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gravée, s’il y a récidive. L’intimidation sera donc bien plus forte que s’il avait subi sa peine, car la prison, dont le premier contact est le plus à craindre, paraît moins redoutable à celui qui en sort. Au lieu d’ébranler chez lui cette crainte de la prison, qui est le commencement de toute sagesse, en lui montrant, qu’une fois surmonté le premier sentiment de répulsion qu’elle inspire, son séjour n’est pas aussi terrible qu’il l’aurait cru, la condamnation conditionnelle la renforce, en lui rendant sa menace plus directe et plus personnelle.
«L’épée de Damoclès ne s’oublie pas aussi vite que quelques jours d’incarcération» disait van Hamel,') et la menace constante de la prison, cette contrainte psychologique dont parle Feuerbach, aura des effets bien plus profonds et durables que l’exécution de la peine”) «Le condamné conditionnel, observe Gautier, vit avec un danger permanent ; par le procès dirigé contre lui, par le jugement qui l’a condamné, il sait à ses dépens que la loi pénale n’est pas un vain mot; il sait aussi que s’il a été épargné, ce n’est que pour une fois, et qu'en cas d’incartade nouvelle, il n’a plus à compter sur aucune indulgence. Cet avertissement, doublé d’une menace, doit constituer un frein des plus salutaires ; c’est la peur du double châtiment qui l’arrête, maïs qu'importe, pourvu qu'il soit arrêté»)
On a objecté que l’intimidation n’est pas un bon moyen pour redresser les consciences, et qu’on ne peut espérer de résultats durables d’une éducation basée sur la terreur. Si l’on évite toute rechute pendant le délai d’épreuve, c’est déjà un résultat ; mais il y a plus. L’honnêteté, comme le vice, est une habitude à prendre, et si pendant une période assez longue (jusqu’à 5 ans), le délinquant a du se surveiller, lutter contre ses mauvais penchants, renoncer à des habitudes de vice et de fainéantise, ses efforts pourront lui faire prendre goût à une existence honnête. Les effets du sursis se prolongeront ainsi, alors même que l’obsession de l’épée de Damoclès aura disparu. Cependant, le sursis n’aura toute sa valeur éducative que si le juge peut imposer des règles de conduite au prévenu : interdiction de fréquenter les auberges, de consommer des boissons alcooliques, apprendre un métier, etc., comme le pré-
1) Bulletin, III, p. 98.
2) «Subir quelques jours de prison est assurément une pénible épreuve, mais une épreuve presqu'aussitôt passée que ressentie, et dont le souvenir s’affaiblit rapidement. Avoir sans cesse en perspective la menace de la prison est plus dur, et exerce sur l’esprit une impression qui ne peut s’effacer qu'avec la menace elle-même.» Bérenger, Rev. pénit. 1890.
3) Gautier, Rev. pén. S. III, 309 et ss.