PENDANT LE MOYEN AGE
» jeune homme qui se pend par le seul regret » d'avoir perdu son vêlement (1), »
Ce sont bien \h^ en effet, autant d'exemples dé folie. Mais, même dans ces conditions, le suicide était encore rare, tant étaient puissantes sur toutes les âmes la passion du salut et la crainte de la damnation éternelle. M. Bourquelolnous en donne lui-même la preuve, lorsqu'il rapp^e les réflexions que ces actes inspirent aux écrivains qui les racontent. Césaire les considère comme tellement honteux pour les ordres monastiqued, qu'il hésite à les rapporter, et surtout à nommer les lieux et les couvents où ils se sont accomplis. Il craint aussi que ce ne soit une chose funeste pour les faibles, d'entendre de pareils récits. Observation éminemment juste et profonde sur laquelle nous reviendrons plus loin (2). Ainsi donc le suicide était rare au moyen âge. Dans ces temps d'anarchie et de violence, de misère et de douleur, le chrétien souffrait avec patienceten
(1) Boorqaelot, loc, cit,^ t. lY, p. 251. — Césahre, Dialogi miracularufn t cap. XL, XLI, XLII, XLIII, XLI¥ et XLY.
(2) Césaire, Dialogi miracnlomm^ cap. XL et XLI.
kiê rttSTOtftÉ Dû suibfâË
attendant cette vie meilleure (|ué DSeui lui promettait comme récompensé de sa désignation. II
Â'en éMit ^as de tnéme tout à fait des juifs, vic-
tiihës moiriâ résignées des lâallieurs des ièttipi
éf du fanatisme des hoinWes. Ils âè tuaient qiiël- ^ttefîtis en graiid nombre et comme ^ l'envi les tins des autres. En France, éii 1095, un grand hômofë dé jntf^, par crainte deè tourinents\ et pdùr ne point être forcés de mànquet* à leur toi, se tuèrent eux-mêmes ou se firent donner psir lèii^ àihis (ë coup mortel (1).
A iLoiiîy cinq cents d^eiitrè eut furéîit vôuéÀ À li tbort ; daiis leur désespoir ils imploraient de l^urs frères le triste service de tes débarrasséi* oe là vie; ils se tuaient les uns tes autres, c< ai- DDaht mtènx, dit un cliroùiqueUr» être frappés pà^i' teiii dé leur nation que périr de (a main dés iâcI^c6ûci.<(2).i)ËhlS2(), cinq cents juifs assiégés oàùs une tour par tés f^astôureâux, ctioisifëtit i'ijfti ii'étix, comme le |)lus fort de la troûpé, pour
(1} pibUoth^Jiue de l*É6ok des chartes, t, lY. — Gau- (re<H Vosi^usi^ ckrmicou, — Ghrou. Xurou. (Rec. des histor, de France, t. XII, p. 628 ei 466.)
(2) fiibliuilièijue de l^JËcole des çli^iesi^ U ly. — Itec. des historien» de France^ t. XVil.
PENDANT LES XY' ET" JtJ^ SIÈCLES. Kl©
les sauver de la cruauté des ineirconcis, et ftif eiit tous égorgés par eé bourreau improvisé (1). Nous pourrions multiplier les exemples de ces fiébah lombes humaines produites par le fanatisirie et Ist persécution. Nous avons dit ailleurs les ctiusés géuérales de cetie fréquence de la mort voloif»tairechrz les juifs dégénérés ; nous n*j revieii* drons pas.
M. Bourqttelot noos p^faît se Rapprocher Uh peu |)lus de la vérité; ainsi qiie nous le yetréhÈ plus loin, lorsqu'il signale un accroisséiiiiéhl marqué du nombre dès suicides aiJx xt* et XYi* siècles. Ce n'est pas que les faits et les fâisoHuements sur lesquels il s*appuie soient totit à fait probants, il exagère évidemment Tinfluence que durent exercer sur leurs coritempoi*aîfrs quelques écrivains, qui, daiis leur admiration pour les temps antiques, hasardèrent une jnsiifîcation parfois lrèshardiedelamorlvolontaire(2). hëbH livres nes'adressaîentqu'à uh petit nombre
(1) Bibliothèque de l'École des ciiarles. U lY. — Cùntin. GuilL de Nangis^ publié, par M. H. Géiaud (iu-^S, 1643), t. il, p. 27,
(8) Vuy. ettire autres Montage, £$8mSy U?« II, ehap. IIIetXIIL
420 HI»TOIRb DU SUICIDE
de lecteurs, el ceux-là ne se tuaient guère, surtout à ces époques reculées. Et quant aux faits : que Philippe Strozzi , le courageux adversaire de Come I*% se soit tué pour ne pas compromettre ses amis par les aveux que la torture aurait pu lui arracher (i); que le duc d'Enghien, pendant la bataille de Cérisoles, qu'il crut un moment perdue^ ait essayé deux fois, ainsi que le raconte Montaigne, de se donner de Vépée dans la gorge (2); que Jérôme Cardan se soit laissé mourir de faim pour ne pas faire mentir la prophétie, dans laquelle il avait annoncé, longtemps à Tavance, le jour de sa mort (3) ; cela ne prouve guère que celte maladie sociale ait été bien fré-quente à Tépoque où ces faits se sont produits* Ce sont cependant a peu près les seuls que nous trouvions dans le travail de M. Bourquelot à Tappui de sa thèse.
(1) Bibliothèque de TÉcoie des. chartes, t. lY, — Balzac, entretien XXXIV, cliap. VI. — Le baron de Foarquevauls, Vies de plusieurs grands capitaines,
(2) Bibliothèque de l'École des chartes, t. IV. — Montaigae, Essais^ liv. II, chap. III.
(3] Bibliothèque de TÉcole des chartes, t. IV. —De Thou, liv. XLII. — Scaliger, Prolegom. ad Manilium,