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dérober son corps vaincu aux ennemis» nixk sa patrie son cœur invincible ! S*il ne se donna pas la mort, ce ne fut point par amour pour la vie. La preuve^ c'est que pour garder la foi de son serment, il n'hésita point à retourner à Car* thage plus irritée de son discours dans le sénat romain que de ses victoires. Si donc un homme, qui tenait si peu à la vie, a mieux aimé périr dans lesplus cruels tourments que se donner la mort, il fallait que le suicide fût à ses yeux un très grand crime... « Quelle leçon, s'écrie saint Augustin, pour les chrétiens, adorateurs du vrai Dieu, et amants de la céleste patrie! Avec quelle énergie ne doivent-ils pas repousser l'idée du suicide, quand la providence divine, pour les éprouver ou les châtier, les soumet pour un temps au joug ennemi!... » (1).
Cependant le saint évêque ne peut s'empêcher d*admirer le suicide de Gléombrote qui, après avoir lu le livre où Platon discute l'immortalité de l'âme, se précipite du haut d'un mur pour passer de cette vie dans une autre qu'il croyait meilleure. 11 ne se donnait la mort, dit-il, que
(1) Saint Âugustiii, /oc. cit.. liv. I, chap. XXIV.
par pure grandeur d'âme. Cependant il ne l'excuse pas plus que les autres. « Eh bien ! je dis que si l'action de Gléombrote est grande^ elle n'est du moins pas bonne ; et j'en atteste Platon lui* même, Platon, qui n aurait pas manqué de se donner la mort et de proscrire le suicide aux autres, si ce même génie qui lui révélait Fimmortalité de l'âme, ne lui avait fait comprendre que cette action, loin d'être permise, doit être expressément défendue... (1). »
Enfin, arrivant à la question d'excuse, admise par quelques pères de TËglisp., pour la conduite des saintes femmes, qui ont mieux aimé se donner la mort que subir une brutale souillure, il oppose à cette opinion des arguments irrésistibles. S'il est vrai et évident que c'est un crime détestable et digne de la damnation de se donner la mort, y a-t-il un homme assez insensé pour parler de la sorte : Péchons maintenant de crainte que nous ne venions à pécher plus tard; soyons homicide de crainte d'être plus tard adultère. Quoi donc ! si i'iniquilé est si grande qu'il n'y ait plus à choisir entre le crime et Tinnocence, mais à
(I] Saint AugusliD; loc. cit.^ liv, I, chap. XXII.
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opter entre deux crimes, ne vaut-il pas mieux préférer un adultère incertain et à venir, à un homicide actuel et certain; et le péché qui peut être expié par la pénitence, n'est-il pas préférable à celui qui ne laisse aucune place au repentir (1) ? Il n'admet qu'à grand'peine, qu'il y ait des circonstances dans lesquelles, comme chez Samson^ le suicide puisse être le résultat d'un ordre d'en haut, d'une inspiration divine, et il a soin de faire observer que celui qui croit recevoir un ordre semblable doit bien prendre garde que l'ordre ne soit pas douteux{i). Puis il termine par ces conclusions si claires et si impératives : a Ce que nous disons, ce que nous affirmons, ce que nous approuvons en toute manière, c'est que personne n'a le droit de se donner la mort, ni pour éviter les misères du temps, car il risque de tomber dans celles de l'éternité, ni à cause des péchés d'autrui, car pour éviter un péché qui ne le souillât pas, il commence par secbarger lui-même d'un péché qui lui est propre, ni pour ses péchés passés, car s'il a péché, il a d'autant plus besoin de vivre pour faire pénitence, ni enûn par le
(1) Saint Augustin, loc.ctt., liv. I, chap. XXV.
(2) Saint iu^uliio, toè. cit.', liv. I, ctia^: XXVi.
$tR LB SUICIDE. Sl^
désir d'une vîe meilleure, car il n'y w point de vie meilleure pour ceux qui sont coufiables do leur niort (1). »
Nous avons résumé, un poii longuement peutêtre, cette discussion aussi éloquerite que péremptoire. Sot) importance et sa nouveauté, daiis là (|uestion, sôront pour nous, nous Tespéronfe, uiie excuse suffisante auprès de tios lecteurs! Ces dernières paroles, en efret, elles raîsonnemeriis dont elles né sont que la déduction logîcjùe, inaugurent un droit tout nouveau en inatîèrè de suicide. Jamais jusc(uè-la personne n'avait nié, avec autant de liardîesse et autant d'autorité, le droit de Tliomme sur sa prb})rè vîè. Les pretniers philosophe.^ de la Grèce, et après eux Platon et Aristotè, cjui coiidàmnaîefft le suicide comme linè lâcheté ou iih crime, avaient aditiis de hoihbreuses exceptions à la règle cju'îls avaient posée. Nous avdtis vu avec quelle sombré énergie lëk pihilosophes panlbéistes de l'Inilè et les préfreà des religions primitives du nord dé TEurope, avaient poussé Thomme à la mort. Nous avons vu avec quelle éloquence passionnée les épicuriens
(1) Sainl Aiiguslin, loc. cit., liv. I, chap. XXVI, sub fin.