T CURATIFS DU SI31C1DE
» du cœur n'ait pas été l'objet de la même solli* p citude que celle de l'esprit, et que l'éducation ait » marché en sens inverse de rinstruction ^etc. »
Un gouvernement qui connaît toute l'étendue de ses devoirs ne prononce pas des paroles aussi graves sans avoir la résolution et les n^oyens de mettre un terme au mal qu'il signale à l'attention publique. Aussi la question a*t-elie été mise à l'étude depuis quelques années, et déjà en 1852 M. le Ministre de l'instruction publique amis la main à l'oeuvre avec résolution; les mesu« res, encore bien incomplètes, prises à cette épo* que, ont été acceptées avec enthousiasme par les uns, et vivement critiquées par les autres. L'expé* rience seule, et une longue expérience, prononcera entre le ministre et ses détracteurs. Quoi qu'il en soit, la réforme commencée, et qui sera complétée tôt ou tard, n'aura d'effîcacité réelle que sur les généi^ations qui s'élèvent. Les effets n'en seront donc appréciables que dans quelques années, alors que sera modifiée la direction générale du courant qui portait depuis si longtemps toute la bourgeoisie vers les professions libérales, au grand détriment de l'agriculture et des professions industueltas. Mais cette réforme
â9B DES ÉOtEItS PAlteÉlItÀTirS
n*aura d'utilité réelle et durable qu'autant qu'elle amèuera peu à peuuu chaugeitient sérieux dans bos mœurs, et frayera la voie, à Tilde d'ttne forte éducatioû morale, au Mfouf des croyances religieuses si universellement abandonnées.
C'est en effet le sentiment religieux, ainsi que nous le disions plils baut, qui sera toujours le préservatif le plùis efficace contre le suicide. Un grand criminaliste Ta dit avant nous, les passions dt les affections morales qui poussent au suicide Sont souvent plus fortes que Tautorité des lois. La religion seule à le pouvoir d^encbatner la volonté, pai^ce qu'elle commande aux passions; sa voix parle assez baut, même au milieu des tempêtes de l'&me, pour en apaiser les Soulèvements (1). Les faits d'ailleurs sont ici pleinement d'accord avec les données du raisonne** ment. Il résulte évidemment de l'étude attentive des chiffres qui servent de base à nos recber^ ches, que le suicide est encore relativement très rare dans les pays qui ont conservé intacte leur M religieuse, ou Cbes lesquels les tendances
(1} ThéwiéduCeiepénùl^ par MM. Cbauveau (Adolphe) •I Faastitt H4Kei u III, p. hVu
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modernes à rindifférence et à l'émancipalion complète de la pensée n'ont fait que peu de progirès. Nous avons vu dans notre premier chapitre (l), que ce triste penchant fait beaucoup moins de victimes en Russie que dans le reste de TEurope , et quMl sévit du contraire avec plus d'énergie aux États-Unis et en Prusse qtl'eh Autriche et même qu'en France. Or, qui ne connaît le fanatisme religieux des Russes, et l'indifférenee k peu près absolue des Américains des tilles? Qui ignore que les doctrines panthéistes de là philosophie hégélienne ont feit de très hombreux prosélytes en Prusse et dans quelques )pfÊLjB limitrophes, tandis que rAutriche j est Irestée presque complètement étratagère. En France même, c'est en Corse et dans quelquesuns des départements du Centre, du midi et de l'ouest, qui sont restés fidèles à leUrs traditions religieuses, que le chiffre des morts volontaires a toujours été le moins élevé (2).
Nous trouvons encore des renseignements précieux sous ce rapport, dans un livre plein d'in-
(1) Voyez à page 36.
(2) Voyez le chapitre I, et plus spécialement Ie8^ges29 et 36.
térét que vient de publier M. le docteur Brierre de Boismont sur le suicide et la folie sui* cide(l). En Belgique, on a compté de 18â5 à 1838 GSOsuicides, ou en moyenne 125 par année, ce qui donne sur une population de /i^260,631 habitants, 1 suicide sur 27,488 habitants. Dans les Ëtats sardes, de 1834 à 1838, la proportion des morts volontaires à la population a été, en moyenne, de 1 sur 59,979 habitants^ Dans le reste de Tltalie cette proportion a. dû être encore beaucoup moins élevée ; les auteurs qui ont écrit sur cette contrée ne nous donnent pas , il est vrai, des chiffres positifs, mais tous s'accordent à proclamer que le suicide y est extrêmement rare* Il Test encore plus, s'il est possible, en Espagne, où le sentiment religieux a conservé une si grande vivacité dans toutes les classes de la population. Plusieurs Espagnols éclairés et occupant de grandes positions dans leur pays, que nous avons successivement consultés, nous ont affirmé que ce malheureux penchant y est presque inconnu*
(1) Brierre de Boismont, Du suicide et de la folie suicide. Paris, 1856.