CHEZ LES GAULOIS
naissance par des pleurs et les funérailles par des chants (1). Leur foi dans celte vie future était si entière qu'on les voyait, pendant les funérailles, livrer à la flamme mystérieuse des bûchers des lettres confiées aux morts et adressées aux haletants du pays deâ âmes, et remettre, d'un commun accord , à l'autre monde , le paiement de dettes contractées dans celui-ci (S}«
(i) Valôre-Maxime, liv. II, chap, XIL ~ PKne, Hiitoipe naiurelk^ liv. III, chap. XI.
(2) Entre autres preuves d[e la fréquence du saicid^ chez les Gaulois, nous citerons le passage suivant de V Histoire de France de M. Henri Martin. « Les Druides pouvaient, diflaientrils, détourner les coups du génie de la mort, et radieter la vie d'un lH)mme menacé d'une transmigration prochaine, en tranchant les jours d'un autre; opinion fatale aux captifs^ aux esclaves, à tous les faibles, qu'on sacrifiait sans scrupule pour la rançon des puissants I Souvent même les clients, les dévoués A^ t\kd de clan se livraient spontanément à lalnort pour sauver leur ^tem, et s'en allaient joyeusement dans l'autre monde (*). Les victime» consacrées
(*) Les chefi les plus renommés, tant en Gaule qu*en Ibérle^ avaient autour d'eux des guerriers d'élite engagés par serment à ae les quitter ni dans la vie ni dans la mort. On les nommait en Aquitaine sMures ou saldunes^ ce qui signifiait dévoués. Jamais un saldune ne survivait à son chef.
3S6 HISTOIRC DU SUICIDE
Un grand fait ressoirt déjà de tout ce qui précède, c'est que TAûtoire du suicide se lie partout d'une manière intime à Celle des croyances rdi^ gieuseSf se rapportant à la destinée de V homme et à sa vie future. Les^ preuves négatives ne manquent pas plus à notre démonstration que les preuves positives. Ainsi il est incontestable que, sur cette mémo terre d'Asie^ si féconde en morts volontaires^ celles-ci fureutà peu près inconnues che^ les anciens Hébreux. Pourquoi cette différence si remarquable avec les autres peuples, sinon parce que les Hébreux avaient
aax dieux étaient tantôt immolées sur les tables granitiques des dtUmenst tantôt mises en croix eu percées de floches ; parfois, dans quelque clairière des forêts de chênes ou de hêtres, on élevait un cdosse d'osier à figure humame, dont le corps vide était rempli d'hommes et de bestiaux : un prêtre y mettait le feu en chantant, et bientôt la prison et les captifs disparaissaient parmi des flots de flânâmes et de fumée (*). Les funérailles des chefs étaient aussi de sanglantes hécatombes; on y brûlait solennellement leurs habits, leurs armes, leurs che* vaux, leurs esclaves favoris auxquels se joignaient les dévoués qui n'étaient i>as morts au dernier combat du tiem.
(*) Strabon, liv. IV. — Diodore de Sicile, «r. V. ^ César, liv. Vt, cbap. XVI.