CHEZ LES JUIFS
trouvé dans leur religion et dans leurs lois un préservatif tout-puissant contre ce funeste penchant? Dieu avait dit à son peuple, Tu ne tueras pointy et Moïse, désirant sans doute ôter tout prétexte à une interprétation dangereuse de It loi divine, avait défendu le suicide comme ua crime, et ordonné que le coupable serait sévère-^ ment puni.
Nous en trouvons la preuve dans un passage de VHistoire de la guerre des Juifs contre les Romains^ de Flavius Josèphe. Celui-ci, chargé de la défense de Jotapat, à la tête d un corps de trou* pes, avait tenu, pendant plusieurs semaines, con* tre tout Teffortde l'armée romaine. Réduit enfin à la dernière extrémité» et réfugié dans une caverne sans issue avec quelques-uns de ses plus braves compagnons, il leur proposa de se rendre aux Romains, qui leur assuraient la vie sauve. Mais ceux-ci» bien décidés à se donner la mort plutôt que d'accepter Tesclavage, menacèrent de le tuer lui-même s'il cherchait à exécuter son des* sein. Alors, pour les détourner de cet acte aussi insensé que coupable, Josèphe leur fil un long discours qu'il nous a conservé, et dans lequel on trouve les paroles suivantes : « Ignorez-vous que
» lésâmes de ces impies^ qui, par une manie cri- » minelle, se donnent la mort de leurs propres » mains, sont précipitées dans les ténèbres de D Tenfer ; et que Dieu, qui est le père de tous les » hommes, venge les offenses des pères sur les » enfants? C'est pourquoi notre très sage législa- » teur, sachant Thorreur qu'il a d'un tel crime, » ordonne que les corps de ceux qui se donnent vo- » lontairementlamort, demeurent sans sépulture » jusqu'après le coucher du soleil, quoiqu'il soit » permis d enterrer auparavant ceux qui ont été » tués dans la guerre ; et il y a même des nations » qui coupent les mains parricides de ceux dont » la fureur les a armées contre eux-mêmes, parce » qu'elles croient juste de les séparer de leur » corpS; comme ils ont séparé leurs corps de » leurs âmes (1). »
Toutes les lois de Moïse tendaient d'ailleurs à inspirer au peuple le calme et la modération dans la prospérité, le courage, la patience et la résignation dans le malheur. La foi en Dieu, la conGance
(1) Flavius Josèphe, Histoire de la guerre des Juifs contre les Romains, liv. III, chap. XXV. — Traduction d'Arnauld d'Âpdiliy, édit. de 1719.