‹ Du suicideChapitre 42 sur 52 · PENDANT LES XV' ET XVI* SIÈCLES · texte numérisé non relu

PENDANT LES XV' ET XVI* SIÈCLES

un remède à leurs tourmenls(l). Tous les démonographes ont vu un plus ou moins grand nombre de suicides ou de lenlalives de suicide chez les possédés, sorciers, magiciens, qu'ils onl connus. Jeanne de BeUied, supérieure des Ursulines de Londres, qui fit condamner Urbain Grandier, voulut un jour s'étrangler avec une corde en présence de M. Laubardemont (2). Le père Michaelis, dans son histoire de la possession de Madeleine de Mandols et du procès de Louis Gaufridi, prêtre bénéficiéde l'église des Acoules, à Marseille, raconte que le jour de Pâques « la » fille crioit si haut qu'on enlendoil la voix de » bien loin, et espouvantoit ceux qui l'enten- » doient, Belzébut la vexant aussi à l'inlérieur » de grandes tentations de désespoir, lui disant K qu'elle n'avoit jamais fait une entière confes- » sion.. l'incitant à se précipiter de la fenêtre » quand elle y étoit, ou à se frapper d'un cou- » teau quand elle étoit seule. La nuit précédente, » la voulust faire brusler, et elle ne consentant

(1) Spranger, loc. cit.

(2) De la Ménarday, Examen et discussion critique de r histoire des diables de Loudun. Liège, 17Zi8, iu-12.

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« point, la jeta contre le feu, et fut trouvée toute « assoupie, la teste touchant presque le feu (1). » Je pourrais multiplier les faits de ce genre , car le nombre des sorciers était immense, et les parlements ne sviflisaient pas à les juger. On était obligé de les poursuivre par bandes de dix, de quinze, de cent cinquante {'2). Croirait-on que sous le règne de François I^"" on en ait déféré jusqu'à cent mille à la justice (3)? Nicolas Remy en fît brûler neuf cents en moins de quinze ans, dans le seul duché de Lorraine (4). Il fut un moment oii Ton en faisait périr par les flammes environ mille par an, dans le seul district de Côme,en Lombardie (5). On nous pardonnera une dernière citation, malgré sa longueur. Elle peint admirablement la superstition fanatique et la férocité naïve de ces temps de violence, où l'on faisait si bon marché de la vie humaine. C'est un extrait d'un ouvrage sur la sorcellerie , de Boguet ,

(1) Michaells, Histoire admirable de ia possession, eic.

(2)Botlin, loc. cit., p. 167.

(3) Delancre, De l'incrédulité et mécréance^ etc., p. 584.

(/i) JNicolas lléniy, loc. cit.

(5) Barthélémy de Lépinc, Quœstio de strigibus.

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grand juge, en Bourgogne, sous le règne de Henri IV.

« Je tiens que les sorciers pourraient dresser » une armée aussi formidable que celle de Xerxez » qui esloit neantmoins de dix-huit-cents-mil » hommes ; car s'il est ainsi que Trois-Échelles, » l'un des mieux expérimentez en leur mestier, «déclara, sous le roi Charles neufiesme, qu'ils » estoient en la France trois cents mil (les autres «lisent trente mil), à combien estimerons-nous )3 le nombre qui se pourroit rencontrer es autres » pays et contrées du monde ? et ne croirons- » nous pas encore que dès lors ils sont accrouz » de plus de moitié? quand à moi, je n'en fais » nul doute, d'autant que si nous jettons seule- » ment l'œil sur nos voisins, nous les verrons » tous fourmiller de ceste malheureuse et dam- » nable vermine. L'Allemagne n'est quasi empê- » chée à autre chose qu'à leur dresser des feux ; » la Suisse, à cette occasion, en dépeuple beau- » coup de ses villages; la Lorraine fait voir aux » étrangers mil et mil pouteaux oii elle les atla- » chej et pour nous (car nous n'en sommes pas » exempts non plus que les autres), nous voyons » les exécutions ordinaires qui s'en font en plu-

lldtll HISTOIRE DU SUICIDE

» sietirs pays... Mais quel jugement ferons-nous » de la France? Il est bien difficile à croire « qu'elle en soit répurgée, attendu le grand nom- » bre qu'elle en soulenoit du temps de Trois- » Échelles : Je ne parle point des autres régions «plus éloignées; non, non, les sorciers mar- M chent partout à milliers, multipliants en terre, » ainsi que les chenilles en nos jardins... Je veux » bien qu'ils sachent que si les effets c'orrespon- » doyoient à ma volonté, la terre serait tantôt re- » purgée ; car je désirerois qu'ils fussent tous » unis en un seul corps, pour les faire brusler » tous à une fois, en un seul feu (1). »

Ce que nous savons de la folie et surtout de la mélancolie et de leur influence sur la production du penchant au suicide, suffît pour nous donner la certitude que la mort volontaire devait être commune parmi ces malheureux. Nous ne quitterons pas ce sujet sans faire ressortir le contraste remarquable qui exista, sous ce rapport, entre la folie produite par l'intervention supposée des démons, et celle, au contraire, qui eut pour point de départ la foi à une inspiration di-

(1) Boguet, loc. cit., dédicace.

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vine. Les persécutions contre les calvinistes, qui suivirent la révocation de l'édit de Nantes, déterminèrent, chez ces infortunés, une véritable épidémie de prétendus prophètes, qui se donnèrent comme envoyés de Dieu pour délivrer leurs frères et détruire le papisme. -Tout le monde connaît la guerre d'extermination dont le Dauphiné , le Vivarais et les Cévennes furent le théâtre, et le rôle immense que ces pauvres fanatiques jouèrent dans cette guerre. Tout le monde sait que leur nombre se compta par milliers; que dans certains villages, les hommes, les femmes, et jusqu'aux enfants, furent saisis de ce triste don de prophétie, qui s'accompagna, à peu près constamment, de convulsions et d'une remarquable incohérence dans les idées. Ils étaient, disaient-ils inspirés par le Saint-Esprit et sous la protection des saints Anges, qu'ils voyaient voltiger autour deux.

Les gibets, la roue, le biicher, les massacres et les exécutions en masse, les tortures les plus épouvantables, tout fut mis en usage pour arrêter cette déplorable aberration mentale, et tout échoua pendant plusieurs années. Les prophètes subirent les persécutions et les supplices

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