‹ Du suicide; statistique, médecine, histoire, et législationChapitre 30 sur 60 · DES CAUSES DÉTERMINANTES · texte numérisé non relu

DES CAUSES DÉTERMINANTES

ravant, le malade avait été obsédé par la présence auprès de lui d'un gros chat qui s'était transformé , au bout de quelques mois , en un huissier de la chambre avec le costume rigoureusement officiel. Celui-ci le précédait partout, dans sa propre maison ou dans celles des autres, montant les escaliers devant lui, et semblait vouloir l'annoncer toutes les fois qu'il entrait dans un salon. Enfin, quelques mois après, ce spectre ne se montra plus , et fut remplacé par une apparition horrible à la vue et désolante pour l'esprit , un squelette. Ce dernier fantôme ne le quitta jamais, et sa présence, disait-il, (jc est si pénible et si affreuse , que ma raison est » totalement hors d'état de combattre les efiets D de mon imagination en délire , et je sens que » je meurs victime d'une maladie imaginaire.»

Tous les moyens employés pour guérir ce malade furent inutiles. Son accablement ne fit qu'augmenter, et il mourut avec la détresse d'esprit dans laquelle il avait passé les dernières années de sa vie.

Ces deux observations suffisent pour faire voir que la folie échappe, dans quelques circonstances, aux yeux même les plus clair-

voyants. Us démontrent en même temps que cette cause doit avoir été méconnue dans un certain nombre des suicides constatés par le ministère de la justice. Mais nous n'en persistons pas moins a repousser comme trop générale, et nécessairement erronée, la proposition suivante d'Esquirol : c( Ce ne sont pas les signes » du délire qui manquent chez celui qui se sui- Dcide, ce sont les observateurs, qui ne sont pas » à portée de tout voir et de bien voir (1). » 11 en est de cette proposition comme de la plupart des arguments qui ont été mis en avant pour soutenir l'opinion d'après laquelle le suicide serait toujours un symptôme d'aliénation mentale. Elle est vraie , si l'on se contente de l'appliquer à un certain nombre de cas particuliers ; mais , ainsi que nous l'avons surabondamment démontré , elle est évidemment fausse , si l'on examine la question dans son ensemble et dans tous les faits qui se présentent journellement k l'observation. Ceci posé , nous allons essayer de déterminer comment la folie se comporte pour amener les malheureux qu'elle frappe k se donner la mort.

(1) Esquirol , loc, ciï., 1. 1, p. 571,

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