‹ Du suicide; statistique, médecine, histoire, et législationChapitre 45 sur 60 · ET CURATIFS DU SUICIDE · texte numérisé non relu

ET CURATIFS DU SUICIDE

tudesi le suicide est constant. £|]e en consigne froidement dans un procès-verbal les circon* stances principales, les causes présumées; elle constate avec soin rà{^e,lesexeJaprofcssion,etc.y du patient. Elle communique ensuite ce procès-verbal aux journaux qui Tarrangcnt à leur façon, en dramatisent les circonstances les plus vulgaires et Tannonccnl, par leurs millions de voix, à l'univers civilisé. Elt puis tout est dit. Elle rend le cadavre à la famille qui le fait enterrer, avec ou sans l'intervention de l'Église, suivant qu'elle a affaire à un prêtre plus ou moins rigide»

Mais est-ce bien là tout ce qucTautorité publique pourrait ou devrait faire ? Est-ce ainsi qu'elle agissait autrefois, et n*a-t-elle jamais eu un rôle plus actif et plus digne? 11 est un fait certain : c'est que chez quelques peuples de l'antiquité, chez ceux surtout qui se distinguaient par la rigidité des mœurs publiques et privées, le suicide était considéré comme un crime el souvent puni comme tel. Il cstcertain, d'un autre côté, que deslois encore plus sévères condamnèrent la mort volontaire chez tous les peuples chrétiens, et que, chez la plupart, ces lois ont été conservées

ftlO DES nOTENS PRÉSEftVATlFS

jusqu'à nos jours. D'où vient cependant que celles-ci sont presque constammeni éludées là où elles n'otit pas été formellement abolies? Doiton en conclure qu'elles étaient injustes et mauvaises, et que toute loi dirigée contre le suicide est par avance condamnée à Timpuissance? Ce sont là des questions dont la gravité et l'importance n'échapperont à personne et dont notiâ trouverons probablement la solution dans Texpérience du passé.

Essayons donc de rassembler et de 6omparef entre eux les éléments de cette solution que notis trouverons disséminés dans l'histoire et là législation des différents peuples tant anciens que modernes. C'est là une tâche longtië et laborieuse que nous n'entreprenons qu'en tremblant et avec le sentiment bien arrêté de notre insuffisance. Car ici nous ne pourrons plus nous appuyer sur des chiffres positifs/sur des faits d'obâeni^tlén irrécusables. Nous serons obligés te plus souvent

de nous en tenir à des assertions que tious tie pourrons pas contrôler par nous-même ou à des inductions plus ou moins légitimes. Cependant nous nous efforcerons de n'admettre, comme dans nos deux premiers chapitres, qUe des docu-

ET ËtflATIFS Dtj SUICIDE. Sil

SiBÛiA àilthentiques oti qui nous paraîtront appuyée silf dêè autôfités imposantes.

Aftt. i*. — HlStOIBE ET liciSLATION DU SUICIDE CHEZ

-' LEÎS tHFÈÉftËNTS PEUPLES.

Il j a toujours eu des Miicidës. On en reti'oul^é des exemples plus ou moins nombreux dans l'histoire dô tous les peuples et jusque dans les traditions et les légende^ qui se rapportent â leuf origine; La misère et la douleur ont été, dans tous les temps, le triste lot deThumanité, S ces époques recuiéessurtôut où les sociétés à peiné naissantes n'avaient encore ni science, ni art, ni industrie^ où l'homme domihé par les forceâ aveugles de la nature trouvait à grand'peine à satisfaire ses premiers besoins, en luttant sans C6sse contre elles. Souvent alors la pensée d'une Hi^H volontaire devait se présenter à lui comme le seul remède aux maux de cette vie, surtout lorsque les maladies ou les progrès de l'âge lui rendaient tout travail impossible. Les écrivains anciens nous ont conservé le souvenir de queU quescouttiihes qui témoignent de la fréquence! de cet acte dans les premiers âges de l'humanité.

SlSf HISTOIRE DU SUICIDE

Les habitants de Tlle de Céos, dans rarchipel grec, s'empoisonnaient aussitôt qu'ils avaient dépassé l'âge de soixante ans» afin, dit Slrabon, qu'il restât des vivres pour les habitants plus jeunes et plus valides (1). Plus tard» probablement lorsque l'aisance fut devenue plus générale, la loi dut intervenir pour réglementer cette coutume barbare, et il ne fut plus permis de se tuer, selon le témoignage de Yalère- Maxime, qu'après avoir justifié ce désir par des motifs puissants ot avoir obtenu l'autorisation des magistrats (2). Mon* taigne rapporte qu'à Marseille « il se gardoit, » au temps passé, du venin préparé à tout de La » ciguë, aux dépens publicques, pour ceulx qui » vouldroient haster leurs jours; ayant premiè*

(1) Strabon, liv. X.

(2) Yalère-Maxime, iiv. If, chap. YI, S. Valère- Maxime rapporte, à Tappui de son opinion, Thistoire d*uae matrone de celle île qui, arrivée à Tâge de quau*e-vingt-dix ans, avala la ciguë avec calme et courage, eu présence de Sextus Pompée à qui elle rendit des actions de grâces d'avoir consenti à honorer sa mort. Elle avait auparavant renda compte à ses concitoyens des motifs qu'elle avait de quitter la vie et obtenu leur asseniiment, ainsi que celui de Pompée.

Montaigne rappelle longuement le môme trit dans ses Essais. Liv. II, chap. m.

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