I. Le jubé et la clôture du chœur
Nous venons maintenant traiter de l’arcade du jubé et de la clôture du chœur, dispositions importantes dans nos églises. L’arc antérieur du jubé , comme séparant le chœur d’avec la nef, indique littéralement la séparation du clergé d’avec les laïques ; mais symboliquement il exprime la division entre l’Eglise militante et l’Eglise triomphante, c’est-à-dire la mort des fidèles. Cette pensée nous est dépeinte d’abord dans le grand symbole par excellence, la croix triomphale, l’image de Celui 1
1 « Considérons, dit l’évêque Hall, celui qui, après un fatigant « combat avec le démon , a jeté les yeux , du haut de son char triom « phal de la croix , sur son Église. »
DU SYMBOLISME DANS LES ÉGLISES. 197 qui, par sa mort , a vaincu la mort et qui a devancé
son peuple en traversant la vallée ténébreuse. Les images des saints et des martyrs apparaissent dans les panneaux inférieurs comme nos modèles dans la foi et la patience. Les couleurs qui brillent dans la clôture même nous parlent de leurs épreuves.
Le rouge cramoisi dépeint leurs tourments, For leurs victoires. Les sculptures à jour , si curieusement travaillées , sont l’emblème de ce voile qui cache encore à l’Eglise militante la vue des choses célestes. Et parce que les bienheureux martyrs ne sont passés de ce monde à l’autre que par la voie d’amères souffrances, de même les moulures de l’arc du jubé représentent les divers genres de tourments auxquels ils furent soumis. La foi fut leur soutien , et elle doit être le nôtre ; la foi est donc représentée dans ses articles principaux sur certaines moulures du jubé ou de la clôture, comme cela se voit à l’église de Bishop’s-Hull (Sommerset), par le Credo en lettres dorées et en relief; ou bien elle est représentée par quelque action notable dont elle fut le principe. Ainsi , dans l’église de Cleeve ( Sommerset), l’histoire de la destruction du dragon parcourt non-seulement la clôture du jubé, mais aussi la clôture du nord. Mais comme la puissance des malins esprits s’exerce contre nous jusqu’au moment où nous quittons ce monde, mais non après, les formes les plus horribles sont aussi quelquefois sculptées sur le côté occidental de l’arc du jubé. Les remarques qui précèdent serviront peut-être à éclaircir une difficulté que plusieurs archéologues ont de la peine à s’expliquer. Comment se fait-il, puisque le
chancel (sanctuaire) est infiniment plus orné que la nef, que ce soit le eôlé de Fouest ou de la nef , et non le côté oriental ou du sanctuaire , qui reçoive invariablement la plus grande part de l’ornementation? La voie étroite qui conduit au royaume des cieux est figurée par l’excessif rétrécissement des arcs de la clôture normande. Et la séparation finale de l’Eglise triomphante d’avec tout ce qui est impur, se révélait dans le jugement dernier qu’on retrouve presque toujours peint à fresque au-dessus de la clôture , et dont il existe encore plusieurs spécimens , entre autres celui de la Trinité à Coventry, et beaucoup d’autres qu’on découvrirait encore si l’on se donnait la peine de gratter le badigeonnage qui recouvre souvent ces endroits. Non-seulement le jugement général , mais le jugement particulier y est représenté. Sur le côté sud du mur du sanctuaire de l’église de Preston (Susses.) est une fresque dont le sujet est le pèsement des âmes par saint Michel : le démon est là à côté ,* avide pour sa proie; mais, par l’intervention delà sainteVierge, la balance penche en faveur du pécheur. Il existait probablement autrefois au-dessous de cette peinture un autel dédié à la sainte Vierge. Les actes inspirés par la foi sont dépeints dans des positions analogues. Ainsi , dans la même église, sur le mur
du nord du sanctuaire , se trouve le martyre de saint Thomas de Cantorbéri , peint à fresque. Nous avons déjà parlé de la triple arcade du jubé du style roman. On peut voir dans l’église de Capel-le- Jerne (Kent) un curieux spécimen d’une disposition semblable. Il existe aussi des jubés à double arcade, très-remarquables, à Finedon, à Wells, à Darlington (Durham) , et à Barton (Cumberland).