PRÉFACE. VII
qui doivent présider à toutes les discussions scientifiques; et si, dans la chaleur du discours, quelque expression un peu vive m'avait échappé, ce serait tout à fait contre mon gré, et je le désavoue d'avance.
Après avoir constaté toute la gravité du malaise social que révèle l'augmentation constamment progressive du chiffre des suicides, après en avoir étudié avec soin les causes éloignées et prochaines, il me restait encore à en indiquer les remèdes. Mais ici mon embarras a été gr.md : je n'avais plus pour me guider les statistiques officielles. La pratique médicale, s'appliquant exciasivement à des faits particuliers, ne pouvait m'étre d'aucun secours. Restait la législation (jui nest guère de ma compétence, et qui d'ailleurs est aujourd'hui tout à fait muette. Je me suis alors résolu à interroger le passé et l'expérience des peuples, espérant qu'il en sortirait des enseignements utiles pour le présent. Mais, à mesure quej'avançaisdans cenouveau travail, la question s'agrandissait de plus en plus, et insensiblement j'ai été amené à suivre l'histoire du suicide chez les différents peuples et aux principales périodes deThumanité.llyavait d'ailleurs dans ces recherches un attrait puissant qui m'entraînait comme
Vni PRÉFACK.
malgré moi, et qui explique le développement considérable qu'a pris mon troisième chapitre.
En procédant ainsi, je suis arrivé à des résultats le plus souvent en désaccord avec les opinions le plus généralement adoptées; mes conclusions sont souvent inattendues, et paraîtront, peut-être, au premier abord, un peu paradoxales. Cela lient probablement à ceque, avant d'édifier une théorie, on n'avait pas encore pris la peine de réunir un assez grand nombre de faits pour la rendre légitime. Serai-je plus heureux que mes devanciers? Je n'ose guère l'espérer. L'esprit de l'homme est prompt à se faire illusion sur la valeur de ses conceptions, et je ne crois pas, sous ce rapport, être meilleur qu'un autre. Cependant je sais que les faits ont une logique inexorable à laquelle il est impossible de se soustraire. Je sais aussi que le véritable observateur se contente le plus souvent de les laisser parler eux-mêmes, et se garde bien de substituer ses idées théoriques à leur langage toujours si clair, si simple et si exact. Ce sont ces principes que j'ai essayé de mettre en pratique dans les longues études que je soumets aujourd'hui à l'appréciation du lecteur.
Paris, l/i aofll 1856.