‹ Du symbolisme dans les églises du moyen ageChapitre 2 sur 30 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

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Mouvement archéologique. — Renaissance de l’architecture ecclésiastique. — Caractère qui distingue les monuments anciens des constructions modernes.

Depuis quelques années l’étude de l’architecture ecclésiastique a fait d’immenses progrès, et la science archéologique est partout cultivée avec ardeur : autrefois il fallait stimuler le zèle des antiquaires , aujourd’hui il ne s’agit plus que de le modérer et de le bien diriger.

Un siècle aussi fertile en constructions religieuses que celui dans lequel nous vivons , devrait produire d’excellents architectes , non-seulement à cause des encouragements qui accueillent tous les efforts de l’art, mais encore parce que les principes et la puissance de cet art

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sont mieux appréciés. Il faut l’avouer cependant, quelle que soit la manière dont on explique le fait , jusqu’à présent il ne s’est élevé en Angleterre aucun architecte qui paraisse avoir mission de ressusciter l’art chrétien 1 . Ce n’est pas que les règles de la science n’aient été étudiées, que les exemples laissés par les siècles passés n’aient été

1 Nous croirions commettre une inexactitude et une injustice en laissant passer cette phrase sans réclamer en faveur de l’art catholique , si bien représenté en Angleterre par M. A. Welby Pugin. Cet architecte , aussi distingué par sa foi et sa piété que par sa science et son habileté , travaille depuis plusieurs années à ranimer et par ses écrits et par ses œuvres les antiques traditions de l’architecture ecclésiastique éteintes depuis si longtemps en Angleterre. 11 est certainement destiné à exercer une puissante influence sur la rénovation des arts chrétiens au xixe siècle. Beaucoup d’églises catholiques viennent de s’élever, comme par enchantement , sur le sol britannique , sous sa direction et d’après ses plans. On y voit reluire la pensée chrétienne avec une magnificence de laquelle , hélas ! nos yeux étaient depuis trop longtemps déshabitués. Le directeur des Annales archéologiques , dans le tome v de ce recueil, a décrit avec le style riche , abondant et pittoresque , dont il possède le secret, le bel édifice qui vient d’être construit à Chealde , dans le Staffordshire , par les libéralités de lord Talbot, comte de Shrewsbury. M. Pugin , dans ce monument, s’est élevé à une hauteur qu’il n’avait pas encore atteinte dans les nombreuses églises qu’il a bâties. « M. Pugin , dit M. Didron , doit être fier d’avoir si bien répondu à la pensée de lord Shrewsbury ; le génie de l’artiste et la munificence du donateur nous reportaient en plein moyen âge et nous éloignaient , grâce à Dieu , des œuvres et de l’esprit des temps modernes » Nous aimons à considérer en M. Pugin un des plus zélés et des plus savants restaurateurs de l’archéologie sacrée dans le pays qu’il habite , et un des plus nobles héritiers des grands artistes catholiques du moyen âge.

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imités, ou que les détails des vieux édifices n’aient été compris; nous possédons, quoique le nombre en soit restreint , des édifices modernes construits dans les proportions les plus parfaites , avec une grande pureté de détails, sans que les dépenses aient été épargnées; et néanmoins il y a une différence que l’on ne saurait toujours définir, qui est peut-être même indéfinissable, entre une église vraiment antique et le plus irréprochable des temples modernes. Dans un monument des belles époques et jusque dans ceux du xve siècle, nous trouvons quelquefois des proportions étranges, des dispositions bizarres ; mais le sentiment religieux prédomine toujours. Dans une construction récente , la critique ne trouvera peut-être rien à reprendre précisément , mais il y a pour l’esprit un je ne sais quoi de vague qui arrête la louange.

Maintenant comment expliquer cette différence? On a souvent essayé de le faire, mais on n’est jamais parvenu à résoudre la question d’une manière satisfaisante. Voici les raisons qu’on a coutume d’offrir : les anciens édifices , dit-on , ont un attrait tout particulier , provenant de l’association des idées, du prestige de l’antiquité, de l’effet pittoresque des objets environnants, des beautés naturelles du feuillage , de la mousse et du lierre qui les recouvrent , et qui demandent des siècles pour atteindre leur point de perfection ; d’un autre côté

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on oppose la nudité, la nouveauté, et même l’âpreté des lignes et la roideur des constructions modernes ; et on prétend que ces circonstances seules suffisent pour imprimer aux deux genres leur caractère respectif. En tout cela il peut y avoir du vrai, mais il est évident que la cause de la différence n’est pas là tout entière ; car donnez à une église moderne dessinée sur le papier tous les effets pittoresques que nous venons d’énumérer, et l’œil expérimenté saura toujours reconnaître son origine moderne.

Les écrivains tels que Grose , Milner et Carter , qui ont vécu avant que les détails de l’art chrétien fussent compris, semblent avoir placé la perfection de l’art dans une connaissance approfondie de ces mêmes détails ; l’expérience a prouvé leur erreur. D’autres , comme M. Petit 1 , se sont créé une espèce de pittoresque idéal ; ils en ont fait leur idole et se sont prosternés pour l’adorer; d’autres encore ont cherché la solution du problème dans certaines inventions mathématiques et mécaniques, et leurs études ont eu pour résultat la belle découverte de certaines gouttières fort curieuses et de toitures en fonte très-merveilleuses. Enfin M. Pugin, un des artistes les plus éminents de l’Angleterre, a en-

1 Voyez la critique de son ouvrage dans YEcclésiologiste , i , p. 94 — 105.

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visage la question sous le point de vue de la réalité , c’est-à-dire, pour nous servir de ses propres paroles, qu’il établit deux principales règles de dessin : d’abord il faut supprimer tout ce qui dans la construction d’un édifice n’est pas nécessaire au but pour lequel il est destiné , et qui ne répond pas à la convenance ou à la nature de sa construction; en second lieu, toute l’ornementation doit se porter sur les parties essentielles de la construction ‘.Nous pouvons ajouter, comme corollaire, aux paroles que nous venons de citer, les expressions suivantes du même auteur : a Que le plus petit détail cr doit avoir sa signification ou servir à un but quel- « conque ; la construction elle-même doit varier selon « les matériaux qu’on y emploie , et les plans doivent « être adaptés à ces mêmes matériaux. » Quelque vraies et quelque importantes que soient ces remarques , il y a un principe de plus sur lequel il nous faut insister, sans quoi l’art chrétien deviendra pour nous une chimère, et nous resterons à tout jamais étrangers à sa puissance. Un architecte catholique doit être avant tout catholique de cœur. La science seule est aussi incapable d’élever des temples matériels à Dieu, qu’elle est impuissante à lui édifier des temples spirituels. Les plus beaux édifices des temps anciens durent leur naissance

1 Traité des vrais principes de l’Art gothique , par Pugin.

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aux plus saints évêques ; les noms de Wykeham et de Poore reviendront ici à la mémoire de tout archéologue anglais.

— En France et en Allemagne on n’a pas oublié les noms de S. Perpet de Tours, S. Namatius de Clermont, S. Grégoire de Tours, Fulbert de Chartres, Agricola de Châlons, Maurice de Sully de Paris, Engelbert de Cologne , etc. — 1 .

Aussi nous sommes fondés à croire, d’après la sainte Écriture, d’après la tradition catholique et même d’après les principes philosophiques, que les conditions que nous exigeons sont d’une rigoureuse nécessité.

Lorsque Bézéléel et Ooliab sont désignés dans la Bible pour être les architectes de l’arche d’alliance, il y est expressément dit que Dieu « les avait remplis d’un esprit de sagesse, d’intelligence et de science pour toutes sortes d’ouvrages , pour inventer tout ce que l’art peut faire avec l’or, l’argent, l’airain, le marbre, les pierres précieuses et les bois différents. » Et ce n’est ici qu’une faible partie des bénédictions réservées aux cœurs purs : ils voient Dieu même dès cette vie comme source de toute beauté , comme ils le contempleront dans l’autre comme source de toute sainteté. Le témoignage de la tradition catho-

1 Les additions faites au texte anglais seront indiquées par le signe — .

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lique entière nous apprend la même vérité. Pourquoi l’étude de l’architecture ecclésiastique était-elle autrefois de rigueur pour les prêtres ? c’est parce qu’on supposait que la sainteté et la pureté de leur état devaient les disposer spécialement à cette grande œuvre 1 ?

Nous avons une foule de preuves remarquables pour démontrer que le sentiment religieux sans la science fera plus en architecture chrétienne que la science sans le sentiment religieux.

On peut citer deux exemples à l’appui de ce que nous avançons : la cathédrale de Lisbonne et la chapelle de Saint-Pierre à Cambridge ; ces deux églises présentent des détails dans le style dégénéré ou italien , et cependant l’effet religieux de l’ensemble est incontestable. Il existe d’autres exemples semblables , surtout aux clochers de quelques églises. Maintenant, tout en accordant à la profession de l’architecte la distinction qui lui est due, et sans vouloir déprécier la réputation bien méritée de beaucoup d’habiles architectes, on ne saurait nier que, comme corps , il leur manque et le principe et le sentiment religieux. Les voit-on , oublieux d’eux-mêmes, travailler pour le seul amour de l’Église , dans un esprit de foi et uniquement à la gloire de Dieu ?

Il faut dire la vérité , l’architecture est devenue de

1 Voyez le discours adressé à S. Paulin dans Eusèbe. Hist. Ecoles , x, 1 .

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nos jours un état comme un autre, un moyen d’existence, une carrière pour parvenir à des distinctions honorables ; elle devait , au contraire , être T objet de l’étude du pieux ecclésiastique qui, à l’aide de ces profondes méditations que l’on puise seulement dans la vie contemplative , mûrit dans le silence et le repos les nobles conceptions de son génie, et qui , sans ambitionner ni les récompenses , ni la renommée , poursuit le seul but qu’il ait en vue, celui d’élever un temple digne de son Dieu et qui deviendra l’emblème du culte à célébrer dans son enceinte. Les architectes de notre époque sont, assurément , dans une tout autre position que leurs prédécesseurs , eu égard à ces avantages ; aussi nous ne voulons pas soutenir qu’il appartient aux moines exclusivement de bâtir des églises, ou qu’il soit impossible pour un architecte moderne de faire revivre dans ses constructions le sentiment religieux et la piété qui distinguaient ses confrères des temps anciens ; mais nous protestons hautement contre l’esprit mercantile qui anime les artistes actuels , et nous exigeons d’eux des pensées plus élevées et surtout plus religieuses. Au moins n’est-ce pas trop demander de celui qui se propose pour dessiner le plan d’une église, qu’il soit membre de cette communion catholique pour laquelle il travaille. Il est en effet pénible de voir un homme sans convictions chrétiennes employé à bâtir ou à orner la maison de Dieu, un homme ignorant

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absolument et le rituel et le culte de l’Église, construisant et le saint autel et les fonts baptismaux sans se douter même de la nature des sacrements qu’ils représentent, ou qui peut-être en a fait jusqu’ici le sujet de ses sarcasmes et de ses plaisanteries. Encore plus monstrueux est-il de voir un artiste catholique érigeant des conventicules pour les sectes dissidentes et prostituant l’architecture parlante de l’Église au service de ses ennemis les plus acharnés ! Quelle idée ces personnes peuvent-elles avoir de la réalité de l’architecture chrétienne ? Figurons-nous un catholique qui dessine une triple fenêtre ( emblème reconnu de la très-sainte Trinité ) pour un temple de sociniens! Nous voulons venger la dignité de cette noble science contre la trahison de ses propres professeurs ; et si l’architecture est quelque chose de plus qu’un simple métier, si c’est un art libéral, intellectuel, une véritable branche de la poésie, sachons en apprécier la vérité , la réalité et la signification, et n’offrons pas au monde religieux le triste spectacle de deux choses essentiellement contraires réunies dans une seule et même expression matérielle.

On nous oppose que les architectes ont droit à la même latitude de conscience pour leur profession que celle dont jouissent plusieurs autres , la profession du barreau par exemple. A cela nous répondons que la morale qui peut justifier un plaideur d’avoir violé la vérité doit être plus

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que suspecte. Et le sera-t-elle moins pour un architecte qui outrage la vérité dans les choses qui ont un rapport immédiat avec la maison de Dieu et son culte? Faut-il conclure de là, dira-t-on, qu’un architecte d’églises ne doit jamais entreprendre la construction d’aucun édifice séculier? Dans l’état actuel des choses, ce serait trop exiger, sans doute; mais nous ne nous persuaderons jamais qu’un homme tout occupé de plans de prisons , de salles de réunions ou de théâtres , et qui ne consacre que la moindre partie de son temps à l’architecture religieuse, puisse s’attendre à être rempli de l’esprit et de la science d’en haut. L’architecte chrétien est appelé, nous le savons, à faire de grands sacrifices. Il faut qu’il sache renoncer à toutes les entreprises lucratives de son art, dès qu’il ne lui sera pas permis de faire valoir les principes qu’il croit nécessaires dans toute construction véritable, et surtout si le but que l’on envisage ou les besoins auxquels il faut répondre sont en eux-mêmes condamnables ou dangereux. L’épreuve sera difficile ; mais il faut que l’architecte chrétien sache la subir, plutôt que de reculer devant les principes qu’il sait être le fondement de son art. Nous dirons encore qu’il est à peu près impossible qu’un architecte réussisse à la fois dans tous les styles de l’architecture ogivale , sans parler des ordres de la Grèce et de Rome , de ceux de Vitruve, de Palladio , de Cinque-Cento, de Wren , voire même des styles chinois , suisse , indou ,

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égyptien et autres, car la liste de tous les styles dans lesquels un architecte de nos jours devrait être versé est vraiment interminable. Cela n’est pas moins absurde que de s’attendre à trouver réunis dans les œuvres de chaque peintre les styles du Pérugin , de Francia , de Raphaël , de Holbein , de Claude , de Poussin , de Salvator Rosa , du Corrége, de Téniers , de Rubens, de Murillo, de Reynolds, de West et d’Owerbeck ! Un architecte doit, il est vrai, posséder une connaissance de tous les styles d’architecture; mais si l’architecture, comme nous l’avons déjà remarqué, est une branche de la poésie , et si l’imagination du poete doit avoir son individualité , alors l’architecte doit s’astreindre, et cela exclusivement, à un seul style. Il suffît à l’architecte de connaître assez les styles primitifs pour pouvoir restaurer les églises si intéressantes que le moyen âge nous a léguées comme de précieux héritages , d’étudier encore les styles dégénérés pour se prémunir contre l’exemple de leur déclin; mais quant à un style à lui propre, il doit le choisir dans la glorieuse architecture du xme ou du xiye siècle , et de même que chaque homme n’a qu’une seule écriture, ainsi il n’exprimera ses idées architecturales que dans un seul langage.

Nous avons dit qu’il existe des raisons philosophiques pour croire qu’il nous faut des architectes , avant de pouvoir espérer de voir s’élever des édifices pareils à ceux des temps passés, s’il est vrai qu’une signification esoté-

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rique , ou, comme nous l’appellerons, une signification symbolique , se fait remarquer dans les dispositions et les détails de l’architecture chrétienne ; signification suggérée par la piété chrétienne , offrant l’emblème de la discipline chrétienne. Il est clair que cette discipline a dû être observée, et cette piété sentie, avant que le temple chrétien ait été élevé. C’est donc à nous de démontrer que cette signification symbolique existe réellement : nous soutenons donc que le symbolisme est le signe caractéristique qui distingue les anciens édifices religieux des nôtres. Par ce mot nous voulons faire entendre que la forme extérieure et visible signifie une chose intérieure et spirituelle; que l’édifice matériel symbolise, incorpore, figure , représente , exprime quelque idée abstraite à laquelle il correspond. En conséquence, si ce principe idéal est faux en lui-même , ou s’il n’est pas bien compris, celui qui entreprend de construire une église chrétienne court risque de reproduire une idée fausse ou incomplète , au lieu d’exprimer une idée vraie. Ainsi, d’un côté le Parthénon , un conventicule , une église moderne peuvent nous paraître si vrais dans leur ensemble, qu’ils présentent respectivement un symbole , l’un du culte gracieux mais païen d’Athènes, l’autre du sens privé que s’arroge le dissident, et le dernier du fanatisme puritain de l’anglican moderne; de l’autre côté ils possèdent tant de réalité , que les principes émis par M. Pugin s’y

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trouvent parfaitement développés ; mais, attendu que dans l’un et l’autre cas l’idée de l’architecture est fausse, de même aussi son architecture ne correspond ni à la vérité , ni à la réalité , et n'est pas l’expression de l’idée de l’église.

Comment le symbolisme a été introduit dans les églises.

L’histoire de l’église de Kilpech , par M. Lewis , où il a donné la traduction d’une partie du Rational de Guillaume Durand , contient un traité sur le symbolisme en général , nous montre l’application de ses principes au plan et aux dispositions de cette même église. L’auteur établit que dès l’origine toute architecture chrétienne présentait un caractère de symbolisme prémédité. Cette supposition nous paraît improbable. Nous croyons que l’architecture religieuse demandait à être pleinement développée avant que ceux qui y travaillaient en comprissent la véritable signification.

Certes, nous sommes les derniers à lui refuser un caractère symbolique , même dans son état imparfait ; mais il paraîtrait plus probable et mieux en harmonie avec le progrès des autres arts de supposer que certains besoins donnés ont amené et nécessité l’emploi de certains

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moyens adaptés à ces besoins, et dont ils étaient alors les symboles ; plus tard ils devinrent un principe symbolique prémédité. En envisageant la question sous ce point de vue, il sera facile d’expliquer le développement progressif d’une église chrétienne bâtie sur le modèle basilical. M. Hope , dans son Essai sur V Architecture , nous reporte à l’état de l’homme non civilisé , et fixe son point de départ pour l’art dans les premiers expédients auxquels le sauvage a recours pour se garantir des intempéries des saisons; ces rudes essais, selon lui, se sont développés avec le temps. Son hypothèse peut être vraie en ce sens que la science élémentaire de l’architecture , comme toutes les autres sciences, de quelque manière quelle soit acquise, suit une marche progressive. Le Parthénon peut reconnaître son origine dans le berceau de branches et de feuillages , et du Parthénon nous arrivons graduellement aux cathédrales d’Amiens, de Reims, de Cologne et de Westminster. Mais il restera à démontrer la raison morale d’un développement si extraordinaire , d’un changement si complet de forme et de style. L’idée que nous émettons est du moins intelligible; les premiers architectes catholiques, imbus de l’esprit de leur époque , travaillant sur les matériaux qu’ils avaient sous la main et que leur fournissaient les anciens ordres de l’architecture chrétienne , la disposition basilicale , ont imprimé graduellement à ces éléments rebelles et ont développé

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successivement en eux ce caractère si éminemment religieux de l’architecture sacrée. Cette théorie présente moins de difficultés que celle de M. Lewis , qui repose sur cette base , que les anciens architectes (il ne dit pas de quelle époque , ni pendant combien de temps ) dessinaient leurs plans d’après des principes fixes de symbolisme. Nous demandons alors à quelle époque précise les architectes ont commencé à construire d’après un principe symbolique prémédité , à quelle période ils ont oublié les traditions de l’architecture religieuse, qu’ils ont dû nécessairement posséder , et dans quel temps ils ont mis en pratique les nouveaux principes.

En admettantla supposition de M. Lewis, nous ne voyons pas qu’il dût y avoir de développement progressif dans l’architecture, ni pourquoi on n’a pas rejeté tout de suite la forme basilicale et celle du style païen dégénéré , si Y idéal de l’architecte, de la période romano-byzantine fut vrai et parfait, en supposant l’architecte véritablement catholique par la foi et par les œuvres. L’expression matérielle de cet idéal devrait-elle l’être moins? Enfin, pourquoi le principe symbolique n’a-t-il pas été écarté des constructions religieuses, comme il l’a été en effet dans les styles plus récents, au lieu d’être resté partie intégrante et essentielle de l’expression matérielle de l’esprit de l’église ? A notre point de vue , la question ne soulève pas de pareilles difficultés ; d’un côté , des matériaux donnés pour

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construire, de l’autre un esprit donné qui doit former et animer ces masses. La lutte de l’esprit contre la matière se poursuit jusqu’au moment où le développement complet de l’architecture chrétienne fait ressortir la pensée de l’église dont elle est l’expression matérielle. Cette expansion graduelle et ce développement progressif de la vérité est tout à fait en harmonie avec l’histoire et la constitution de l’Église et avec la manière dont la divine Providence opère à son égard. Nous prévoyons toutes les objections qu’on nous opposera lorsque nous essaierons de fixer l’époque à laquelle l’art chrétien a atteint sa pleine maturité , et nous sommes préparés à subir plus d’une critique railleuse pour avoir vu cette perfection dans l’architecture du xme et du xive siècle; mais nous sommes convaincus, s’il y a quelque chose de vrai dans ce que nous avons écrit à ce sujet , et dans tout ce qu’ont jamais avancé ceux qui savent apprécier le génie qui caractérise l’architecture ogivale ; nous sommes convaincus, disons -nous, qu’à aucune autre époque on ne saurait trouver réunies les conditions de beauté dans les détails d’effet général, de vérité et de réalité , comme celles que présentent les édifices religieux de cette magnifique période. Deux faits importants se déduisent de ces principes : premièrement le déclin de l’art chrétien qui date de ce temps : et, d’après les conditions que nous avons établies, ce fait accompagnait et indiquait les

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maux qui désolaient alors l’Église et qui aboutirent à ce schisme déplorable dont les tristes effets se font encore sentir dans le nord de l’Europe; secondement, le style ogival primitif et le style secondaire , en accordant qu’ils sont le plus glorieux développement de l’architecture chrétienne que le monde ait encore vu , ne sont peut-être pas le plus haut point de perfection qu’il soit possible d’atteindre. Non; nous aussi nous attendons l’époque qui donnera au monde un nouveau style d’architecture religieuse si pure, si belle, si vraie, que la gloire de la cathédrale de Cologne elle-même sera éclipsée, et ce magnifique monument n’indiquera plus qu’un bel exemple d’un style de transition. Ce sera alors que l’Église, réunissant par les liens de la foi, du zèle et de l’amour, toutes ses brebis éparses, trouvera sa pleine et parfaite expression dans les formes symboliques de l’art catholique.

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