‹ Du suicide; statistique, médecine, histoire, et législationChapitre 33 sur 60 · UNE MONOMANIE SUICIDE? SAS · texte numérisé non relu

UNE MONOMANIE SUICIDE? SAS

goisse dans lequel elle était tombée au moment où elle est venue réclamer nos soins. Les deux faits suivants, que nous trouvons dans l'ouvrage si intéressant de M. le docteur Marc, sur la folie, sont encore plus remarquables.

XX"* Observation. — Une femme, âgée de quarante* trois ans, mère de six enfants, avait été valétudinaire pendant sa jeunesse, et paraissait même avoir eu une forte disposition à la phthisie. Â Tâge de dix-neuf ans, elle épousa un homme qu'elle aimait , et qui la rendit heureuse. Sa santé se maintint, malgré plusieurs grossesses qui se succédèrent en peu de temps : seulement elle éprouvait souvent une céphalalgie hystérique, et, vers l'époque des menstrues, des spasmes abdominaux pendant quelques jours. Â cela près, elle n'avait jamais ressenti d'autres accidents. Son mari l'aimait tendrement ; ses enfants, qu'elle avait en partie nourris, et sa fortune prospéraient. Cependant, le 2/t juillet , après avoir souffert pendant quelques jours de son mal de tête, qui avait fini par disparaître complètement, elle s'assied à trois heures et demie devant sa porte, parait très gaie, et s'occupe

Sft/i EXISTE-T-IL

à coudre. Tout à coup, et sans le moindre motif, elle se lève brusquement, et s'écrie : // faut que je me noie! courtiers le fossé de la ville, qui est près de sa demeure, et s'y précipite. Elle avait perdu connaissance lorsqu'on la retira de Teau. Quand elle revint à elle, elle resta muette , les yeux ouverts, immobiles, et fixés sur un seul point, sans avoir Tair de s'occuper de ce qui se passait autour d'elle. Quelques heures après elle était dans le même état ; elle soupirait continuellement. La voix de son médecin, qu'on demanda en toute hâte, la fît tressaillir ; elle se tourna vers lui, et s'écria : Mon Dieu y où suis-je^ et que s^est'il passé en moi? Cette exclamation fut suivie d'abondantes larmes. Quelques instants après elle s'endormit profondément jusqu'au lendemain matin. Après son réveil, elle prit, d'un air gai , des informations sur tout ce qui la concernait, et apprit avec étonnement la tentative qu'elle avait faite, ainsi que le danger auquel elle s'était exposée. Elle se plaint seulement d'avoir faim, d'être un peu faible, et se met à déjeuner avec beaucoup de plaisir. Elle ne peut s'expliquer comment lui est venue l'idée extravagante de se noyer, sans avoir eu le moindre

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motif de se porter à une semblable extrémité. Quoique depuis elle ait eu plusieurs couches, qu'elle ait perdu sa mère, ainsi que deux enfants, qu'elle ait éprouvé bien des fois, par Teffet de la guerre, de la frayeur, du chagrin et de l'agitation y aucune pensée funeste ne lui est venue à l'esprit ; et si ce n'est des accidents hystériques et des difficultés de la menstruation, elle est restée jusqu'à ce jour bien portante et pleine de gaieté. Chaque fois qu'on lui parle de sa tenta-tive de suicide, elle en rit, et témoigne son contentement d'avoir été sauvée [i).'

L'observation suivante est encore, s'il est possible, plus caractéristique.

XXP Observation. — « J'ai éprouvé dans ma jeunesse un état semblable, mais périodique. Jouissant/ d'ailleurs, d'une santé parfaite, je fus atteint, pendant trois ans, vers l'automne, d'un sentiment d'anxiété , accompagné d'un désir indéfinissable de terminer mon existence , au point que je fus obligé de prier un de mes amis

(i) Marc, De la folie ^ considérée dans ses rapports avec les questions médico-judiciaires, Paris, 18^0, t. I, p. 252.

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