LA FAMILLE
A poursuivre la connaissance des âges de l'humanité nous apprenons à connaître la vie des sentiments humains, le moment et la façon dont ils éclosent chez l’individu. L’anthropologie est le quide de la psycho-physiologie.
Comme tous les animaux, l’homme a eu pour fonction primordiale la reproduction de l'espèce. Avant toute autre chose, il lui fallait être et perpétuer la race, il fui fallait subsister enlui et en sesrejetons. Mâle il a recherché la femelle, femelle elle a subi le mâle. Ce qui n’était au début qu’un instinct, chose informulée, s’est peu à peu affiné, et ce, pour le perfectionnement de la race. Homme et femme ont compris qu’en s’associant, ils agiraien! au mieux des intérêts de leur race: l’homme apporta sa force et sa défense, la femme ses soins et sa sollic tude aux enfants. Désormais la famille était créée. C'était un centre.
Mais, malgré tout, il demeurait un danger: les bêtes. C’est alors que ces diverses colonies, homme, femme et enfants, songèrent à s'unir à d’autres semblables pour résister plus efficacement aux ennemis de toutes sortes qui les assaillaient. La société était née.
C’est alors que l’homme remarqua q ie si, dans son sem-
blab'e, il s’était donné un allié, il s’était donné aussi un
adversaire d'autant plus redoutable qu’il vivait de la même vie que lui, avait besoin des mêmes ressources, bref qu’il s'était donné un allié plus à craindre que ses ennemis. On convint, pour mettre fin à ces luttes dangereuses à l'espèce, de contrats qui furent rendus solennels et sacrés par le patronage sous lequel on les mit, je veux dire les forces de la Nature personnifiées, déifiées. Ainsi, au début, les traités sociaux furent mis sous la sauvegarde des dieux et du même coup furent créées Socrété, et Religion. : "
Ainsi trois grandes choses se divisentla vie du genre humain : Famille, Société ct Religion, ce sont elles aussi qui se partagent la vie de chaque individu, etqui la remplissent tout entière. Elles sont les principes directeurs de toute existence humaine,
A l’heure actuelle, tout forme un amalgame, mais non point une fusion car sur un point ou sur un autre, pour un motif ou pour un autre, réapparaissent les lignes de séparation : Famille, Société, Religion. Ces trois principes seront ce que nous appelerons les principes de vre, c’est-à-dire les motifs pour lesquels un individu se croira obligé de vivre. Par opposition nous appelerons « principes de mort » ceux quisont les causes pour lesquelles il acceptera ou recherchera la mort.
Ainsi que nous venons de l’exprimer, l’homme tien: tout entier dans ces trois sentiments : sentiments familiers, sentiment religieux et sentiments sociaux. Son existence tent toutentière dans lapplication de ces trois fonctions
essentielles. Tout ce qui mettra une entrave à leur libre
exercice attentera plus ou moins efficacement, suivant
: — 37 — l'importance ou la durée de la gêne causée, aux jours de l'individu.
Ceci établi, une autre remarque, fort importante au point de vue de l'étiologie du suicide, est que ces trois principes qui ne sont à tout prendre qu’une même chose sous trois formules diffé: entes, c’est-à-dire qui sont l’expression des moyens de défense pour la propagation de l'espèce, sont, chez l'homme, uon pas le résiltat d'un instinct, mais d’un débat moral, d’une discussion en vue des meilleures pr'cautions à prendre: Ici donc est une grande distinction avec les animaux, car ce qui chez le premier est intelligent, chez les seconds est purement instinctif. |
Et ce qui atteste bien que chez les animaux c’est quelque chose d’irraisonné c’est que famille et société ne sont pas les développements voulus d’un plan nettement déterminé. En voici deux preuves : les animaux qui vivent ensociété ne forment pas, pour cela, de petites associations distinctes, qui seront la famille, au milieu de la grande association qui les réunit, ils s’accouplent au hasard, sans rien plus, reprenantensuite chacun leur liberté. Puis, quelle que forte que soit leur habitude de vivre ensemble, cet état de sociabilité ne leur est pas absolument indispensable, puisque, captifs, on les voit très bien vivre isolés.
On conçoit donc que si l'homme se résume en ces trois formules de Vie : Famille, Société, Religion, c’est en elles qu’il nous faut chercherles causes déterminantes de sa résolution de mourir.
En toutes choses, à côté d’un état naturel, normal, 1l
en est d’autres qui sont irréquliers et qui sont comme les