DU TRAITEMENT DU SUICIDE
Rivarol a écrit: « Hélas! on n’a pas cessé d’aimer la « vie quand on la quitte; mais on est à bout de moyens & pour y trouver bonheur et considération ».C’esten effet parce que l’homme sent que désormais il lui est impossible de subsister qu’il se donne la mort,il ne fait qu’avancer l'heure où, malgré lur, elle le prendrait. Nous avons vu que le suicide résultait de la comparaison faite entre les motifs de vivre et les motifs de mourir. C’est parce qu’il se sent incapable de remplir son rôle de conservation personnelle et celui de procréation que l’individu estime devoir se tuer et le fait. Le suicide est la corséquence d’un jugement, d’un acte mental. L’étiologie de la mort volontaire se ramène donc à l'unité au lieu de se perdre dans une infinité de causes extérieures à l’homme, On comprend que le traitement soit impossible si les facteurs sont nombreux à l'infini, car, dans de telles conditions, comment deviner quel est celui qui agit; au contraire il est possible si, comme c’est le cas pour le suicide, on n’a qu’une cause et que l’on sache celle-ci bien définie et immuable.
Notre étude nous a montré que l’homme est essentiel-
lement sociable, et cela parce qu’il a besoin de l’appui de
la Société. Celle-ci en effet, lui donne des garanties
d'équilibre mental nécessaire à son existence ; elle l’en-
cadre, le dirige dans la route à suivre. 11 n’a donc pos
besoin de se créer à chaque instant une ligne de conduite vis-à-vis des événements qui surviennent.Mais, pour que cela soit, il faut que la société elle-même soit fortement intégrée.
C'est donc à la société qu'il faut s’adresser pour combattre le suicide, et non à l'isolement qui laisse l'être en proie à son obsession. Son traitement diïère donc de celui de la folie. L’individu, les statisiques nous l’ont montré, reçoit une aide très forie dela « famille » car la moindre atteinte à celle-ci fait croire le taux des suicides. Il faudra donc la fortilier tant que l’on pourra, faire que ses membres soient en rapporis é.roits,encommunauié d'idées. Et comment y parvenir ? Nous ne demandons certes pas que l’on rétablisse l’ancienne autorité du pater familias, mœurs farouches et barbares. Ce qu’ii iaut tout d’abord c’est réagir contre ceite tendance qui va sans cesse croissant et qui consiste à metre les enfants au lycée ou dans des pensionnats. Dans de telles conditions comment peut résister le sentiment de famille ? Cela est 1mpossible. Si, en outre, sortant du collège, le garçon entre dans une carrière fermée, où aura-t-il pu recevoir cette éducation familiale qui a pour but de développer Pidée d’altruisme, de solidarité ?
De plus les lycées n’ont pas que le défaut d'empêcher d'apprendre cette « morale en action », ils développent chez l'individu le sentiment de la personnalité et cela à
cause des notions qu'ils lui inculquent,
Qu'est l’enseignement en effet aujourd’hui ? Nous avons constaté que là ou la science est positive, où elle n’a pour but que de faciliter les moyens de vivre, elle n’a aucune influence néfaste. Or, cétte science tend à disparaître pour faire piace à des études n’ayant pour base que le libre examen, n'ayant pour but que l'exercice de la eritique. Celle-ci va porter sur tout : la famille et elle créera le divorce, la religion et elle fonde l’athéisme, la société et elle met au monde les théories irréalsables du socialisme, les utopies sanglantes des anarchistes.
Pour réagir contre elle, le seul remèdeest le réteblissement d’une société fortement intégrée, où chacun possédant sa part de travail aura aussi sa part de récompense. IL faut que dans l’union bien comprise l’homme retrouve son équilibre mental qui lui fait perdre une lutte claque jour plus difficile parce qu’on a fait du Moi le seul but de chacun. Au lieu de voir limter ses désirs par les besoins des autres, l’individu ne cherche qu’à satisfaire àsa personnalité et cela par quelque moyen que ce soit. Il est fatal que dans ces conditions alors que certains ont trop, d’autres (et ils sont plus nombreux) vont pâtir, et cela où parce qu'ils n’ont plus la force ou parce qu'ils n’ont pas les moyens de remplir leurs fonctions naturelles. C’est donc cetéquilibre qu'il fautrétablir, c’est le devoir pressant et absolu qui incombe à la société. Elle n'y peut parvenir que par une réglementation sérieuse du travail et de la richesse, par une stabilité ferme dansses institutions, par une convergence de tous les efforts individuels vers un seul but, la grandeur du pays, enfin par le développement des idées de solidarité. Nous en avons eu la preuve dans le
) La
chapitre précédent ; nous avons vu que sila querre fait monter le taux de préservation des suicides, c’est qu’à ce moment le patriotisme s’exalte, les hommes se serrent dans un mêm> élan pour mieux résister, toutes les pensées convergent vers la même volonté : la délivrance de la patrie.
C’est parce que les intérêts de l’un ne heurteront plus ceux de l’autre, que la lutte pour la vie deviendra moins âpre et que, par suite, n’existeront plus ces bouleversements incessants dans la vie morale. Le remède, il faut donc le chercher dans le groupement familial et dans le groupement professionnel. L’individu sera d’autant moins enclin à s’abandonner qu’il sentira autour de lui un appui incessant, une aide de tous les instants. Il fautque s’il se sacrifie pour la communauté, celle-ci le lui rende en allégeant sa tâche, en lui évitant les chocs où sombrerait son équilibre, bref, en lui permettant de satisfaire à ses besoins légitimes.
C’est en encadrant l’homme plus sérieusement dans la famille et la religion, c’est en réglementant l’activité humaine, c'est enfin en établissant un juste équilibre entre l'usure des forces et leur réparation que l’on permettra à l’homme de suffire à sa conservation personnelle et à celle de sa race, en un mot qu’on lui permettra de vivre. C’est donc à la vie elle-même qu’il faut faire appel contre la mort volontaire et il ne faut plus qu'avec Michelet on puisse dire :
«On entrevoit alors que la mort est un remède et
« qu’elle vient au secours des destinées qui ont peine à
s’accomplir. »