‹ Du suicide; statistique, médecine, histoire, et législationChapitre 56 sur 60 · PENDANT LE8 XY^ ET XYI*" SIÈCLES · texte numérisé non relu

PENDANT LE8 XY^ ET XYI*" SIÈCLES

li ne pouvait guère d'ailleurs en être autrement. Les suicides éclatants et de nature à se fixer dans la mémoire des hommes étaient extrêmement rares ; les autres passaient inaperçus. Montaigne, qui nous a laissé une apologie, quelquefois si éloquente, de la mort volontaire, s'appuie à peu près exclusivement sur des exemples tirés de l'antiquité : « L'histoire^ dit-il quelque » party est toute pleine de ceulx qui en mille fa- » çons ont changé à la mort une vie peineuse. » Et ailleurs : « Il y a infinis exemplesde pareilles » conclusions populaires , qui semblent plus x^aspres d'autant que l'effect en est plus uni- » versel (1). » Il venait de rappeler un nombre très considérable de suicides, soit partiels, soit accomplis sur une grande échelle, et par des populations tout entières. Mais hormis cinq ou six se rapportant à une époque peu éloignée de celle où il vivait, tous ces exemples sont tirés de l'antiquité. Preuve évidente, ce nous semble^ de la pénurie dans laquelle le laissait l'histoire de l'humanité, depuis l'établissement du Christianisme.

(1} Montaigue, £^ais, liv. II, cbsip. H

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Les ehrèniqnes, les mémoires contfHnporains ne soBl guère plus riches en fails de ce genre. Mouis avons lu avec soin la Satyre Ménippée et le J0urnal de Henri III et 4e Henri IV. ce dernier embrassant une période de près d'un siècle, M nous avons été surpris du petit nombre de suicides qui y sont rappelés. Cependant Pierre de rÊloiie rend compte, dans son JQurnal, des faits même les plus insignifiants, des accidents arrivés à des gens inconnus, de la plus légère émotion populaire, d'une procession , d'un orage, d'un froid un peu vif, etc Ses pages sont remplies de felationsde meurtres, d'assassinats, de pendaisons, de supplices de tous genros. Il enregistre les naissances, les mariages, les décès de lûutes les personnes qu'il connaît ou dont il a entendu parler. Il entre dans de grands détails sur les épidémie^, tes pestes, les mila^iies régnantes et sur ta mortalité qui en est la suite. 11 constate, en 1607, que depuis l'avènement de Henri IV à la couronne, plus de quatre mille gentilshommes ont été tués en duel (i). Un jour

(i) Journal du règne de Henri IV, roi de France et de Navarre, par M. Pierre de l'Étoile (édit. de 1741, in-8), l. III, p. 620.

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il ncdnte la mort d'up /enfant île quaf re ans, QIa d'un cordonpipr, qui se tua ^I) jouait avec uq, pii^jgnard (l). Un aiitre jiQi)r il parie 4^ ^ujcf^Q d'jiin avent)|p6r, yoleqrpt faussaire é(nérit^, qui se tua 4^0$ sa prjsop, et consacre plusieurs p^gesà l7)i$to||re de ses prpq^ssips (2) ][)ans qu ai^tre voluiop, il p|)pel)p (^ mort, qu'il qfj|al[$e à'fitr(tn(iÇf d*un nommé Pon^qqet, qui )sç tua par désespoir de la perte d'un procès, e^ constate f^^^ spn cadavre fut délerré, lorsqu'on apprit ^oq Qrîœe (3)- On croirait voloniiers lire les f^it^ divers ^'un journal de pos jours.

P|r, pn aur/^jit peine à y trouver ipémejtrei^§ fajt^ 4? ^^uicide. ^i cho$o étrange, ni la Satyrç Ménippée^ ni le Jqurnal du règne de fleuri JY p'en constatent un seul pen^ianl h siège de Pari$ eq 1590. Ils en racontent cependant avec dç longs détaiU, et presque joqr par jour, toutes les misères, toutes les douleurs, toutes les lamentables péripéties. Ils disent toutes les horreurs; qui ^ccpntpagnèfent la fafnine, qqe les ParfsieqjS

(i) Pierre de l'Étoile, loc, cit., l. III, p. 116.

(2) Id., ibid. p. ^55 et suiv.

(3) Id. , iiirf! t. ii, p. ?08

eurent à subir pendant plusieurs mois. « En ce » temps, la mortalité causée par la famine ré* » pandail dans tous les quartiers de la ville, un » grand nombre de morts, et on ne pouvait aller » dans les rues de Paris sans en trouver {!). » — « Ce même jour, grand nombre de pauvres ont » fait une sortie, non pas pour repousser les enne- » mis, mais pour aller aux champs couper des » épis de blé; comme ils avaient fait déjà maintes » fois, pour s'en nourrir, ne trouvant pas dans la » ville pas même des herbes et des peaux des » plus vils animaux, car on avait déjà mangé les »ânes, les chiens, les rats, les os des morts j » dont on avait fait de la poussière plutôt que de » la farine^ voire des pierres d'ardoises qu'on » pilait et qu'on avalait dans de l'eau ; mais les » royalistes ont tiré sur eux et peu sont revenus » sains et sauves (2). » Les principaux bourgeois, à bout de force et de courage, représentèrent enfin à leurs gouverneurs, « qu'il leur devait x> suffire d'avoir vu mourir de faim en la ville, » tant grands que petits, trente mille personnes

(1) Pierre de TÉtoHe, foc. cit., i. I, p. 68.

(2) Id. , ibid. t h P- 69 et 70.

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