volontaire, s'appuie à peu près exclusivement sur des exemples tirés de l'antiquité : « L'histoire, dit-il quelque » part, est toute pleine de ceulx qui en mille ta- » çons ont changé à la mort une vie peineuse. » Et ailleurs : « Il y a infinis exemples de pareilles » conclusions populaires , (jui semblent plus » aspres d'autant que l'effect en est plus uni- » versel (1). » Tl venait de rappeler un nombre très considérable de suicides, soit partiels, soit accomplis sur une grande échelle , et par des populations tout entières. Mais hormis cinq ou six se rapportant à une époque peu éloignée de celle où il vivait, tous ces exemples sont tirés de l'antiquité. Preuve évidente, ce nous semble, de la pénurie dans laquelle le laissait l'histoire de l'humanité, depuis l'établissement du Christianisme.
(1) Montaigne, Essais, liv. II, chap. II
Les chroniques, les mémoires contemporains ne sont guère plus riches en fails de ce genre. Nous avons lu avec soin la Satyre Ménippée et le Journal de Henri III et de Henri /F, ce dernier embrassant une période de près d'un siècle^ et nous avons été surpris du petit nombre de suicides qui y sont rappelés. Cependant Pierre de l'Étoile rend compte, dans son journal, des faits même les plus insignifianls, des accidents arrivés à des gens inconnus, de la plus légère émotion populaire, d'une procession , d'un orage, d'un froid un peu vif, etc. Ses pages sont remplies de relations de meurtres, d'assassinats, de pendaisons, de supplices de tous genres. Il enregistre les naissances, les mariages, les décès de foules les personnes qu'il connaît ou dont il a enlendu parler. îl entre dans de grands détails sur les épidémie-, les pesles, les maladies régnantes et sur la mortalité qui en est la suite. Il constate, en 1607, que depuis l'avènement de Henri IV à la couronne, plus de quatre mille gentilshommes ont été tués en duel [\). Un jour
{i) Journal du règne de Henri IV, roi de France et de Navarre, par M. Pierre de l'Étoile (édit. de 1741, in-8), t. III, p. Û20.
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il raconte la mort d'un enfiint de quatre ans, fils d'un cordonnier, qui se tua en jouant avec un poignard (1). Un autre jour il parle du suicide d'un aventurier, voleur et faussaire émérite, qui se tua dans sa prison, et consacre plusieurs pages à riiistoire de ses prouesses (2). Dans un autre volume, il rappelle la mort, qu'il qualifie à'étrange, d'un nommé Bocquet, qui se tua par désespoir de la perle d'un procès, et constate que son cadavre fut déterré, lorsqu'on apprit son crime (3). On croirait volontiers lire les faits divers d'un journal de nos jours.
Or, on aurait peine à y trouver môme trente faits de suicide. Et chose étrange, ni la Satyre Ménippée, ni le Journal du règne de Henri IV n'en constatent un seul pendant le siège de Paris en 1590.11s en racontent cependant avec de longs détails, et presque jour par jour, toutes les misères, toutes les douleurs, toutes les lamentables péripéties. Ils disent toutes les horreurs qui accompagnèrent la famine, que les Parisiens
(1) Pierre de l'Étoile, loc. cit., t. III, p. 116.
(2) Ici., ibid. p. A55 et suiv.
{i)ld,,ibid. t. II, p. 808.
eurent à subir pendant plusieurs mois. « En ce » temps, la mortalité causée par la famine ré- » pandait dans tous les quartiers de la ville un « grand nombre de morts, et on ne pouvait aller » dans les rues de Paris sans en trouver (1). » — « Ce même jour, grand nombre de pauvres ont » fait une sortie, non pas pour repousser les enne- » mis, mais pour aller aux champs couper des » épis de blé, comme ils avaient fait déjà maintes » fois, pour s'en nourrir, ne trouvant pas dans la » ville pas même des herbes et des peaux des » plus vils animaux, car on avait déjà mangé les » ânes, les chiens, les rats, les os des morts , » dont on avait fait de la poussière plutôt que de » la farine, voire des pierres d'ardoises qu'on » pilait et qu'on avalait dans de l'eau ; mais les w royalistes ont tiré sur eux et peu sont revenus » sains et sauves (2). » Los principaux bourgeois, à boul de force et de courage, représentèrent enfin à leurs gouverneurs, « qu'il leur devait » suffire d'avoir vu mourir de faim en la ville, » tant grands que petits, trente mille personnes
(1) Pierre de TÉtoile, loc. cit., t. I, p. 68.
(2) Id. , ibid. t. I, p. 69 et 70.
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» de compte fait, » et qu'il était temps de se » rendre (1). »
Ceci n'est pas une digression inutile ; il y a, au contraire, dans tous ces faits un grand enseignement que nous ne devons pas négliger. Il n'existe pas , dans l'antiquité , d'exemple d'une ville qui ait eu à supporter de semblables horreurs, sans que ses habitants se soient tués en grand nombre. Les catastrophes de cette espèce ont été tellement nombreuses et sont si connues, qu'il est tout à fait inutile de les rappeler ici (2). Les Parisiens avaient donc en eux-mêmes un préservatif puissant, qui les sauva du désespoir. Ce préservatif, qui manqua aux anciens, était évidemment le senliment religieux si exalté encore à cette époque, et la ferme conviction que la mort volontaire était, aux yeux de Dieu, le plus grand des crimes, et était punie dans l'autre vie de la damnation éternelle. « Ces misères et » calamités, ajoute Tau lourde la Satyre Ménippée,
(1) Satyre Ménippée (édit. de 1709), t. I, p. UUO.
(2) Montaigne, Essais, liv. II, chap. III etXIII. — Tacite, Annales et histoires, passim. — Plutarque, Vies des grands hommes, passim, etc., etc.
» furent suivies de plusieurs maladies, entreautres w d'enflures dont tous les pauvres étoient tour- » mentes, comme l'hydropisie; maisla médecine » qu'ils y faisoient éloit la patience, de laquelle » ils étoient tellement armés, qu'elle augmenta » encore plus que leur mal : et ne laissoit-on » de faire infinies processions, avec les indul- » gênces et pardons que M. le légat leur donnoit, » qui se giiignoient en la pluspart des églises, » avec les sermons qu'ils oyoyenl, qui leur fesoit » prendre tant de courage avec tout ce qu'ils » enduroyent, que les sermons leur servoyent de » pain (1). »
Il semblerait donc résulter de tout ce qui précède que, contrairement à l'assertion de M. Bourquelot, le suicide a été extrêmement rare pendant les xv« et xvi* siècles. Cela n'est vrai cependant qu'en partie ; car si M. Bourquelot avait consulté les annales de la sorcellerie et de la folie démoniaque à cette époque, sa moisson aurait été bien autrement abondante. La mort volontaire était, en effet, fréquente chez ces pauvres fous qui, sous le nom de possédés du démon, de sorciers, d'ado-
{{) Satyre Ménippée, édit. de 1709, t. I, p. 419.
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rateurs du diable, etc., ont été en si grand nombre victimes de l'ignorance et des préjugés de leurs contemporains. La science de la folie, comme personne ne l'ignore, est une science tout à fait moderne. Cette maladie était presque constamment méconnue, et, jusqu'au milieu du xvin" siècle, les fous étaient assimilés aux criminels môme les plus endurcis. Il faut lire dans l'ouvrage de M. Galmeil, sur la folie depuis la renaissance jusqu'à nos jours, toutes Ces lamentables histoires d'hallucinés, de maniaques, de mélancoliques ou d'épilepliques, condamnés impitoyablement au bûcher par desjuf;es aussi barbares que fanatiques, pour se faire une idée du rôle immense attribué au diable, dans les affaires humaines, pendant ces siècles quiviroat cependant la renaissance des sciences, des lettres et des arts.
La réforme de Luther, et plus tard celle die Calvin, avaient porté dans toutes les classes de la société la passion, je dirai presque la fureur des discussions théologiques. Grâce à elles, la croyance aux esprits bons ou mauvaiSj à la puissance des démons et à leur intervention permanente dans les choses de la térrè, était devenue
plus générale et plus entière qu'elle l'eût peutêtre jamais été. C'est dans les livres des exorcistes, des inquisiteurs et de quelques légistes de l'époque, les Spranger (1), les Del Rio (2), les Bodin (3), les Pierre Delancre (4), les Michaelis (5), les Barthélenay de Lépine (6), les Boguet (7), les Wier (8), etc. , qu'il faut étudier cette étrange aberration de TesprFt humain qui a fait
(1) Spranger, In malleo maleficorum, t. I.
(2) Del Rio, de la congrégation de Jésus, Disquisitionum magicarum libri sex (1599).
(3) Bodin, De la dénionornanie des sorciers. Paris, in-/i. {h) Pierre Delancre, conseiller au Parlement de Bordeaux,
Tableau de l'inconstance des mauvais anges et démons, etc. Paris, in-6, 161.3. — L'incrédulité et mécréance du sortilège pleinement convaincue, etc. Paris, xn-k, 1622.
(5) Michaelis, inquisiteur, Pneumalogie ou discours sur les esprits, in- 4, 1587. — Histoire admirable de la possession et conversion d'une pénitente séduite par un magicien, in-8, 161/t.
(6) Barthélémy de Lépine, professeur en théologie et frère de la congrégation de Saint-Dominique, {iuœstio de strigibus. — De lamiis apologia, in Ponzinibium.
(7) Boguet, grand juge en Bourgogne, Discours des sorciers, 1 vol. iii-8, 1603 à 1610.
(8) Wier, Opéra omnia, 1560.
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tant de fous, et qui, pendant si longtemps, les a fait considérer comme coupables du plus grand des crimes, celui de lèse-majesté divine. C'est dans ces livres qu'on trouvera l'histoire de ces terribles épidémies de maladies morales et nerveuses qui épouvantèrent nos aïeux. C'est enfin dans ces livres qu'il faut rechercher la description des atroces souffrances de tant de malheureuses victimes, des pratiques du diable pour les amener à lui vendre leur âme, et des tortures auxquelles il soumettait ceux qui s'étaient donnés à lui. Or, parmi ces tortures, une des plus ordinaires était une impulsion irrésistible au suicide, dont la perpétration devait leur ôler toute voie au repentir et ies lui livrer sans retour.
Aussi le suicide était très fréquent chez ces pauvres insensés, comme il l'est encore aujourd'hui chez les fous (1). Nicolas Reœy, procureur criminel du duché de Lorraine vers la fin du xvr siècle, a rendu compte, dans un livre intéressant (2), de ce qu'il a observé lui-même chez
(1) Vuir noire 2= chapitre, p. 190 et suiv.
(2) Nicolas Remy, procureur criminel du duché de Lorraine, Demoyiolatriœ libri treSy 1596. ""
ââO HISTOIRE DU SUICIDE
les démonolàlres et sorciers, qu'il a eu à juger pendant les quinze années que durèrent ses fonctions. Il constate que, chez beaucoup d'entre eux qui auraient voulu renoncer au pacte qu'ils avaient fait avec Satan, celui-ci faisait naître un penchant au suicide tellement prononcé, qu'il leur arrivait souvent de se pendre, de se noyer, ou de se percer d'un instrument tranchant. Il rappelle que ce^besoin de mourir est tellement impérieux chez quelques-uns, qu'on ne saurait les surveiller de trop près, et que, malgré tous les soins qu'on y ait mis, il lui est arrivé d'en voir jusqu'à quinze exemples dans une seule année. Ceux qui n'avaient pas le courage d'attenter eux-mêmes à leur vie suppliaient souvent leurjuge d'accélérer le moment de leur supplice, qui seul pouvait les délivrer des obsessions de leur ennemi et de leur maître, et les affranchir de cette vie de misère et de crime qui leur était odieuse (i).
D'après Spranger, lesdémonolàtresde la haute Allemagne arrivaient aux audiences la figure et le corps couverts de meurtrissures et d'ecchymoses, et cherchaient souvent dans le suicide
(1) Nicolas Ilemy, Iqç, çit.