ET GURATIFS DU SUICIDE
cette étude des réflexions suivantes : « Je dirais » volontiers qu'il faut^ pour arriver à Tidée du » suicide, un certain exercice de l'intelligence et » une certaine fermentation des passions. Les » hommes qui n'ont point étudié, les femmes qui » n^ont pas lu de romans, n'ont pas, dans leurs » peines, recoTirs au suicide ; aussi y a<t-ilplus D de suicides chez les peuples civilisés que chez » les peuplés barbares, et Ton a remarqué qu'en » Orient il n'y avait de suicides que depuis Tin- D fluence qu'y ont prise les idées européennes. , » L'homme le plus malheureux du monde, le plusf » dénué, le plus réduit au fumier de Job, cet » homme, s'il n'a pas un peu goûté de l'arbre de » la science, s'il n'ajoute pas à ses souffrances le » tourment de la pensée, cet homme ne songera » pas à se tuer. Le suicide n'est pas la maladie » des simples de cœur et d'esprit; c'est la maladie » des raffinés et des philosophes; et si de nos jours 9 les artisans sont , hélas ! atteints eux-mêmes de » la maladie du suicide, cela lient à ce que leur » intelligence est sans cesse agacée et aigrie par la » science et par la civilisation modernes (1). »
(1) Saint-Marc Girardin, Cours de littérature dramatiquif^
cbap. V.
290 DES MOYENS PIUÈSERYATIFS
La même conviction a pénétré jusque dans les régions officielles. M. le Ministre de la justice, résumant, en 1850, l'analyse des comptes généraux de la justice criminelle, pendant les vingt» cinq années précédentes», s'exprime ainsi : « Ici se termine, monseigneur, l'analyse de nos statistiques criminelles. On ne saurait nier que durant le quart de siècle qu'embrasse ce rapport, l'instruction primaire n'ait fait en France des progrès réels ; nous avons vu que le nombre proportionnel des accusés complètement illettrés, de même que celui des conscrits ne sachant ni lire ni écrire, a diminué de plus de 10 pour 100. L'industrie, le commerce et l'agriculture ont reçu de nouveaux développements; le salaire du travail et l'usage de ses produits ont incontestablement étendu le bien-être général ; mais, au point de vue moral, la société s'est-elle améliorée comme au point de vue intellectuel et matériel? L'étude attentive des comptes généraux de la justice criminelle ne permet pas de l'admettre : soit que^ la culture du cœur rCait pas été l'objet de la même sollicitude que celle de l'esprit, ou que l'éducation ait marché en sens inverse de l'instruction; soit que la diffusion des richesses ait,
ST CDftiTIFS DU SUICIDE. 291
au détriment de la moralité publique, développé le besoin des jouissances matérielles dans une mesure bien plus large que les moyens légitimes d'y satisfaire, il est bien évident que le respect de la loi et des grands principes sur lesquels la Société repose a été s'affaiblissant , et que le i^ombre moyen des infractions à la loi s'est accru d'année en année. Au lieu de 12&,822 crimes pg délits, qui étaient jugés annuellement par les cours d'assises et les tribunau^L correctionnels dé 1836 à mOyil en » été jugé 174,185 de 18/i6 à 1850. C'est 40 pour 100 d'augmentation, tandis qHQ la pQpulfttipQ ne s est guère accrue que de 13 pour 100.
9 3i l'on déduisait du nombre total de ces infractions les contraventions aux lois spéciales, qui n'impliquent pas une grande perversité chez leurs auteurs, telles que les délits forestiers, ceux de chasse, de pèche, de douane, etc., pour ne n'occuper que des crimes et des délits les plus graves, qui ont leur source dans des instincts pervertis» et qui portent une atteinte sérieuse, soit aux personnes, soit aux propriétés, soit à Tordre public, on trouverait un accroissement; bien plus çop&idérable encore.
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vy Les crimes^tles délits contre les^personnes» inspirés par la haine et le désir de lavengeance^ se sont accrus^dë la première à la seconde période, de &2 pour 100; les crimes et les délits contre les mœurS; d^ 138 pour 100.
»Les crimes €i les délits contre les propriétés dus à la cupidité ont augmenté de 80 pour 100, et ceux qui sont dictés par la malice seulo, sans procurer aucun profit à leurs auteurs^ de 108 pour 100.
» Enfin, raccroissement est de 236 pour 100 pour les crimes et délits contre Tordre public, ceux de rébellion, d'outrages et violences envers les fonctionnaires et agents de la force publique, de rupture de ban^ de vagabondage, de mendicité. Ces derniers surtout se sont multipliés dans une affligeante proportion.
» Ondoitreconnattred'ailleursque les diverses espèces d'infractions, à mesure qu^ellcs sont devenues plus fréquentes, semblent se produire avec des caractères moins graves. Le nombre moyen annuel des délits a, en effet, seul augmenté, celui des crimes est resté stationnaire; on ne compte plus guère d'assassinats, de meurtres et d'empoisonnements, de iSliQ à 1850, que de 1826 à 1830.