DE LA FOLIE CONSIDÉRÉE GOMME CAUSE DÉTERMINANTE
DU SDiaDE.
Le suicide, avons-nous dit, ne constitue pas par lui-même une maladie mentale d'une espèce particulière et parfaitement définie, comme l'ont pensé un grand nombre de médecins d'aliénés. 11 ne peut être considéré que comme un fait dépendant des causes les plus diverses, parmi lesquelles la folie occupe un rang det plus importants. Une question se présente donc tout d'abord , dont la solution ne saurait être douteuse. C'est celle ci : La folie a-t-elle toujours le même mode d'action chez les individus qu'elle porte au suicide , quelle que soit la cause qui l'ait produite elle-même , et quels que soient ses symptômes? Non sans doute ; ce mode d'action doit varier autant que les symptômes principaux de l'aliénation mentale. L'halluciné qui se tue n'obéit pas aux mêmes motifs que le maniaque ou le mélancolique , etc. Aussi , pour mettre un peu d'ordre dans ce que nous avons à dire du suicide dans ses rapports avec la folie ,
devrions-nous l'examiner successirement dans chacune des formes de cette maladie. Mais auparavant nous diront quelques mots d'une question grave sur laquelle les comptes rendus de la justice criminelle sont complètement muets 9 et qui^ par suite, ne pouvait trouver place dans notre premier chapitre. Nous voulons parler de l'influence de Thérédité sur le développement du penchant au suicide.
S i. lia ««Icide cflt^ MrMiUOi^t
Cette question a été résolue affirmativement par tous les médecins qui ont écrit sur le meurtre de soi-même. Ceux-ci ont rapporté , à l'appui de leur opinion, un certain nombre de faits qui semblent prouver, en effet , que ce penchant est, dans certains cas, héréditaire. Mais aucun n'a songé a établir une comparaison quelconque entre ces faits et la généralité des morts volontaires; de sorte que nous ignorons complètement dans quelles limites Faction de celte cause devrait être renfermée, et quel est son degré de fréquence relative. C'était là cependant un problème assez intéressant pour mériter dé
fixer leur attention; car on a fait bien peu de chose, croyons-nous, pour les progrès ultérieurs de la science , lorsqu'on a prouvé , du moins en apparence, que dans certains cas le suicide a été transmis par hérédité. Aussi ne saurions-nous trop regretter le silence complet gardé, sur ce sujet, par les comptes rendus de l'administration, quiseulsauraientpunous aider a combler cette lacune. Nous sommes donc obligé de nous en tenir , comme nos devanciers , aux faits particuliers, qui offrent en réalité un très grand intérêt. Ceux-ci, d'ailleurs, peuvent être interprétés de diverses façons, comme nous le verrons plus bas. En voici quelques*uns des plus remarquables.
VI® Observation. — Gall a connu une famille dont la grand'mère , la sœur , la mère , se sont suicidées ; la fille de cette dernière a été sur le point de se précipiter , et le fils s'est pendu. Le même écrivain rapporte le fait suivant: Le
sieur G , propriétaire, laisse sept enfants,
avec une fortune de deux millions ; ses enfants restent à Paris ou dans les environs , conservent leur portion de la fortune paternelle;
DÂKS LA FOLIE. 193
quelques-uns Taugmenteat; aucun n'éprouve de malheurs ; tous jouissent d'une bonne santé , d'une existence honorable , de la considération générale.Tousles sept frères, dans l'espace de quarante ans, se sont suicidés (1).
VII* Obseuvation. — Ptush a observé le fait
suivant : Les capitaines C. L et J. L....
étaient jumeaux; ils étaient si ressemblants qu'on ne pouvait les distinguer l'^in de l'autre ; ils servirent dans la guerre de l'indépendance d'Amérique. Us se firent également remarquer et obtinrent les mêmes grades militaires. Us étaient d'un caractère gai ; ils étaient heureux par leur famille, leurs alliances, leur fortune. Le capitaine C. L... resta à Greenfield , distant de deux milles de l'habitation de son frère ; le capi-^ taine J. L..., revenant de l'assemblée générale de Yermont, se cassa la tête d'un coup de pistolet; il était triste et morose depuis quelques jours. Vers le même temps, le capitaine C. L.^. devint mélancolique, et parla de suicide. Quel-
(1) F.-G. GalU Sur les fonctions du cerveau* Paris, 1825.
qttes jours après, il se lève de grand matin, propose a sa femme une partie de cheyal ; il se rase^ «près quoi il passe danâ une chambre voisine el s'y coupe la gorge. La mèt'e de des deux frèresi ajoute Rush, est aliénée^ et deux de leurs siËUIPi ont été, pendant plusieurs années, tourmentées de l'idée de se donner la mort (1).
Yllt® ObsbrvatioNi "^ Nods avons donné des soins à un malade dont le père^ devenu aliéné » s'était suicidé vers l'âge de quarante Uns , en avalant une éponge qui servait k nettoyer les latrines. Atteint Itii-même , k peu près au même âge , d'im accès de manie furieuse , qui , après avoir duré quatre ou cinq jours , le laissa ^dus l'empire des hallucinations les plus graves. Il fut tourmenté , dès le premiei* jour , par le désir de se jeter par la fenêli'e , et un peu après de se brûler vivant , en mettant le feu k sa maison» Plus tard encore , préoccupé constamment de la crainte de la damnation éternelle, il s'abstini
(1) Uush, Médical inquiries and observations upon the Diseases of the mind, Philadelphia ^ 1812, ia-8.
de prendre toute nourriture pour obéir aux hallucinations qui l'obsédaient. Nous fumes obligé de le nourrir àTiiide deia sonde œsophagienne. Pendant trois mois il persista ^ avec une fermeté désespérante -, daps sa résolution de se laisser mourir de faim, jusqu'à ce qu'enfin > épuisé par ce régime insuffissint , il monriit de faiblesse et d'inanition «
1X« Observation. — Encore un fait tiré des écrite d'Ësquirol : « Un riche négociant, d'un » caractère très violent, est père de six enfants : fi k mesure que ses enfants ont fini leur édu"- » cation, il leur donne une forte somme d'argent D et les éloigne dé chdÉ lui. Le plus jeune, âgé de i> vingt-six à yingt-sépt ans, devient mélancolique » et se précipité du haut du toit de sa maison; un D second frère qui lui donnait des soins, se repro- D che sa mort, fait plusieurs tentatives de suicide » et meurt un an après des suites d'abstinence
» prolongée etrépctée.L'annéesuivante,tin autre » frère a un accès de manie dont il guérit ; un » quatrième frtre, médecin, qui, deux ans avant » m'avait répété avec un désespoir ejSrayant, » qu'il n'échapperait pas à son sort, se tue ; deux
» ou trois ans après, une sœur devient d'abord » maniaque et fait mille tentatives de suicide. Le » sixième frère est a la tête d'un grandcoiumercc, » il eut fini comme se&frères^ s'il n'était retenu t* k la vie par ses enfanta et par sa femme, qui » est pour lui un ange tutélaire par ses soins et » par sa tendresse. » Esquirol ajoute en note. a Quelques années après que j'écrivais ces lignes » pour la première fois, ce malheureux s'est »tué(l).,»
Ces faits, que nous ne voulons pas multiplier outre mesure, sembleraient démontrer que le suicide est, dans certains cas, héréditaire. Mais il est à remarquer qu'ici l'hérédité a déterminé chez les uns le suicide, chez les autres la folie sous quelqu'une de ses formes si diverses. 11 ne faut pas perdre de vue non plus que tous ces faits ont été recueillis par des médecins d'allé* nés, et ont été invoqués par eux a l'appui de leur opinion, que le suicide est toujours une maladie. Cependant ne serait- ilpas permis desedemander si c'est bien le penchant au suicide qui est héréditaire, ou si ce ne.serait pas plutôt la folie dont
(1) Esquirol , De^ maladies mentales , 1. 1 , p. 582.
celui-ci estle symptôme? Tout lemonde s'accorde à reconnaître que, de toutes les maladies, l'aliénation mentale estpeut-être celle qui se transmet le plus fréquemment comme un triste héritage, et se perpétue ainsi de génération en génératioil dans les mêmes familles. Mais comprendrait^on qu'un acte purement accidentel, comme le suicide accompli sous Tempire d'une passion violente ou d'un malheur tout k fait imprévu, puisse devenir héréditaire. Tous les individus dont le suicide est représenté par les auteurs comme dépendant de l'hérédité étaient certainement aliénés. Le peu de détails qui nous ont été conservés sur Tétat mental de chacun d'eux suffisent pour l'établir de la manière la phis évidente. Et puis le nombre de faits de ce genre que nous trouvons dans la science est relativement extrê* mement borné. Sur trente-neuf cas d'aliénation mentale avec penchant plus ou moins prononcé au suicide que nousavons eu occasion d'observer depuis quelques années dans notre établisse* ment , et sur lesquels nous avons pu prendre les renseignements les plus exacts , un seul , celui que nous avons rapporté page 19/i., pouvait être attribué, du moins en apparence , k cette cause.
198 DU 8UICIBE
Cependant plus delà moitié des individus qui ont fait le sujet de ces observations avaient eu ou avaient encore des aliénés dans leur famille.
Aussi quelque extraordinaires que paraissent les faits que nous venons de faire connaître, ilane peuvent, selon nous, prourer qu'une chose, c^est quele suicide n'est que très rarement héréditaire et seulementlorsqu'il^stle résultat d'une aliénà«> tion mentale. Ces faits même pourraient être interprétés d'une tout autre façon et avec autant de raison. Nous verrons plus lo^n que la. mort volontaire devient quelquefois épidémiquOrC'est un fait incontestable, et tout tend à faire croire que l'esprit d'imitation est la cause la plus active de cette espèce de contagion morale qui se propage avec rapidité et atteint quelquefois un très grand nombre d'individus plus ou moins étrangers les uns aux autres. Comment s'étonner après cela qu'un fils on un frère se tuent , après avoir été témoins du suicide de leur père ou de leur frère ?
Nous trouvons dans Touvrage de M. Falret une observation curieuse, dans laquelle cette influence de l'imagination est évidente , et que nous croyons devoir reproduire en entier.
DARg Lk FOLIE. i99
X* Omiayation. — aMélaneolie suicide produite fmr la seule persuasion d'une prédisposition héréditaire. — a Une femme âgée de 35 ans , d^unc Gonslkntion éminemment nerveuse» éprouve depuis quelque temps seulement des symptômes de phthisie pulmonaire, affection pour laquelle elle réclame mes soins. Son enfance a été exempte de maladies graves. La menstruation s'établit ckez elle k quatorze ans et demi sans aucun accident fâcheux. A dix-neuf ans, elle apprit quun oncle, du côté paternel, s'était volontairement donné la mort : cette nouvelle l'affigea beaucoup ; elle avait ouï dire que la foUe était héréditaire, l'idée qu elle pourrait un jour tomber dans ce triste état usurpa bien* tôt toute son attention. Elle cacha soigneusement à sa mère les lugubres idées qui l'obsédaient continuellement, mais elle les confia k un ecclésiastique qui fit des efforts inutiles pour la distraire. Cependant , comme ces entretiens lui procuraient quelque calme, elle continua à le voir de temps en temps pendant deux ans environ.ElIe était dans cette tristq position, lorsque son prétendu père mit volontairement un terme à son existence, Dès lors M"^^ '^^^ se croit
tout à fait dévouëe à une mort violente. Elle rejette toute consolation, elle ne s'occupe que de sa fin prochaine, et mille fois elle répète : ce Je dois donc périr comme mm père et comme mm oncle I mm sang est dmc corrompu. »
» Cette dernière pensée acquit un très haut degré de certitude dans son esprit^ lorsqu'à l'époque menstruelle qui suivit de près, çUe vit que le sang était en moindre quantité et beaucoup moins coloré.
x> Elle ne douta plus que son sang ne fût entièrement décomposé. Vivement tourmentée par cette crainte, elle prend la résolution de se noyer ; elle laisse dans la jchambre de sa mère un billet pour lui apprendre son funeste sort , et «lie court se précipiter dans la - rivière ; elle en est retirée sur-le-champ et rendue à la vie.
. » La nuit qui suivit cet acte de désespoir fut très agitée. Des douleurs intolérables, surtout dans la région frontale , l'empêchèrent de se livrer au sommeil avant une heure du matin. A son réveil, qui eut lieu deux heures après , la malade ne reconnaît plus le lieu où elle se trouve , ni les personaes qui l'environnent. Elle
a un délire général» mais elle ne profère aucune parole qui retrace sa primitive mélancolie. Une chose digne d'être notée , c'est que cette malheureuse, qui était très réservée dans ses discours » et habituée a faire ses devoirs de religion , se plaît a ne dire que des obscénités.
» A ce délire maniaque , qui dura trois jours « succéda la iuiélancolie avec penchant au suicide. La céphalalgie reparut de nouveau , mais avec moins d'intensité. Madame ^^"^ éprouva aussi des nausées, accompagnées de vomissements peu abondants de matières jaunâtres , qui se dissipèrent promptement. Son embonpoint diminua sensiblement en très peu de temps , le flux menstruel devint irrégulier ; il était moins abondant, et revenait, contre l'ordinaire, tous les vingt jours à peu près.
» Le plus sombre désespoir était peint sur la physionomie de madame '^'^*; elle ne pouvait se regarder dans un miroir sans avoir un sentiment de frayeur : ce sont ses propres expressions.
n Tel était son état lorsqu'elle invoqua de nouveau le secours de la religion, qui allégea un peu ses souffrances , mais qui fut toujours insuffisante pour les dissiper complètement.
808 ao SDiGUtt
» Cependanl , la mère da eette infortunée s'occupait de lui ménager une entrevue fivec aoi) véritable père. iVprès des démarches inutiles. «^ rapporter pour notre objet, et qur durèrent trois mois , le jour fîit enfin. pris; on avertit la malade. Celle-ei refitse d^abord de croire au récit jqui lui est £aiit. Cependant eUe finit par Consentir à voir Thomme qu'on lui dit être Taur teur de ses jours. La ressemblance physique fiit si frappante , que la malade vit tous «es doutes se dissiper à l'instant même. Dèa lova ma-* dam^ *** renonce à tout projet de destruction! sa gaieté revient progressivement, etavec elle le rétablissement de sa santé. La menstruation seule conserve son irrégularité pendant trois mois. Quatorze ans se sont écoulés depuis sa tentative de suicide. Madame ^^'^y dans cet interr valle, est devenue mèM de trois enfants, et quoique, après son mariage, elle ait été plus malheureuse que chez sa mère , quoiqu'elle ait été réduite à une très grande misère {elle m'a été adressée par le bureau de charité du 9<^ arrondissement) , jamais elle n'a senti se renouveler son afireux penchant an suicide. Elle jouit du libre exercice de toutes ses facultés intellec-r
DAM hk FOLIE. 303
tuelles j et y d'^prè^ le^ renseignements que j'ai Qbtenus» çll^ élève ses enfants ftvec la plus
grande tendresse (i)<i »
11 est évident qu§^ che^ cette dame , le penchaql a|u suiçid^ > h^ tentatives avortées que celi|i-(4 a déterminées , Taecès de manie et de méUncQlie qui en a été la suite , tout a été le prodjiit direct et immédiat de cette conviction longtemps caressée en secret que la folie étant héréditaire , U lui serait impossible d'échapper à son aort|.et que t6t ou tard elle devrait se tiier pomiiiQ son père et le frère de son père. Cela est si vrai, que, pour guérir rapidement et d'une maniéré durable une maladie quL se pré* sentait avec des caractères si graves , il suffit de persuader à madame **"*" que celui qu'elle avait regardé jusque-lk comme son père no l'était pas réellement. Tout projet de destruction est aussitôt abandonné, la gaieté revient, et tout symptôme de folie disparaît, quoique, cependant, la santé physique ne se rétablisse entièrement que plus tard. Iji menstruation conserve son irrégularité pendant trois mois.
(1) Fairet , loc, cit, , p. 355.
20/i DU SUICIDE
Ce qui s'est passé daiis cette observation intéressante a dû arriver d'autres fois , sans aucun doute. Et lorsque plusieurs suicides ont lieu suceessivenient dans la même famille, n'y a t il pas, pour ceux qui survivent, dans ces souve-^ nirs de deuil et de désespoir , quelque choÉe dé fatal qui tient constamment l'imagination eii éveil) et doit exercer la plus pernicieuse inflnence^ même sur les caractères lé plus fortement trem-^ pés? Aussi cette transmission du suicide, du père aiix enfants ^ nous paraît-elle tenir beaucoup plus , comme chez madame ***i à cette influencé morale et instinctive qu'a une prédisposition organique congénitale dont les caractères n'ont même été d'ailleurs indiqués par personne. Car il nous serait difficile de prendre au sérieux cette proposition de M. le docteur Bourdin : « Cette maladie est héréditaire, non-seulement » quand le père ou la mère du malade se sont » suicidés, mais encore lorsqu'ils ont présenté » des troubles quelconques de l'entendement ^ » et peut-être même des accidents névralgiques {i).^ 11 est évident que s'il en était ainsi , M. Bourdin
(1) Bourdin, loc. cit., p. U9»
serait encore resté beaucoup au-dessous de la réalité lorsqu'il dit : « Que cette cause doit être » regardée comme la plus féconde de celles qui 2> engendrent le suicide. « Les recherches ultérieures sur Tétiologie de cettç cruelle plaie sociale s'en trouveraient de tous points simplifiées. 11 y a extrêmement peu d'individus qui soient arrivés à un certain âge sans avoir été tourmentés quelquefois par des accidents névralgiques plu3 ou moins graves ; et une seule chose devrait alors nous étonner, c'est de ne pas voir le suicide devenir encore plus commun. Mais eiftt-ce là faire de la science? Et qu'avons-nous besoin d'insister encore pour faire voir combien de semblables allégations sont mal fondées ?
$ n« 4«e , aiême dans la folk» , le •■Idde n'est le pins ••«vent i|a*aii aeeident tout A fait secondaire de la maladie prlnelpale.
Maintenant que nous sommes fixés sur le rôle que joue l'hérédité dans la production du suicide, nous pouvons entrer plus avant dans la question spéciale qui nous occupe. Nous avons
S06 DU SOIGIDB
dît déjà àpnôri) que^ «eloh toutes les probabilités, lu folie n'exerce pas toujours le même mode d'action sur les kiditido^ qu^eilé porte h cet acte. Iciks faits soiit complétefiiétit d'accolrd aVec les données théoriques. Tous lei médecins d'aliénés s'accordent k recontlàîtM qiié les sytnptôùAés de la fbhid sont extrêmement Variables; Ceilx-ci ne différent pad seulement selon les iUdlvidlië et selon les drcoilstanciëê de tdfistittttiôii/ dé tempérament, d'âge, deseXe, étt^*, dépèndàhies de chatun d'eux, mais ausni Selon les lieux, léS saisons, les mieurs, lés cotitumeS, leii iûstitutioriê relr^eusés ou politiques, 6t ifiëme seldtl tes époqt^s. Il est tel genre de fblië qui à été très fréqtiènt autrefois, et qui est devefiU beaucoup plus rare, ou même a complétêtilëlit disparu de nos jours. Aussi nous paraît-il extrêmement difficile^ pour ne pas'dire impOsiible$ d'étâbltV une elai^dfication tàtlt soit peu rationnelle entre ces troubles si divers de Tinteltigence et des passions qui se présentent à l'observateur dans une maison d'aliénés. Toutes celles qui ont été tentées, sans excepter telle d'Esquirol encore généralement adoptée , nous paraissent tout à fait insuffisantes poui'embràsser
tôUS' led fiiits. Cependant , lorsqu'on observe un aliéné avec beaucoup de^bih, ilest rarequ*on ne ptilâse pa» reconnattre che2 lui \\n symptôme prédominant^ point de départ et aboutissaht iléi^essàire de tous leé autres. Quelques explicatidlid sont tiécéësàirés pottr bieh déterminer ndflre manière d'enVisagef ce point de doctrine nitnpoîHant.
Uîi hômifle TOtls Sibbl*de llnjuré et la menace à la bbuehe; ses yéut tiont injectés et bagards, ses ^t^s ^iôlent^et désordonnée, sa Tôix brève! et impérieuse. Vous Tititerrôgez, il ne vous réptlnd ({ue par des parôleà incohérentes et sans suite ; vbu^ essayez de le calmer par quelques paroles bienveillantes, il ne Vous comprend pas ou s'emporte contre vous. Vous vous opposez à l'accompliséemiËtit de se^ désirs même leà plus extravagants, il s'abandonne à la fureur la plus aveugle ; alors tout ce qui lui fait obstacle est brisé sans pitié et sâilè remords. Les sentiments les plus saints* et les plus puissants sont mécohmis ou foulés aux piedë, et il ne vous reste plus d'autre ïnoyén que la force pour prévenir les malbeurs lés plus terribles. Cet homme est évidethment aliéné. Si Toti se côntéhté de cette
208 DU SUICIDK
observation superficielle, on verra là un délire Çénéral s'accompagnant d'une violente excitation nerveuse, ou en d*autres termes un accès de manie. Mais si Ton examine le malade syec plus d'attention, on ne tardera pas a s'apercevoir qu'au milieu de ce flux intarissable de paroles , quelques idées prédominent; que ses gestes bizarres, extravagants, inexplicables, paraissent motivés par elles; que tous ses actes, même les plus désordonnés et les plus violents , en dépendent d'une manière plus ou moins directe. Enfin , si Ton pousse plus loin encore l'analyse, on finit presque toujours par découvrir que ce désordre, si, grave et si profond, a été produit et est entretenu par une altération,. souvent très bornée, de l'une des facultés de l'entende* ment, comme une idée fausse, une hallucination, une illusion , etc.
Voyez maintenant ce mélancolique, étranger à tout ce qui l'entoure, absorbé dans une douleur dont rien ne peut le distraire, et comme écrasé sous le poids de son désespoir. Tout en lui difière du malheureux dont nous venons de parler. Ses yeux sont ternes et sans expression, sa voix timide et souvent larmoyante. Presque
DANS Lk FOLie. !209
toujours iumiobile^ses gestes et ses mouvements soat lents et embarrassés, sa démarche presque chancelante. Ici plus de violence à craindre » mais une résistance passive que rien ne peut vaincre, une fermeté dans les idées , et quelque* fois dans les résolutions les plus extrêmes, que rien ne peut dompter; rien de cette expansion, de cette exubérance de vie que nous avons signalées plus haut , mais une concentration intime , et une tension continuelle de toutes les forces intellectuelles et morales. Cet homme est encore aliéné, car ce désespoir si profond n'a pas de fondement réel. Un abîme sépare donc en apparence les deux infortunés que nous avons mis en présence. Cependant une observation attentive permet de reconnaître qu*ici encore le phénomène essentiel et prédominant est une idée fausse, une hallucination, une illusion , etc.
Pourquoi la même cause a-t-elle eu des effets si différents? Nous n'avons pas à nous en inquiéter ici. Cette recherche nous entraînerait trop loin, et nous serait d'ailleurs d'une utilité trop secondaire dans la question spéciale qui nous occupe. Une seule chose nous importait ,
c'était de bien établir qiie la même aberration maladive de rinteiligence ou des passions pou* vait avoir les conséquences les plus diverses , suivant le tempérament^ l'âge» le sexe, etc. , des individus qui en sont affectés. Cela est si vrai, qu'il arrive souvent de voir le même malade passer par les diverses formes de la folie reconnues par les auteurs , sans que , pour cela , les caractères essentiels de son délire aient changé de nature. C'est Ik un fait d'observation sur lequel on n'a jamais suffisamment insisté , et qui paraît avoir été négligé surtout par les praticiens, même les plus habiles. Un exemple suffira pour faire voir combien il importe, dans la pratique, de ne pas se borner à cette observation superficielle dont nous parlions tout a l'heure. On voit un malade dominé par une excitation nerveuse violente, et l'on prodigue la saignée et les débilitants de toute espèce , dans le but de remédier it la congestion sanguine et à l'irritation dont le cerveau paraît être le siège, sans s'inquiéter de savoir si cette congestion et cette irritation sont la cause ou l'efFet de ce trouble de toutes les fonctions nerveuses qu'on a sous les yeux. Ainsi des autres variétés de
DANS LA FOUE. 211
raliénation mentale. On purge celui-ci ou on U fait vomir; on applique des vésicaloires ou des cautères a celui-là; on donne à un autre des antispasmodiques sous toutes les formes; on fait boire d'énormes quantités d'eau froide aux mélancoliques suicides; enfin/ on les médicamente tous de toutes les façons, dans ie but d'agir sur les ressorts matériels de l intelligence , et de remédier auœ conditions viciewes de la substance nerveuse.
C'est la le dernier mot de quelques-uns dès partisans les plus exclusifs des recherches anatomo-pathologiques. Pour eux , il ne reste plus rien à faire lorsqu'on a suffisamment saigné , purgé ou narcotisé le malade ; et si le délire persiste encore, ou s'est aggravé malgré l'emploi de cette médication si active , on se croise les bras , et on laisse au hasard le soin de remédier à ces aberrations des sensations , des idées ou des passions, qu'on se reconnaît impuissant k combattre autrement que par des moyens pharmaceutiques. Mais si , au lieu de désespérer ainsi des progrès de la science et de la puissance de Tart, on essaie de remonter, dans ces cas extrêmes, jusqu'au point initial » kla cause
212 nu SUICIDE
première de tous ces désordres , ou voit bientôt surgir, de cette observation plus exacte, toute une série d'indications nouvelles, dont la réunion constitue ce qu'on est convenu de désigner sous le nom de traitement moral (1).
Nous n'avons pas à nous expliquer sur la valeur relativedes moyens moraux et des moyens physiques dans le traitement de la folie. JNous tenions seulement a faire voir, par cet exemple, avant d'étudier le suicide dans ses rapports avec la folie, combien il importe de rechercher les symptômes primitifs de cette triste afiection, et de les bien distinguer des symptômes secondaires. Car c'est surtout chez les aliénés de cette catégorie qu'on remarquecesdifférencesetcescontrastcssi remarquables que nousavons signalés. Il n'existe entre eux de commun qu'un penchant plus ou moins prononcé au suicide, et nous ne saurions admettre que ce soit la un motif sujfisant pour Jes réunir sous une même dénomination , et en faire une espèce particulière de folie. JNous ne saurions trop le répéter, la mort volontaire n'est ici qu'un symptôme dépendant d'un trouble
(i) Voy. F. Ltiureti Du traitement moral de la folie, Paris,18/i0.
plus OU moins profond des facultés de l'entendement. C'est, si l'on veut, l'un des mille accidents qui signalent la durée de la maladie mentale, ou le paroxysme critique qui la termine. Mais ce n'en est le symptôme prédominant que dans des cas extrêmement rares, sur lesquels nous aurons occasion de revenir un peu plus loin. Quelques exemples suffiront pour effacer tous les doutes qui pourraient rester encore dans Tesprit de nos lecteurs.
Xl« Observation. — Un ecclésiastique avale , par distraction, le cachet d'une lettre qu'il vient de recevoir; un de ses amis lui dit en riant: F^ous avez les boyaux cachetés. Celle idée s'empare de son imagination ; et , au bout de deux jours, il refuse toute nourriture, convaincu qu'elle ne peut passer. On iit prendre au malade, dit Darwin , a qui nous devons cette observation , des purgatifs , qui le purgèrent abondamment sans le guérir. On parvient d'abord avec peine à lui faire boire quelque peu de bouillon ; il cesse bientôt de vouloir avaler , et meurt peu après (1).
(i) Esqutrol , loc. eiUy p. 551.
21& Dt ismciDE
XII* Observation. -^ Madame D est âgée
de trente ans environ. Jtisqu^k cet âge elle à toit« jours été heureuse. Gâtée par sa mère, pendant sdti enfance et sa jeunesse, gâtée ensuite par son mari, elle n*a jamais eu qn'uti chagrin sérieux, la mort d'un enfant âgé d'environ quatre mois, survenue il y a quatre ans. D'une constitution àssess i^obuste , d'un tempérament sanguin , un peu lymphatique, elle a, du reste , toujours joui d'une santé florissante. Elle est encore mëre de deux enfants. L'un, âgé de huit ans, a été toujours entouré par elle des soins les plus attentifs, et en même temps les plus éclairés. L'autre n'avait encore que quatre mois et demi , lorsque
madame D est entrée dans la maison de
santé du Gros-Caillou , où je lui ai donné des soins. La grossesse n'avait été signalée par aucun accident fâcheux , l'accouchement s'était terminé dans les conditions les plus favorables. Cependant, quoique madame D... n'eût éprouvé aucun dérangement sérieux dans sa santé , son médecin lui avait conseillé de ne pas nourrir elle-même son enfant. Celle-ci ne s'était soumise qu'avec peine à cette nécessité , et a la condition que la nourrice resterait auprès d'elle. Cette
première contrariété avait beaucoup tourmenté
madame D qui, deux mors après l'accou--
chêmént, n'avait pas encore vu reparaître set règles.
Vers cette époque j une vieille servante » qui était depuis longtemps k son service , lui dit un jour, en lui apportant des langes pour changer son enfant : « Prenez bien garde ^ madame^ qu'il m se refroidisse^ et ne meure comme l'autre. «Cette parole passa d'abord inaperçue. Mais elle revint k la pensée de madame D...>. le lendemain et les jours suivants , et fut commentée de toutes les façons. Celle-ci se demanda d'abord avec inquiétude pourquoi ce propos avait été tenu« Serait-ce donc que cette femme penserait qu'elle aurait été cause , par sa négligence , de la mort de son enfant? Cette supposition se changea bientôt en certitude, et , l'imagination aidant ,
Madame D se persuada qu'elle avait, en
effet , de vifs reproches k se faire k ce sujet. Elle redoubla donc de soins et d'attention pour l'en^^ faut qui lui restait ; elle voulait , k tout prix , mettre au moins de ce côté sa conscience k cou* vert. Mais un germe de trouble était déjk jeté dans son esprit , qui devait grandir incessam^
ment et prendre bientôt les proportions les plus fâcheuses. Constamment préoccupée du soin d'éviter à cet enfant le sort qu'elle redoutait pour lui, elle ne pouvait se défendre de penser qu'il serait très possible qu'elle devienne encore la cause de sa mort. Un peu plus tard, cette
crainte augmentant, madame D se demanda
avec épouvante si ces inquiétudes ne lui seraient pas suggérées par le diable, qui voudrait ainsi l'amener peu à peu à tuer elle-même ses deux enfants. 11 est important de noter que jusque-là
madame D n'avait jamais été très dévote,
et n'était même pas très convaincue que le diable eût jamais existé. Cependant toutes ces préoccupations lui faisaient perdre le sommeil et l'appétit; de gaie qu'elle était naturellement, elle devenait triste et taciturne; toute société lui pesait , toute occupation suivie lui devenait de jour en jour plus difficile. 11 était évident que tout cela n'était pas naturel, et il fallait être aveugle pour ne pas reconnaître en tout cela le doigt du diable. Mais s'il en était ainsi ,
madame D devait nécessairement obéir a
ses terribles inspirations , ou bien celui-ci lui ferait cruellement expier dans l'autre monde sa
désobéissance. Un seul moyen restait de se dé*^ barrasser de ses obsessions, c'était le suicide, et madame D.... pensa sérieusement a y recourir, conmne au seul remède à tous ses tourments.
Cet état se prolongeant , s'aggravait tous les jours. Les consolations de la religion furent impuissantes à rendre le repos a cette malheureuse mère. Elle en arriva a ne plus voir devant elle que deux alternatives effrayantes , le suicide ou le meurtre de son enfant. Il importait de prendre sans retard un parti décisif;
madame D comprit elle-même la nécessité
d'un isolement momentané , et demanda a être placée dans une maison de santé, où elle serait au moins dans l'impossibilité de succomber à ses affreuses tentations. Là un changement rapide s*opéra dans son état. Elle recouvra d'abord l'appétit et le sommeil , et bientôt la santé physique se rétablit aussi complètement que possible. Dans son désir d'arriver k une guérison dont elle avait longtemps désespéré ,
madame D alla au-devant de tous les moyens
qui lui furent recommandés. Elle se soumit avec joie k un système d'occupation aussi varié que régulier , qui fut réglé de manière k prendre
tout son temps» Ce régidie physique et moral ,
si différent de celui que madame D avait
suivi depuis son accouchement /eut sijir elle l'influence la plus favorable. 11 suffit dès lors de s'adresser directement k sa raison et a son bon sens pour lui faire comprendre tout ce qu'il y avait de ridicule et d'impossible dans l'idée qu'elle se faisait de la puissance du diable , et de son intervention dans les actions humaines. Ses inquiétudes cessèrent peu à peu , et avec elles les idées de meurtre et de suicide qui l'avaient rendue si malheureuse.
N'est-il pas évident que le penchant au sui-^ cide n'a été ici qu'un accident très secondaire de la maladie? On arrivera forcément à la même conclusion , dans la presque généralité des cas de suicide observés chez les aliénés , toutes les fois qu'on étudiera les faits avec attention et sans parti pris à l'avance. L'observation sui** vante est peut-être plus remarquable encore, sous ce rapport , que celle qui précède.
XIII« Obsbuvation. — Madame S est âgée
de trente-cinq ans, d'un tempérament éminemment nerveux, d'un caractère plutôt gai que
DANS Lk FOLIE. 219
triste, d'une santé habituellement bonne. Sa mère est morte folle; un de ses oncles est encore aliéné; son grand-père maternel, sans être malade , s'est toujours fait remarquer par la bixarrerie de ses idées et de ses habitudes. Mariée vers l'âge de vingt-deux ans à un homme qu'elle aimait, elle a eu deux enfants pour lesquels elle a toujours conservé la tendresse d'une mère. Elle habite une ville de province, d'où elle a été amenée k Paris, au commencement de l'été dernier, et placée dans notre établissement. Deux ou trois jours auparavant elle s'était jetée par une fenêtre peu élevée, sans se faire aucun mal; elle n'avait donné jusque-là aucun signe de folie. Elle paraissait seulement plus triste que de coutume, et se plaignait d'un léger dérangement dans les fonctions digestives. Elle avait cependant , depuis quelques jours , des hallucinations de l'ouïe, qui ne lui laissaient pas un seul instant de repos, et sur lesquelles elle avait pu garder le silence le plus complet. Elle entendait des voix , tantôt peu nombreuses, et alars plus distinctes , qui l'accusaient d'avoir déshonoré son mari, et la menaçaient des plus horribles tortures; tantôt réunies en nombre
presque infini , et alors confuses et insaisissables , et ressemblant au murmure d*une foule rassemblée sans doute pour assister a sa honte et a son supplice.
Ces hallucinations avaient un peu diminué depuis la tentative de suicide que madame S... avait faite dans le but de se soustraire a leurs menaces. Mais le lendemain de son entrée dans la maison de santé, elles reparurent avec une intensité extraordinaire, et avec elles le désir d'échapper par une mort volontaire aux dou* leurs physiques et morales qu'elles lui promettaient. Madame S s'abandonna, avec une
frénésie incroyable, à ce penchant, qui était arrivé au point de la dominer tout entière. Elle essaya, dans l'espace de quelques heures, dé s'étrangler, de se précipiter par une fenêtre de sa chambre; elle voulait se briser la tête contre les murs ; elle tenta de se jeter dans le feu. Mais toujours les voix qu'elle entendait, et qui hii arrivaient , disait-elle , a l'aide de larges portevoix, lui suggéraient ces divers moyens, lui promettant en même temps de mettre à exécution leurs menaces, si elle n'obéissait pas. C'était un spectacle affreux k voir que celui de cette
DANS Lk FOLIE. 221
pauvre femme, l'œil en feu, les cheveux en désordre, les traits crispés par la terreur et le désespoir , appelant la mort a grands cris , et se précipitant aux genoux de toutes les personnes qui l'entouraient pour les supplier de lui donner du poison, ou de l'aider, d'une façon quelconque, k mourir.
Cet accès ne dura que quelques heures , et fit place k un état plus calme y pendant lequel les hallucinations avaient considérablement diminué d'intensité. Celui-ci se renouvela plusieurs fois les jours suivants, et offrit presque toujours les mêmes caractères. Il est inutile que nous entrions ici dans de plus amples détails sur les nombreuses alternatives de calme et d'agitation qu'éprouva la malade avant d'arriver a une guérison qui , selon toutes les probabilités , ne sera que momentanée. Notre seul but, en rapportant cette observation avec quelque détail , était de montrer par quelle filiation de sensations et d'idées était passée cette malade avant de s'arrêter a la pensée du suicide. Ici encore , comme
chez madame D , le développement de ce
penchant n'a été qu'un symptôme très secon daire de la maladie. Cet acte , s'il eût été
â2â ou SUICIDE
accompli, n'aurait été en réalité, dans les deux cas, qu'un moyen d'en finir, celle-ci avec les persécutions imaginaires qui la poursuivaient , celle*lk avec la crainte des malheurs affreux dont elle se croyait menacée. Dans les deux cas encore , la véritable, la seule maladie, n'était-ce pas le trouble profond du système nerveux qui avait produit , ici une conception délirante , la une hallucination, et le dérangement si remar* quable que celles-ci avaient apporté dans les facultés intellectuelles et morales.
Lorsqu'on veut bien analyser ainsi les faits sans idée préconçue, que devient cette maladie décrite par les médecins de nos jours sous le nom de mélancolie ou de monomanie suicide ?^^ est" il pas impossible de reconnaître une analogie , même éloignée, entre les deux cas qui précèdent et entre ceux que nous avons cités dans le cours de ce travail? Les symptômes essentiels , les phénomènes secondaires par lesquels ceux-ci témoignent de leur action sur l'organisme tout entier , les indications k suivre pour y remédier, tout dîffbre de la manière la plus complète. Dans toutes les maisons d'aliénés il existe ainsi un certain nombre de malades qui , très différents
80118 tous le8 rapports , se rapprochent en ceci , qu'ils éprouvent un penchant phis ou moins prononcé pour le suicide. Mais cela suffit^il pour justifier cette conclusion inadmissible, que tous ces malheureux sont affectés d'une même maladie , dont quelques-uns ont prétendu avoir trouvé la cause matérielle , organique , dans une altération de Tencéphale? N'est-ce pas évidem* ment prendre l'effet pour la cause? Et que penserait-on du pathologiste qui confondrait la pneumonie et la fièvre typhoïde , par exemple , parce qu'il trouverait de la fièvre chez tous les malades qui sont atteints de ces deux affections? Des observations nombreuses recueillies avec plus de soin , et surtout mieux interprétées^ ont permis depuis longtemps de faire justice de cette erreur, qui a régné pendant plusieurs siècles dans la science. 11 en sera de même , nous ne saurions en douter, dans la question du suicide.
Ici, en effet, la relation de l'effet a la cause et leur dépendance nécessaire sont, s'il est possible, plus évidents et plus incontestables. C'est du moins ce qui ressort de l'examen attentif de tovtes Us observations qui précèdent, et dans
'■'.îf'^
32/i DU SUICIDE
lesquelles le penchant au suicide n'était qu'un accident secondaire, qui aurait pu ne pas exister sans rien changer à la nature iiitii^e de la maladie. D'un autre côté , on tomberait dans une grave erreur si l'on supposait que ces observations ont été choisies pour le besoin de la thèse que nous soutenons. Nous aurions pu puiser au hasard dans les écrits d'Ësquirol , de M. Falret , etc. , et nous aurions trouvé des faits tout aussi concluants. L'histoire de cet ecclésiastique qui s'était laissé mourir de faim parce qu'il croyait que ses boyaux étaient cachetés (page 213) est citée par Esquiro]. Voici quelques autres faits rapportés par cet auteur, avec de grands détails, et donnés par lui comme autant d'exemples de mélancolie suicide. Nous abrégeons beaucoup.
X1V« Observation. — M. D. B avait des
parents aliénés. Il était d'une forte constitution, d une taille élevée. Atteint par la levée en masse , il ne veut pas servir, non par poltronnerie, mais par haine de la révolution ; il se livre a l'onanisme , afin d'obtenir son congé en se rendant malade. Malheureusement il ne réussit que trop;
an bout de peu de temps, on le croit phthîsiijne, et on le renvoie dans ses foyers. Mais quoiqu'il ait consenti à soigner sa santé, il reste faible et d'une susceptibilité nerveuse extrême. Il est souvent triste, un peu mélancolique. 11 finit par se persuader qu'on espionne ses actions afin de nuire k sa famille et à ses amis. 11 refuse de sortir de chez lui, devient morose, triste, et, de temps en temps, il passe deux, trois et cinq jours sans prendre de nourriture. Après quelques mois de maladie, on apprend que le motif qui Tempêche de prendre des aliments, c*^t qu'en mangeant il compromet sa famille et ses amis : V honneur lui défend démanger. La maladie persiste depuis plus d'un an, lorsqu'un médecin ordonne deux larges saignées du pied : depuis, les jeûnes deviennent plus fréquents. M. de B... prend ses parents en aversion; plus ils s^empressent auprès de lui pour calmer ses inquiétudes et pour l'engager a manger, plus leur présrence l'importune. Enfin, il désire lui-même s'éloigner de sa maison ; il est isolé et confié à mes soins. Six mois se passent sans amener aucune amélioration. Les douches, les bains, les lavements, les frictions, ne font aucun efiet.
S[36 pu $uiC|Dp
Tqpja^f s (|9{l}iné par h craint^ de comj^t^omettrç.
e^f|i^ d'abçtinçnQiP, pUMprQlooge4fln« leisjqufs dei plus en plus, ËnQn , r^sqlu d'ei^ finie av^c i|ne po.^itiqa qui l\\\ est (l^yepq^ (out à fait i^^toléral^le j }e fuaUclq fesla (^qu^fe jqucs san^ pr^()4^pe aucune espèce (|p Rqufçiture. fûws Iw
mpjen§ fimplûyés pour v^ipçre sa.rtétefn^ÎpjiUQn fnp^nt inutiles. Op désespérait de sp§ jqurs, lar^ç^'ii vint à la pep^^e d Esquira| de ^ui fa^fe
s^ppqf Iqr pj^r i^p ^vpiï en qui i| fivait beîjupQup de cqnfiance upe déclaration muqje du ^ceau dff. l'Éjat^ et en apj^îjrencq pffîcielle, qui V^H|ûri8a[i| k WM^^ ^y 1^ déchargeait de fautes re^RRR§î»b.jlilé ^ cet égard. Ce stralagème ingéoi^UI^ 64t v;n plein succès. M. de B... se jeta auss|lOl ^^v tous |e^ alimeqf^ qi^i fe (rquvqrent squi§ ^a maîp, e| clè^ le lendemain il repvit $^$ habitudes ordinaires. Celte aj^^ljqrfitieq ne fut pa^ dtir^^r ijB^ id^e^ délir^ptes ne tardèrent p^s ^ jeiîfi-: Iiir , el ^veft $l|gs le pfipch^Rl au çuicid^t ^ Im |eq^^jye^ p?ir abstinence ind^nin^eut pro- Iqpgée (1).
DAN&i Ik FOLIE. 237
XV' Observation. — Madame M..., âgée de trente-quatre ans, est entrée à la Salpélrière }e 23 septembre 1819. Mariée à vingt ans y elle a eu un enfant Tannée suivante. Après cette couche sa santé a été constamment chancelante. Nouvelle grossesse à vingt-sept ans , à la suite de laquelle S2l santé se dérange de plus en plu^. Vers Tâge de trente-trois ans, elle devient irrésolue dans ses idées et ses actions, ne voulant plus ce qu'elle désirait ardemment. Après six mois, insomnie, sentiment douloureux de constriction à la racine du nez, pâleur de h face, traits altérés, regard fixe, quelquefois hagard; douleur à l'estomap, sentiment de géne^ d'engouement à Tépigastre qui empêche de se {po\^voir; abandon des occupations ordinaires, 4es soins du ménage-, tristesse, pleurs, voracité ou manque d'appétit ; désir et tentation de suicide pravoqités par le chagrin de nêtre plus bonne ci rien , et de ne rien sentir d'affectueux pour sa famille. Tel était l'état de U msilade lors de ^n arrivée à Tbo^picç. Madame i^... fut mise à l'uss^ge des boissons déUyantes acidulées et d^s bair^s tièdes; Je prescrivis te peUt-|ait de Weis9, un vésicatoireà la nuqu^^et un p^^ p^$ t^r^au
bras gauche. Ce traitement si simple, prolongé pendant quelques mois, suffit pour rétablir la santé physique depuis longtemps compromise. Les menstrues supprimées se rétablirent; en même temps le teint s'éclaircit, la physiono« mie devint plus calme, les idées plus nettes, le travail plus facile^ et la malade ne songea plus à se détruire (1).
XVP Observation. — Une demoiselle, âgée de seize ans, fut sur le point d'être violée par son père. Elle en éprouva tant d'horreur, qu'elle eut de fortes convulsions. Le surlendemain elle avala, en une fois, une potion opiacée préparée pour plusieurs jours. Les accidents qui suivirent furent très graves, et cette jeune personne resta sujette à des attaques de nerfs très rapprochées et très violentes. Deux ans après, fatiguée de cet état , elle avala quinze grains de tartre émétique ; elle vomit beaucoup: les convulsions augmentèrent. Mademoiselle R... fut envoyée à Paris. Elle était âge de dix-neuf ans; elle était d'une taille élevée ; elle avait de l'embonpoint, le teint vermeil. Cependant elle
(1) Esquirol, hc. ciU, p. 558.
éprouvait presque continuellement les souffrances et les convulsions les plus variées et les plus singulières : elle était successivement aveugle, sourde ou muette, incapable de marcher ou d'avaler. Cet état persistait pendant quelques heures, pendant un jour, et même pendant deux jours; quelquefois sa langue sortait de deux pouces hors de sa bouche, se tuméfiait; dans d'autres instants, la malade ne pouvait avaler, quelques efforts qu'elle fit; elle a passé sept jours une fois sans pouvoir rien prendre. Je l'ai vue tomber de toute sa hauteur sur un parquet, tantôt sur le dos, tantôt sur la face; je l'ai vue tourner sur elle-même pendant une heure sans qu'il fût possible à quatre personnes de l'empêcher.
Tous les moyens employés pour combattre cette étrange affection furent sans succès. Mademoiselle R... avait entendu souvent parler du bien que lui ferait le mariage ; elle se laissa séduire dans la seule pensée de se guérir. Après sept à huit mois, son état ne changeant point, elle avala douze grains de tartre émétique , qui déterminèrent de nombreux vomissements, et une maladie grave sans faire
!iéë bti suiciDE
eéisser les maux dé nerfs. Désedpëréé , elle dispsrratt; ses parents, ses amis, la crurent ntiyéé. Quatre mois après, passant près de la poHé Saint-Martin, je me sens saisi au collet de mon habit ; je fis un effort pour me dégager : <i Vous ne m'échapperez pas ^ ^ me dit une voix que je reconnus. Je më retourne ^ et m'écrie : <c Que faites-vous là ^ mademoiselle ?. . . . — Je me guéris. N'ai -je pas tout fait pour me guérir ?n'ai-je pas essayé vainement déterminer ma déplorable existence? Tout le monde ne mVt-il pas répété, vous comme les autres, que le mariage mis guérirait? Qui eût voulu Se marier avec moi ? Ëb bien ! si l'horrible remède que je fais né me guérit pas, j'irai me jeter dans la rivière! » Celte malheureuse personne était vêtue des haillons de la prostitution la plus abjecte; elle était dans là plus grande misère, et souvent privée des moyens de satisfaire aux premiers besoins de la vie. Six mois après, mademoiselle R... fit une fausse couche; les maux de nerfs, les convulsions, les phénomènes décrits plus haut , furent moins intenses et moins fréquents. Un an plus tard, c'est-à-dire tingt-deux mois depuis que mademoiselle R...
menait ce getire de fié; elle accoucha. Dès lors , presque toud leii symptômes dispariireht ; elle de tèXitik thei une dotiiestique iqui TslVait SërVte à son arrivée à Paris; elle se rétablit complétetnetit, réclâtha de reiouriiëb dahs da famille, û'j maria quelque temps après ^ et est devenue mère de quatre enfents (1 j.
Voici encore une observation très intéressante rapportée par M. Baillager, dans un travail sur la stupidité, publié dans le premier volume des Annales médico-psychologiques :
XVIl* Observation. — D.. . est âgée de trentecinq ans, mariée, mère de trois enfants^ dont le plus jeune a trois ans. Entrée à la Salpétrière le H juin 1842.
Une impression très vive pendant la menstruation paraît avoir été la cause déterminante du délire. Cependant les règles ne sont pas supprimées, mais depuis longtemps déjà celte fonction s'accomplissait d'une manière très irrégtilière. La malade était sujette à une violente migraine.
(1) Esqiyirol^ îôe. cit., p; 538.
252 DU suiaDE
Au bout de trois jours, le délire, qui était d'abord partiel et sans agitation» augmente rapidement. D... se frappe de plusieurs coups de canif au cou et à l'estomac. Laissée seule un instant 9 elle se précipite par une fenêtre du premier étagCf et ne se fait aucune blessure grave. La nature des idées explique ces tentatives de suicide. « On entend dire à 4a malade qu'on va » murer les portes et les fenêtres^ et laUisser » mourir de faim dans la maison: elle s'attend à » être jugée pour les crimes qu'elle a commis, » à être dévorée par des chiens, et coupée par » morceaux. Elle voit des instruments de sup- » plice dans les échafaudages d'une maison voi- » sine de la sienne; elle veut empêcher son mari » et ses enfants de manger, parce que tous les »mets sont empoisonnés, elle-même refuse » de rien prendre : depuis vingt-trois purs » qu'elle est malade, elle n'a mangé que deux » potages. »
A son entrée dans l'hospice , cette malade présente tous les symptômes de la mélancolie et de la stupidité arrivées à un degré très avancé. Pâleur de la face, yeux fixes, tournés vers la terre; traits relâchés et immobiles, exprim9nt
la tristesee et Thébétude; mouvements automatiques presque nuls. La malade ne mange même pas seule ; mutisme à peu près complet, sensibilité très obtuse ; les urines et les garderobes sont involontaires. Cet état dure cinq mois sans éprouver de variations remarquables. Le traitement consiste dans une saignée au début , un peu plus tard un vésicatoire à Tun des bras , des bains fréquents et quelques douches.
Après sa guérîson , la malade donne à M. BailTargér les détails suivants sur son état mental antérieur : « Tous les objets qui Tentou- » raient lui apparaissaient avec les formes les • plus bizarres; elle voyait les figures noires ou » jaunes. Tout cela lui semblait si étrange, qu'elle » croyait ne plus être en France , mais dans un x> pays étranger très éloigné , comme le pays des » ttè^re^.'Elle prenait la salle où elle était pour » une prison , les malades pour des prisonniers , » les médecins pour des geôliers. Elle n'a point » reconnu ses parents quand ils sont venus la » visiter. Il lui semblait que son lit était bien au- » dessous du niveau des autres, dans une espèce » de creux. Elle voyait à côté de son lit comme x> Due ombre, un fantôme; elle ne distinguait pas
S8à DO SlItClM
»les jourft ni les nuits , et &fflbme qu'elle n'a )> pas dormi pendant tout le temps qu'a duré sa à maladie. Elle a vu une fois un des arbbes de la 1* éour qui brûlait; elle a voulu se lever, odàis » elle était comme enchaînée sur soh lit. Elle » entendait à côté d'elle le train d'une mécd- » nique avec laquelle on faisait sauter ses enfants » podr les faire souffrir. Elle iie peut d'ailleurs » expliquer pourquoi elle ne répondait pas , ^ pourquoi elle restait inerte^ et ne voulait pas » manger. Elle n'entendait pas ou entendait » mal ce qu'on lui disait ; elle était comme » imbécile, etc. (1). »
Nous avons rapporté ces quatre obSét'Vàtiôris pt*esqùe iëJiLtuellethetit , aÔti qu'il ne pût rester le tnoindre douté dans l'espi^it de nos lecteurs
(1) Annales médico^sychQlogiques, 18/i3, t. I^ p. 8$ et suiv. Ce mémoire, iotéressant à plus d'un titre, renferme encore sept obéervatibns de stupidité aiguë, ou de cette forme de la folie que M. Baillarger désigne sous le uoda At miXmicoXle à'oea ^fipeur. Sur sept malades, quatre ont eu un penchant très prononcé au suicide, et ont fait des tentativçs ^us. ou moins sérieuses. Mais toujours les tentatives ont été motivées , comme dàilk le fiaiit qui précède» par des idées fausses, des illusions , des halluciilàtiods de nature très diverse , qui fai^ieiit lé tond de la maladie.
DAHà LA FOLIÉ. 235
sur leur signification véritabl6. Avons-nous besoiA de faire ressoKir les différences énormes qiii les sé^i^arerit; et pcUt il venir à la pensée de personne de les regarder cobame autant d'exemp\ek d*Une méibë affection, par cela seul que \eÈ malades qui en font le sujet auront eu un penchant pi ils ou moitis prononcé au suicide? i^'est-il |[)as évident qu'ici encore ces iiifortùnéis n'ont pensé à se^ dbhner la mort que pour se débarrasser des souffrances physirjués ou des angoisses morales qui étaient venues empoisonner letir vie, (ïomme le malheureux qui theurt de faitn , se tue |)our mettre un terme à ses douleurs et à des tourments trop réels? Noua sommés donc amenés forcément à cette conclusion si importante, que même dans les cas oûil est le réstUtat de la folie, le suicide ne peut êtte considéré que comme un accident , un effet dépendant des causes les plus dii)erses.
Nous devrions peut-être maintenant étudier chacune de ces causes en particulier, et recher- (îher comment elles amènent peu à peu les aliénés à la pensée du suicide. Mais pour y arriver il ne faudrait rien moins qu'enti*epreildre une histoire complète des maladies mentâlèè. Car
il nons est démontré quil n'est peut-être pas un aliéné, en exceptant toutefois la plupart des déments et des paralytiques, chez lequel on ne doive craindre l'explosion de ce funeste penchant. Or, nous ne pensons pas qu'il soit entré dansjes intentions de TÂcadémie de nous imposer une semblable tâche* Ce qu'il nous importait^ avant tout, c'était de démontrer que la première pensée et le premier devoir d'un médecin appelé auprès d'un aliéné doivent être de s'inquiéter, non pas seulement si celui-ci veut se tuer, mais pourquoi il veut se tuer, La solution de ce dernier problème peut seule le mettre sur la voie d'un traitement et d'un régime physique ou moral convenable. Mais n'anticipons pas sur ce que nous aurons à dire plus loin sur le^ traitement curatif ou préventif du suicide, et sur les opinions des différents auteurs sur ce sujet. Il nous reste à résoudre une question très intéressante que nous poserons dans les termes suivants : Existe-t-il une monomanie suicide ? ou plutôt le suicide est-il^ dans quelques* cas, déterminé par une impulsion instinctive, non motivée, et tout à fait irrésistible ?
S III. Exisle-l-ll nne moDomaiiie suicide f
Si cette variété de la folie existe réellement, les exemples doivent en être extrêmement rares. Nous n'en avons rencontré, poiir notre compte, qu'un ou deux qui paraissaient s'y rapporter avec quelques probabilités, et ceux que nous avons trouvés dans les auteurs ne sont rien moins que concluants. On a dit que le suicide était commun chez les heureux de la terre , qui , après avoir épuisé tous les plaisirs , abusé largement de toutes les jouissances, tombent dans uneindifférence et un ennui profond , et se débourrassent de la vie comme d'un fardeau devenu insupportable. Dans ce cas, quitter la vie est un acte aussi indifférent que celui d'abandonner une table splendidement servie lorscjue Ton n'a plus faim, ou de délaisser une femme qu'on adorait, et que Ton n'aime plus. Mais a-ton étudié avec assez de soin les exemples de suicide arrivés dans de semblables conditions ?
XVHI* Observation. — Nous avons donné des soins à un malheureux jeune homme qui a essayé plusieurs fois de se donner la mort depuis trois