PRÉFACE. III
vidus qui se donnent volonlairement la mort doivent-ils être considérés par cela seul comme des aKénés? C'était là en effet le problème capitaU celui dont la solution devait^ pour un médecin surtout, tout dominer et tout éclairer de sa lumière. Je savais que la plupart des médecins contemporains, Esquirol à leur télé, s'étaient prononcés pour TafOrmalive et avaient Faitdu penchant ao suicide et de Tacte lui-même une forme particulière de la folie, sous le nom âe monomanie (m mélancolie suicide. O'pcndant celle opinion si exclusive m'avait toujours paru très hasardée, et il me répugnait singulièrementdoregarder comme des fous tant de grands hommes de Tantiquité, qui, à Fexemple de Caton ou de Brutus, s'étaient donné la mort. D*un autre côté, je cherchais inutilement des signes de folie dans tous ces récits de suicides que les journaux nous transmettent presque chaque jour. Tj trouvais au contraire, le plus ordinairement, la preuve que leurs auteurs avaient conservé, jusqu'à la un, une appréciation saine de l'acte qu'ils allaient commettre, un sang-froid imperturbable et une force de volonté peu commune. Il y avait là évidemment un malentendu ou une erreur. Je relus donc les ouvrages des médecins aliénistes.
lY PHÉFACË.
Celte leclure ne servit qu a augmenter mes doutes et ma perplexité. J'y trouvai beaucoup d'assertions sans preuves, des conclusions basées sur des faits incomplets ou trop peu nombreux, voire même des contradictions plus ou moins apparentes, et, par-dessus tout, la preuve que ces honorables écrivains s'étaient bornés à étudier le suicide dans les maisons d aliénés. Ils n'avaient vu dans la question de la mort volontaire que son côté le plus restreint : les conclusions qu'ils avaient déduites de leurs observations ne s'appliquaient dès lors qu'à un petit nombre de faits et n'avaient pu les conduire qu'à l'erreur.
Il y avait là un écueil sérieux à éviter. Mais comment compléter les observations de mes devanciers? Où trouver les faits qui leur avaient manqué ou qu'ils avaient négligés? Comment en réunir un nombre assez considérable pour leur donner une autorité réelle? Je ne pouvais pas espérer y arriver par moi-même. Les recherches ayant pour objet l'énumération et le classement des actions humaines, et l'étude de Finfluence que celles-ci exercent tant sur l'individu que sur la société, ne peuvent conduire à des découvertes utiles, ou donner lieu à des déductions légitimes qu'autant qu'elles s'appuient sur de longues