MORT TS
l’assistance publique, et souvent aussi, un gain pour la partie civile, qui sera beaucoup plus sûre d’être indemnisée si son débiteur peut continuer à gagner sa vie, que si on le met sous les verroux.
Par ses avantages positifs, le sursis est en outre bien supérieur aux autres substitutifs de la prison qu’on a proposés. La société ne veut pas, pour une première faute sans gravité, exclure le délinquant du groupe des honnêtes gens, et s’en faire désormais un ennemi. Au lieu de lui décerner un brevet de malfaiteur, le juge lui déclare qu’il le croit capable de se relever, et de racheter sa faute par sa bonne conduite ; au lieu de se sentir déchu à ses propres yeux et à ceux de ses semblables, il doit se sentir au contraire, capable de lutter contre ses mauvais penchants, et de regagner par une conduite irréprochable, sa place dans la société. La sentence du juge lui a remis son sort entre ses mains, et loin de l’abattre, elle lui rendra confiance en lui-même, et confiance en cette Justice, qui au lieu de le frapper, lui tend la main pour le relever. L’espoir de la réhabilitation sera un puissant stimulant pour le déterminer à se bien conduire, et à se montrer digne de la confiance qu’on lui a témoignée.
On objectera que c’est supposer aux délinquants une délicatesse de conscience, dont ils sont généralement dépourvus, mais il ne faut pas oublier que le sursis ne doit être accordé qu’à une sélection, qu’à ceux dont les bons antécédents et le repentir laissent prévoir que la suspension de la peine suffira à leur servir de lecon, et l’efficacité du sursis dépend directement de la prudence avec laquelle le juge l’accorde. Il serait néanmoins chimérique de croire, que même les plus dignes, seront tous sensibles à cette influence d'ordre moral. Pour !a plupart, c’est la peur qui les arrêtera, cette épée de Damoclès prête à tomber sur leur tête à leur première incartade. Le juge ne libère pas le prévenu de toute peine, mais il lui dit : «Malgré votre faute, vous ne me paraissez pas un mauvais sujet; je vous laisse donc quitte pour cette fois. Mais si je vous y reprends, gare à vous! celà vous coûtera d'autant plus cher !» Il n’a donc qu’à se tenir sur ses gardes ; «il sait, et tout le monde avec lui, qu’il reste sous la main de la Justice, tendue encore un certain temps pour le ressaisir, et pour le frapper plus durement en cas de rechute.»*) Ce qui l’attend, ce n’est plus seulement la peine qu’on avait suspendue, c’est encore la peine du nouveau délit, peut-être ag-
1) Georges, p. 146.