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ans environ , sans avoir donné aucun signe d'aliénation mentale, ni avant ni après chacune de ses tentatives. Quoique jeune encore , il jouissait d'une fortune considérable et indépendante; sa santé physique était excellente ^ on qe lui connaissait aucun motif de chagrin. Cependant il était habituellement sombre et morose , et lorsqu'on lui demandait pourquoi il voulait se détruire, il répondait constamment: «Parce )>^que je m'ennuie. La vie est une si sotte chose h que je n'ai jamais compris qu'on puissey tenir » ainsi , et surtout qu'on veuille m'empêcher » d'en sortir, lorsque cela me convient. » Cependant une nouvelle tentative survenue, il y a quelques mois, laissa le malade en proie à une exaltation nerveuse, pendant laquelle il noua fut enfin possible de découvrir la véritable cause de cet ennui si profond et si inexplicable.
M. B avait, depuis plusieurs années, des
hallucinations de l'ouïe, qu'il était parvenu à cacher jusque-là même à. sa famille et à ses amis les plus intimes. Celles-ci devenaient , dans certains ïùpmeuts,. lelleraent fetiga^ifes, que )^ mort paraissait de beaucoup préférable à un sem- )]()a^le çuppUoe, ^t Ip^^es les ^en^tiyas 4p, suici4e
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qu'avait faites cqt infortuné n'avaient pas eu d'autre cause (i).
Tous les médecins d'aliénés doivent avoir eu l'occasion d observer des fajts analogues dans lesquels le véritable motif du penchant au suici4^ a échappé pendant longtemps à l'observar tipn la plus attentive. Nqus avons rapporté , à la ps^ IQâ, l'histoire du docteur F... , qui s^est tué pour échs^pper à l'obsession d'une hallucination de la vue, et qui aurait emporté son secret dans la tombe, si son médecin ne nous l'avait révélé. Esquirol en rapporte un presque en tout semblable à celui qui précède (2), et fait à ce sujQt les réflexions suivantes :.« J'ai de fortes p raisons de croire que le spleen est une maladie » très rare, même en Angleterre. On attribue » trop souvent à Tennui de la vie le suicide des To Anglais. Parce que l'Angleterre est le pays où » l'on abuse le plus, sans doute les.Apglais sont » les gens du monde les plus ennuyés ; mais beau-
(1) Depuis que ceci est écrit, ce malade s*est tué. Après quelques mois de séjour dans notre établissement , il était rentré daoïs-sa famiUe, calme et tout à fait raisonnable en apparence. Mais ses hallucinations n'avaient pas entièrement cessé.
(2) Esquirol^ Des maladies mentalesi. Paris, 4838, t. Ifj^ 6ô/i.
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» coup d'autres motifs que Tennui mulliplient le » suicide chez eux. J'ai donné des soins , tant » dans les établissements d'aliénés que dans ma » pratique particulière , à un grand nombre d'in- » dividus qui avaient attenté à leurs jours , ou »qui se sont tués. Je n'en ai vu aucun qui ait » été porté au suicide par l'ennui de la vie ; tous » avaient des motifs déterminés, des chagrins » réels ou imaginaires qui leur faisaient ha!r » l'existence (1). »
Cependant Ësquirol ajoute, quelques pages plus loin : « Oîi ne peut nier qu'il est des indi- » vidus qu'un funeste penchant entraîne au » suicide par une sorte d'attrait irrésistible. Je » n'ai jamais vu des individus semblables; j'ose 0 croire que si l'on eût mieux étudié les indi- » vidus que l'on dit avoir obéi à un entraînement » insurmontable, on eût deviné les motife de » leur détermination. Il en est des suicides D comme des autres aliénés, dont on parle comme » de malheureux obéissant à une aveugle des- » tinée : je crois, plus que personne, avoir appris » à lire dans la pensée de ces malades, et avoir
(1) Esquirol, loc. ctï., 1. 1^ p. 555.
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» prouvé que leurs déterminations sont presque » toujours motivées, et les conséquences logi- » ques d'un principe qui , à la vérité , est » faux (4). »
Ces réflexions d'Esquirol sont parfaitement justes et vraies. Cependant on rencontre quelquefois des faits qui sembleraient justifier sa première assertion. En voici un que nous avons eu occasion d'observer il y a deux ou trois ans.
XIX* Observation, — Madame Elisabeth B.... est âgée de cinquante-quatre ans, veuve depuis deux ans, et mère de deux enfants qu'elle aime beaucoup, et qui ne lui ont jamais donné aucun sujet de chagrin. Son mari avait été déjà marié, et avait eu de son premier uiariage des enfants qui, dans les dernières années, avaient vécu en assez mauvaise intelligence avec leur bellemère. Aussi la tristesse que madame Elisabeth éprouva de la perte de son mari fut- elle encore augmentée par les tracasseries de toute espèce qu'elle eut à éprouver à Toccasion de sa succession. Plusieurs procès lui furent suscités, qui
(i) Esquirol , hc. cit., U I , p. 560.
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durèrent près de dix-huit mois. Cependant tout était terminé depuis assez longtemps, et madame Elisabeth B... se trouvait dans la position la plus propre, de son aveu, à la rendre heureuse^ lorsqu'elle fut saisie, presque subitement, par les idées les plus sinistres, parmi lesquelles prédominait un désir souvent très prononcé de se donner la mort. Elle se trouva horriblement malheureuse, sans pouvoir s'expliquer à ellemême la cause de sa tristesse. Elle perdit le somtneil , et , désespérant de retrouver son bonheur d'autrefois, elle fit plusieurs tentatives de suicide. Enfin, ayant eptrepris un voyage qu'on lui avait conseillé, dans l'intention de la distraire, elle fut tellement obsédée par l'idée de se donner la mort, qu'elle accourut à Paris se réfugier dans notre maison de santé.
Ce n'est pas le lieu de dire ici quels moyens furent employés pour guérir cette intéressante malade, et comment ils eurent un plein succès après quelques mois de. traitement : le peu de mots qui précèdent suffisent pour faire voir que le penchant «m suicide était, chez cette dame, le point essentiel de sa maladie, ou plutôt le produit direct de cet état de tristesse et d'an-