ET CCRATIFS DO SUICIDE
Enfin, il a'est pas jusqu'à FAngleterre^ qui a été regardée si longtemps comme la (erre classique du suicide^ qui ne présente cependantdes différences notables^ et toutes à son avantage^avec quelques Ëtalsduconlinent. Un éminent statisticien de ce pays, M. Farr, cité par M. Brierre de Boismont, établit qu'en 18S8 et 4839, le nombre des suicides a élé,en Angleterre et dans le pays deGalles réunis, de 2,001, ce qui donne un suicide sur 4 5,900 habitants. Nous avons vu qu'eu France, la proportion avait été d'un suicide sur 12,&89 habitants, aux années correspondantes de 1838 et 1839* La différence est encore plus marquée entre Paris et Londres. Il y a eu un suicide sur 2,221 habitants dans la première de ces deux Tilles, et seulement un sur 8,250 habitants dans la seconde; et, chose remarquable, le nombre des suicides que nous avons vu augmenter avec tant de rapidité à Paris, à Berlin, et dans tant d'autres pays, parait à peu près stationnaire à Londres, depuis de longues années. Ceci résulte, jusqu'à la dernière évidence, du tableau suivant, que nous devons à Tobligeanee d'un jurisconsulte anglais des plus éclairés, M. Flatber, avocat près la cour de la chancellerie {chancery
302 DISS MOYENS PaÉSEEVATIFS
fHirrister)f à Londres. Les chiffres sont tirés du rapport des enquêtes du coroner de la paroisse de Westminster. Ils sont donc tout à fait officiels. Le tableau lui-même a été imprimé dans le premier volume du journal de la Société de statistique de Londros.
Tableau indiquant le rapport de la population de la ville et franchise de Westminster, avec le nombre des suicides. Par périodes quinquennales, de 1812 à 1826.
BPOQUB
des recensements.
POPOLiTION.
PBBIODB
quinquennale.
' MOTBNNB
des suicides.
ON SDICIDB .fur ...
babiUnts.
Moyenne
Il est extrêmement probable que si les mêmes recherchas statistiques avaient été faites dans les autres quartiers de Londres, on serait arrivé à des résultats analogues» si ce n'est identiques. Ceux-ci sont assez signiQcatifs par eux-mêmes, pour que nous n'ayons pas à y insister plus longtants, Encore une remarque cependant au sujet
Vt ciia4TiFS i>c SUICIDE, 309
de rÉcosse. La mort volontaire y serait bien plus rare encore qu'en Angleterre, si nous en croyons des renseignements qui nous ont été fournis par des personnes en position d'être bien informées, et en qui nous avons pleine confiance. Or personne n'ignore que FËcosse ne le cède en rien à l'Angleterre elle-même, pour tout ce qui se rapporte au commerce, à l'industrie, à l'agriculture, à la diffusion des richesses et du bien-être. Il parait même incontestable que l'instruction y est plus répandue/ surtout dans les campagnes. Mais^ ce qui est aussi parfaitement certain, c'est que le sentiment religieux y est pli|s vivace et plus épuré qu'en aucun autre pays de l'Europe, et que la réforme presbytérienne y a conservé toute sa ferveur et toute sa rigidité primitives (1).
(1) Ceci était écrit lorsque nous avons lu tout [récemment dans le numéro du 1*' ami de la Revue des Deux- Mondes un très intéressant travail de M. Charles de Rémusat sur TÉcoi^e, depuis la fin du xvii* siècle. Voici quelques passages de ce travail qui concordent parfaitement avec les idées que nous venons d'émettre. « La contrée est pittoresque, c'est un pays de montagnes; il en a les beautés naturelles, sans cette horreur grandiose d'autres sites renom-
30& DES MOYENS PRÉSBRYATIFS
Enfin à tous ces faits si concluants dans le sens de la thèse que nous soutenons, ajoutons encore
méa. L*aspect général est méiancoUque, mais doux; tout est agreste, et rieu n'est inaccessible.:DaQS ses solitades les plus incultes» on trouvé une certaine facilité de vivre ;8es hottes sauvages couvrent des hommes civilisés par les sentiments et par les- idées, raisonneurs avec des croyances primitives» superstitieux même et sensés. De quelque nation que vous soyez, de quelque hauteur sociale que vous descendiez, de quelque lumièi*e que s'enorgueillisse votre raison , si vous parlez à un paysan écossais, vous parlez à votre égal, vous n'avez rien à lui apprendre de ce qu'il faut sentir ou savoir pour être vraiment un homme, et en même temps il a les instincts, les passions, les rêveries d'un montagnard. L'orgueil et le respect, la violence et U retenue, l'inteUigence et la simplicité, la sagacité pratique et l'exaltation religieuse, tels sont quelques-uns des contrastes qui frappent à chaque instant dans la population d'un pays dont on peut dii*e qu'aucun autre n'a été aussi poétiquement raisonnable ; car, avec tout ce qui lui reste de la vie de la nature et de la société du moyen âge, cette nation doit prendre rang pa^^mi les plus éclairées de V univers. I^ politique, la religion et la littérature ont fait de l'Ecosse quelque chose d'incomparable. »
M. de Rénmsat dit encore un peu plus bas : « Ainsi l'Ecosse est restée plus Ecosse que si elle avait joué un rôle actif et considérable dans les destinées du tout dont elle faisait partie. Avec ses mœurs, ses lois, sa religion, elle conservait cette noblesse rustique, cette féodalité inoffensive qui maintient
ET GURATIPS DO SUIGIDB. 305
celui-ci non moins curieux et intéressant, que le suicide est à peu près inconnu en Turquie, en Egypte, en Perse, et dans tous les pays qui suivent la religion de Mahomet, tandis qu*au contraire il est infiniment commun en Chine , au Japon, en Gochinehine, dans Tfnde anglaise, etc., etc., où régnent encore les doctrines et les religions panthéistes des Bouddhistes et des anciens Brahmanes. Nous aurons occasion un peu plus loin do donner la raison de cette difTérence si extraordinaire^ entre deux religions qui se partagent la plus grande partie de l'Asie et de TAfrique.
enU*e les classes subordonnées quelque chose des liens de famille et de la hiérarchie du moyen âge ; ces pasteurs dévoués aa peuple et qui se croyaient ( hargés par Dieu même, de rendre leur troupeau apte à comprendre librement sa parole, et, pour développer la foi, de cultiver la raison; ces maîtres des Universités, à qui toute ambition était interdite hors dn coite de l'esprit, et qui ne pouvaient aspirer qu'à rester l'aristocratie locale du savoir et de la pensée. C'est grâce il ces éléments divers que, dans le dernier siècle, s'est maintenue et développée sans bruit, sans nom, sans gloire, en suivant librement son génie, en trouvant dans un bonheur paisible le progrès moral et intellectuel, une des plus inconnues, une de% premières sociétés du monde, [Revue des Deux- Mondes^ XXVI» année. — Seconde période , t II, n» du
!•' avril 1856, p. ft67-/i69). »
306 DES MOYENS PRIÊSplRYATIFS
Le raisonnement et les faits se réunissent donc pour nous faire admettre que le sentiment religieux et les doctrines qui s'y rattachent sont le préservatif par excellence du suicide (1). Notre vie est souvent si misérable que la foi en Dieu et la confiance en sa bonté infinie, peuvent seules nous donner assez de courage pour en attendre paisiblement la fin. Il ne faudrait pas cependant se méprendre sur la portée de nos paroles et leur véritable signification. Nous serions désolé qu on pût y voir une attaque, même très indirecte, dirigée contre l'esprit d'examen ou la liberté de conscience, ces grandes conquêtes de nos pères qui leur ont coûté tant de larmes et de sang. Personne plus que npus ne respecte et
(1) Nous eQteodoDS parla \e sentiment chréHen^ ou plutôt toute doctrine religieuse qui reponnati un Dieu unique» créateur et maître de l'Univers, et qui admet comme baae de ta morale, le dogme d'une vie future, heureuse ou malheureoae, selon que nous aurons bien ou mal mérité de la souveraine justice, pendant la vie présente. Nous excluons donc les doctrines mystiques et panthéistes qui conduisent logiquement et fftialement au suicide, et ont été, cqmqie on le verra par la suite, la cause la plus puissante de la mort volontaire ches les iudividus et chez les peuples qui les ont adoptées.
^T GUBATIFS DU SUICIDE. â07
n'admire les immenses progrès accomplis par Tesprit humain surtout depuis deux cents ans. Aussi sommes^nous avant tout de notre temps. Nous n'en répudions que les doctrines exagér fées, et subversives de tout ordre social^ qui ne voient dans Thomme qu'un agrégat matériel destioé à rentrer tout entier, un peu plus tôt ou un peu plus tard, dans le néant d'où le hasard ou une force aveugle et immuable l'auraient tii^f Nous n'avons donc parlé que du sentiment réikr
gieuxen général, sans acception de formes ou de
cultes. Nous n'avons pas heureusement à nooe inquiéter de savoir si telle religion est préféraiil^ Qt laquelle est la meilleure ; nous venons devoir que le suicide est d'autant moins fréquent che^ les différents peuples que la religion y est plus honorée et plus respectée , que ceux-ci soient d'ailleurs catholiques, protestants, juifs ou mahométans. Toutes les religions dont le dogme et la morale nous apprennent à souffrir avec cou^ rage al résignation les déceptions^ les douleurs et les misères de la vie, et à attendre avec patienuoe que Dieu nous rappelle à lui pour nous récompenser ou nous punir, toutes ces religions, disons-nous, nous préserveront ég^Içment de la
pensée du suicide ou nous empêchcronl d y succomber.
C'est donc en agissant dans cette direclion qu'on arrivera au but qu'il s'agit d'atteindre. Mais la réfornnie des mœurs et de l'éducation d'un peuple est toujours une œuvre longue et laborieuse. Ses fruits sont lents à mûrir et ne peuvent avoir d'influence utile et efûcace que sur un avenir plus ou moins lointain. Et le mal qu'il s'agit de combattre et de détruire est In qui nous presse et qui gagne sans cesse du terrain. N'existe-t-il donc aucun moyen plus suret plus rapide d'en débarrasser les générations pré* sentes? On guérit la folie; les nombreux asiles, tant publics que privés, ouverts pour recevoir les fous, témoignent d'une grande sollicitude pour la plus déplorable des infirmités humaines. Les crimes sont punis ; et si l'on ne fait pas peut-être tout ce qui serait nécessaire pour les prévenir, nos nombreuses lois pénales montrent suffisamment que la société ne reste pas désarmée et sans défense contre le débordement des mauvaises passions. Le suicide seul trouve les pouvoirs publics indifférents. Un homme se tue; que fait l'autorité? elle recherche avec sollici-