EXISTE-T-IL
taire ne paraît déterminée par aucun motif réel ou imaginaire. Mais ces exemples sont , nous le répétons y extrêmement rares, et le seraient plus encore si Ton ne perdait pas de vue très fréquemment ce que nous avons, dit plus haut sur la nécessité de rechercher, dans tous les cas de folie, les symptômes primitifs de cette triste affection. Nous sommes même tout disposé à admettre que ces exemples disparaîtraient complètement des annales de la science, s'il nous était jamais donné de connaître toutes les circonstances extérieures ou internes qui peuvent précéder ou accompagner un acte aussi grave, ou d'en pénétrer les motifs cachés et déterminants. La nécessité que nous avons si souvent signalée va ressortir plus évidente encore, s'il est possible, de ce qui nous reâte à dire d'une cause de suicide sur laquelle les auteurs gardent le silence le plus complet. Cette cause, qui a été signalée pour la première fois par M. le professeur Lallemand, n'est autre que la maladie qu'il a décrite avec tant de soin, sous le nom de pertes séminales involontaires ou de spermatorrhée. Cette maladie, presque toujours méconnue ou négligée, paraît être dans un très grand nombre
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de cas le point de départ des troubles nerveux si graves et si variés, qu'on a groupés sous le nom. d'hypocbondrie. Quelquefois même la folie, sous ses diverses formes, ne reconnaît pas d'autres causes. Enfin, elle s'accompagne fréquemment de cet ennui de toutes choses, de ce tœdium vitœ auquel quelques auteurs ont fait jouer un si grand rôle dans la production du suicide. Elle mériterait donc, à ce titre, de fixer toute notre attention. Mais la question est trop vaste et trop sérieuse pour être traitée ainsi d'une manière incidente. Elle nous éloignerait , d'ailleurs , beaucoup trop de notre sujet et du plan général que nous nous sommes tracé. Nous renverrons donc nos lecteurs à un mémoire étendu que nous avons lu, il y a bientôt quatre ans, à l'Académie impériale de médecine , et dans lequel nous avons essayé de faire apprécier toute l'importance de cette complication de la folie (1). II nous suffira aujourd'hui, pour le. but tout spécial que nous nous proposons, d'un résumé succinct des faits principaux dans leur rapport avec la production du suicide.
(i) Des 'pertes séminales involontaires et de leur influence dans la production de la folie, Paris, iS56.
ARTICLE ni.
DB LA SPERMATORRHÉE CONSIDÉRÉE COMME CAUSE DÉTERMINANTE DU StICIDE.
Il n'est pas de médecin qui n'ait été souvent consulté par des malades ayant toutes les apparences de la santé , et se plaignant cependant d'un trouble plus ou mqins prononcé de toutes les fonctions. À les entendre, ils n'ont plus quQ quelques jours à vivre, et, malgré l'examen le plus attentif, on ne découvre chez eux aucune altération organique bien caractérisée. Ils souffrent néanmoins, et quelquefois d'une manière intolérable ; leur physionomie, leurs gestes, leur attitude , tout en eux porte une empreinte à laquelle il est impossible de se méprendre. Ces souffrances, d'ailleurs, exercent à la longue ^ plus triste influence sur leur caractère , sur leurs idées, sur leurs actions, sur Içurs habitudes, etc. Préoccupés sans cesse du soin de leur santé et de la recherche des causer qui ont contribué à la détruire, ils contractent peu à peu l'habitude de tout rapporter à eux-mêmes, tls deviennent méfiants, spupçpnneux, égoïstes ;
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leurs sentiments affectueux, leurs dispositions aimantes s'affaiblissent, et sont remplacés par ufie irritabilité extrême, que ta cause la plus futile suffit pour mettre en jeu. Tout les irrite, les aigrit et leur arrache des reproches ou des plaintes d'une exagération déplorable, ou les jette dans un profond découragement. Ils craignent et évitent la société des autres hommes, les réunions où ils pourraient trouver un peu de distraction à leur tristesse; ils recherchent, au contraire, la solitude, où ils sont libres de s'abandonner à toute Tamertume de leurs regrets, k leurs idées sombres, à leurs pressentiments sinistres. Rien de ce qu! les entoure ne les intéresse, rien ne peut les arracher, même pour un instant, à la contemplation de leurs maux. Ils aiment la vie et craignent plus que personne de la perdre; toutes leurs pensées, tous leurs projets, toutes leurs actions, se résument, pour ainsi dire, dans un but de conservation ; et cependant, par une de ces contradictions si fréquentes dans notre pauvre nature, la vie leur est parfois à charge et leur devient un supplice au-dessus de leurs forces. Ce sentiment vague et instinctif, ce dégoût de toutes choses^ ce tœdium vitœ les suit
partout, et souvent, malgré la révolte de leur raison , les pousse au suicide. Mai^, affaiblis au moral autant qu'au physique, ces malheureux , tout en appelant la mort de tous leurs vœux , ne font, pour se la donner, que des tentatives ridi* cules ou impuissantes, et qui n'arrivent que bien rarement à un résultat funeste.
A ces traits, il est facile àe reconnaître des hypQchondriaques, c'est-à-dire, de pauvres ma^ lades atteints de cette affection étrange, bizarre, inexplicable et inexpliquée, dont on ne connaît , d'une manière certaine^, ni la nature intime ni le siège organique, qui n'est pas tout à fait la folie, mais qui y touche de près et y aboutit souvent , et q^i'on désigne sous le nom d*hypochondrie. Pour le plus grand nombre des médecins, ces malades sont généralement des malades imaginaires, ce qui revient à dire que les maux dont ils se plaignent sont créés de toutes pièces par leur imagination, et qu'il sufiit, pour les guérir, de leur persuader qu ils n'ont rien ; ou bien ces maux, ces souffrances, dont on veut bien admettre quelquefois l'existence, dépendent d'un élat nerveux particulier sur la nature duquel on ne s'explique pas, hypothèse vide
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et creuse, bonne tout au plus à masquer aux yeux du malade l'embarras el l'ignorance de Tobservaleur.
Pour nous, il n'en est pas tout à fait ainsi. Nous croyons avec M, Lallemand, et quelques autres habiles cliniciens , que ces souffrances sur la nature et retendue desquelles ces malheureux ne \arient jamais, sont bien réelles; mais nous croyons aussi qu'elles dépendent de causes très diverses, qu'il faut chercher avec soin et persévérance, et qu'on découvrira tôt ou tard. L'hypochondrie n'est donc pas pour nous une maladie exists^nt par elle-même; elle n'est qu'un groupe de symptômes témoignant d'une perturbation plus ou moins profonde des fonctions les plus essentielles à la vie, sous l'action de l'une ou l'autre de ces causes cachées, dont la découverte seule peut mettre jsur la voie d'un traitement rationnel et efficace.
Or, M. Lallematid a surabondamment démontré dans te bel ouvrage dont j'ai déjà parlé, que la plus hm portante de ces causes, celle qui fait le plus grand nombre de victimes, est celle qu'il a désignée sous le nom de spermatorrhéCy ou de pertes séminales involontaires. Nous ajouterons
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que c'est encore chez les tabescenis, chez ceux surtout dont la maladie a porté plus spécialement son action sur le cerveau et sur le système nerveux, qu'on observe ce dégoût de la vie, cette propension instinctive au suicide dont nous avons parlé plus haut. C'est donc de ces malades seulement que nous avons à nous occuper» Quelques observations particulières suffiront pour les faire connaître à nos lecteurs.
XXI1I« Observatioim. — Hgpochondrie j penchant au suicide , pertes séminales involontaires. — Cautérisation de l'orifice des canaux éjaçulateuv^, — Guérison.
M. P... est entré dans notre établissement dans les premiers jours d'avril 18/i5. Il est âgé detrente et un ans; tempérament lymphatique , constitution extrêmement robuste, taille élevée, système musculaire généralement très développé; santé en apparence très florissante, beaucoup d'embonpoint. Cependant ce jeune homme se plaint depuis longtemps d'un malaise général qui a porté, à la longue, un trouble profond dans ses facultés intellecluelles et affectives.
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L'aspect général de sa physionomie annonce un état habituel de tristesse et presque de désespoir. Son langage, sa marche embarrassée, ses gestes, toute Fbabitude extérieure du corps témoignent d'une timidité extrême , qui contraste singulièrement avec l'apparence de force et de vigueur de sa constitution. Il a eu, il y a quelques années^ une blennorrhagie qui parait avoir été mal soignée, et depuis quelques mois il s'est persuadé que cette maladie n'a pas été bien guérie, et qu'elle s'est transformée en une syphilis constitutionnelle. C'est ainsi qu'il s'explique les souf* frances qu'il endure, et à l'aggravation desquelles son imagination paraitcontribuer pour unegrande part. Il est venu à Paris pour chercher un peu de soulagement , beaucoup plus pour complaire à sa famille que par conviction; car il sait bien q[u'il
ne guérira jamais. 11 est surtout tourmenté par la
pensée que sa maladie , étant contagieuse , il Ta communiquée par son contact, par son souffle même, à sa mère, à ses sœurs, à toutes les personnes qui l'approchent. Ces préoccupations, qui ne lui laissent pas un instant de repos, le plongent parfois dans le plus profond découragement. Alors la pensée d'en finir avec ses souffrances
par un suicide lui vient très fréquemment, et le pousserait aux résolutions les plus sinistres s'il n'était encore retenu par son affection pour sa famille. Quelques jours après son entrée dans rétablissement, il nous remit une histoire détaillée de sa maladie, qu'il avait écrite sur notre demande. Il existe dans cette note un enchaînement et une suite remarquable dans les idées qui contrastent singulièrement avec le trouble très marqué de Tintelligence qui perçait dans les moindres conversations du malade. Les longs extraits que nous en donnons plus bas nous ont paru offrir un très grand intérêt. Disons, avant de le laisser parler, que M. Ricord venait d'être appelé en consultation auprès de lui,et était parvenu à détruire dans son esprit les craintes qu'il avait conçues au sujet de l'existence d'une syphilis constitutionnelle. Il est bon encore de rappeler que, depuis longtemps, M. P... avait observé qu'il perdait fréquemment, soit le jour, soit la nuit y sans érection et sans aucune sensation de plaisir, un liquide visqueux, opaque, blanchâtre, qui paraissait avoir beaucoup d'analogie avec le sperme. Ce liquide s'écoulait ordinairement goutte à goutte, et quelquefois en plus
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grande abondance , lorsque M. P... allait à la garde-robe. Mais, jusqu'à la visite de M. Ricord, il n'avait attaché aucune importance à cet écoulement.
» Je suis parvenu jusqu'à Tâge de dix-huit ans dans la plus complète ignorance des habitudes fâcheuses; mais à cette époque j'en contractai une des plus détestables. Un peu plus tard , les circonstances m'amenèrent à la fréquentation des femmes , auxquelles je me livrai avec excès pendant cinq ans. Pendant ce temps j'eus le malheur de contracter des maladies syphilitiques, dont la dernière ne fut pas bien goérie, et a entretenu dans le canal une irritation très vive. De retour dans ma famille , et désor* mais habitant d'une petite ville ^ qui ne pouvait me procurer des plaisirs devenus pour moi nécessaires, j'eus de nouveau recours à un moyen qui me répugnait alors, et dont cependant je me fis une habitude; je n'ai pas besoin de le nommer. Au bout d'un certain temps, je dus m'apercevoir de désordres survenus à la suite de cette pratique, désordres qui ne m'effrayaient pas beaucoup, parce que mon embonpoint excessif à cette époque n'avait pas diminué. Ainsi, j'éprouvais
une lassitude générale , des tirailleaidnts dans les muscles des membres et de la face, des crampes, des douleurs très vives dans les reins. J'étais pris d'une petite toux sèche qui, toutefois, ne persistait pas. Plus tard, sueurs assez abondantes et selles très répétées et liquides; en somme, terreurs paniques Iqi nuit. Tels sont les accidents qui se manifestaient après Tacte dont j'ai parlé. Je remarquai , en outre, que la netteté de la vision s'altérait , en ce sens que ^e pus constater la présence de petites taches granulées qui existaient sur l'œil.
» Effrayé de ces résultats, je ne me livrai plus qu'à do rares intervalles à cette malheureuse habitude; dès lors, les accidents ou oessèrant ou diminuèrent beaucoup. Toutefois, je m'aperçus d'une altération notable dans les parties génitales, à ce point que rémission naturelle du sperme^ pendant le sommeil, provoquait toujours des conséquences analogues à celles dont j'ai parlé plus haut, des tintements d'oreilles par exemple, et surtout immédiatement, le besoin d'aller à la garde-robe.
»> Il y a environ cinq ans^ j'éprouvai des sensations très douloureuses que j'attribuai pendant