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tions auditives ou visuelles. C’est précisément à cause de cela qu’ils présentent de l’intérêt, intérêt capital en l’occurence.
De même que pour l'étude physiologique du système nerveux on a recours à la disposition des lésions pathologiques,de même pour étudier le fonctionnement psychique normal du cerveau on se servira de « l’anatomie pathologique mentale » (si l’on peut s’exprimer ainsi) remplaçant les expériences provoquées artificiellement par une observation des troubles survenus dans la pensée.
C’est parce- qu'ils revêtent leurs pensées d’un corps qu'ils les projettent hors d’eux, qu’ils en font des êtres, que les aliénés nous permettent de suivre la marche que parcourt l’idée de suicide chez l'individu sain. Nous verrons que si un homme « prend la détermination de mourir » il arrive un moment où, malgré lui, cette pensée le subjugue, le domine, l’entraîne. Nous en avons une preuve frappante dans le suicide à deux, où ce n’est souvent pas celui qui a eu la première intention de mourir qui, ensuite, a l’énergie suffisante pour mener à bien l’entreprise. Supposons que nous ayons affaire à une femme veuve ou à une fille mère et à son enfant, âgé d’une dizaine d'années, nous pouvons, en ce cas, diviser le drame en trois parties.
I. — Période de résolution : La mère, pour un motif ou un autre, veut mourir, mais elle ne veut pas laisser sa fille seule, et elle dirige son enfant dans cette voie.
IT. — Période d’hésitation, — pour la mère, qui inclinerait même plutôt vers la vie, tandis que lenfant va résolu-
ment vers la mort et la réclame.
IL. — Période d'exécution : Enfin, jouant le rôle de l’idée obsédante, l’enfant, à force d’insister, réussit à entraîner sa mère. Etils se tuent. |
La ressemblance est frappante entre cette femme qui subit la poussée morbide de son enfant et l’aliéné qui subit celle de l’hallucination qu’il a créée, son enfant aussi. Ce sont deux volontés issues d'eux-mêmes, mais qui ne sont plus en eux, qui les poussent à la mort.
On voit l'utilité d'étudier le suicide chez le fou, en ne jui attribuant toutefois que la valeur d’une expérience destinée à éclairer les faits véritables.
Ce sont encore moins des suicidés ces aliénés qui, sous l'influence d’hallucinations visuelles terrifiantes, fuyant un ennemi imaginaire, se jettent par une fenêtre alors qu’ils croient se sauver par une porte. Ces morts subites ne peuvent pas être considérées comme des suicides ; ce sont des morts violentes « accidentelles » au même titre que celle de l’ouvrier qui, travaillant sur un toit, à la suite d'un faux mouvement, est précipité dans le vide.
Quelles conclusions pouvons-nous tirer de cette nouvelle façon d’envisager les causes originelles du suicide ?
Plusieurs déductions importantes en découlent.
D’abord l’unité de la mort volontaire, ce qui nous explique le peu d'importance des facteurs physiques. Ce qui importe, c’est Ja modification importante apportée à l’existence, que ce bouleversement se limite à une seule personne ou qu’il atteigne tout un peuple. Ceux ci se suicideront qui, atteints, se verront dans l'impossibilité de surmonter le danger. Le cas est le même que celui de
deux individus envahis par les mêmes microbes mais dont
lun résiste et dont l’autre succombe, et cela parce que ce dernier se trouve dans un « état de réceptivité » qui le désarme devant l’ennemi.
Le suicide, nous l’avons vu par tout ce qui précède, est la conclusion d’une lutte engagée entre les principes de vie et de mort. La balance non établie entre eux fait que l'individu se tue parce qu'il ne trouve plus dans la société l’appui nécessaire pour satisfaire à ses besoins légitimes. et naturels. Il est poussé à la mort par cette obsession: la constatation de son isolement, la crainte de la solitude.
Nous pouvons donc dire que, dans le suicide, les faits matériels sont secondaires tandis que le rôle principal revient à la pensée, la pensée libre, sans entrave aucune, celle qui décide et qui veut. C’est elle qui proclame la nécessité de mourir, — idée au: obsèdera l'individu, ne lui laissera plus que l’énergie suffisante à briser une vie jugée inutile aux autres, pénible à soi-même, et donnera à ce meurtre l’aspect d’une délivrance.
Pour nous résumer, le suicide parcourt deux étapes : une première dépendant de la volonté, du libre arbitre, la seconde, relevant de lobsession, de la fatalité. Cest par la première qu’il se distingue du fou chez lequel la mort violente n’est, en somme, que la résultante d’un délire.
En résumé, le suicide n’est pas un acte d’aliénation mentale mais s’en différencie par la pensée, qui y préside. IL est le résultat d’une discussion, à la suite de laquelle l’homme reconnaît ne plus appartenir au monde. Cest un
arrêt de mort signé par la victime elle-même, c’est la so-
Hauviller 2
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lution de l’équation suivante, ramenée à sa forme la plus
simple, la plus schématique — et aussi la plus nette et la
plus brutale.