‹ Du symbolisme dans les églises du moyen ageChapitre 25 sur 30 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Des cimetières et autres lieux sacrés et religieux.

Les lieux bénis sont destinés les uns à l’usage de la vie ordinaire, d’autres à la prière. Les premiers sont consacrés à des œuvres de charité et reçoivent des dénominations diverses, suivant leur usage spécial : ils ont été fondés par les saints pères et les princes religieux. Ce sont des asiles pour les pauvres , les pèlerins , les vieillards , les orphelins , les enfants , les invalides , les faibles et les blessés.

11 faut distinguer , dans les lieux consacrés à la prière , ceux qui sont sacrés d’avec ceux qui sont saints , et d’autres qui sont religieux.

Les lieux sacrés sont ceux qui ont été dédiés exclusivement au service du Seigneur par les mains de l’évèque. Ils sont désignés sous différents noms,

comme il est dit dans l’article Eglises. Les lieux saints sont ceux qui possèdent des immunités ou privilèges , et qui sont destinés aux ministres et desservants de l’Eglise. Les saints canons menacent des plus fortes punitions ceux qui oseraient les profaner. Tels sont les parvis des églises et, dans quelques endroits , les cloîtres dans lesquels résident les chanoines. Les criminels de toute espèce qui s’y réfugient sont à l’abri des poursuites de la loi. Les portes des cités et des théâtres jouissent, selon la loi civile , du même privilège.

Les lieux religieux sont ceux dans lesquels le corps entier d’un homme, ou au moins la tête , est enterré, puisqu’il n’est accordé à aucun individu d’avoir deux sépulcres. Mais s’il ne s’y trouve que le corps ou un membre quelconque sans la tête , l’endroit n’est pas regardé comme religieux. Selon la loi civile , le sépulcre est religieux quand bien même il renfermerait le corps d’un juif, d’un païen ou d’un enfant non baptisé ; mais, selon les saints canons de l’Eglise, le corps d’un chrétien peut seul lui conférer ce titre : or notez que tout ce qui est sacré est religieux , mais tout ce qui est religieux n’est pas sacré. Les lieux dont nous venons de parler s’appellent indistinctement cimetière , polyandre ou andropolis , sépulcre , mausolée , dor-

loir y monument , pyramide , sarcophage , urne , caverne.

Le mot cimetière vient d’un mot grec qui veut dire dormir, parce que les ossements des morts y reposent doucement dans l’attente du second avènement du Sauveur. Polyandre vient de deux mots grecs qui signifient que plusieurs cadavres sont réunis dans un même lieu.

L'origine des cimetières remonte, dit-on, au temps d’ Abraham , qui acheta le champ d’Hébron , dans lequel se trouvait une double cave. C’est là qu’il fut enterré avec sa femme Sara, ainsi qu’Isaac et Jacob. Nos premiers parents Adam et Eve y avaient été déposés ‘. Dans cette double cave,

1 On est tenté de croire qu'il y a ici une fausse interprétation , et qu'au lieu d’Adam et d’Ève il faudrait lire Lia et Rebecca. — D’après la tradition communément reçue, nos premiers parents furent enterrés sur le mont Calvaire , là où le premier Adam a succombé devant la mort, et où le second Adam a triomphé sur la mort. Durand parle plus bas de trois patriarches avec leurs trois femmes qui furent enterrés à Machpelah , ce qui ne serait plus en harmonie avec le texte comme il est donné, mais ce qui s’accorderait avec la correction proposée. — Cependant saint Isidore dit , fol. 295 : « Sepultusque est in speluncâ duplici, in cujus interiore parte Adam esse positum traditio Hebræorum testatur. » Saint Victor, en traitant de la double caverne , ajoute << Domus quædam fuit subterranea , in quà erat solarium , et multi fuerant sepulti , in eâ et diversis foveis et subter et supra ; » et ailleurs : « Speluncâ in quâ est sepulta spiritualem désignât vitam, quæ est occulta : quæ rectè duplex vocatur , propter bonam actionem et contemplationem. »

chaque homme et sa femme furent placés à côté l’un de l’autre , ou bien les hommes étaient dans une cave et les femmes dans l’autre, ou peut-être chacun avait sa cave double , dont la forme ressemblait à celle d’une chaise. Saint Jérôme dit que les trois patriarches ont été inhumés avec leurs trois femmes dans la cité d’Hébron. Leurs corps étaient assis ; la partie supérieure se trouvait dans le haut de la cave ; les cuisses et les jambes occupaient la partie inférieure de la même cave.

Il ne convient pas que tous les hommes soient enterrés indistinctement dans la même cave , car la sainteté d’un lieu ne profite pas à tous. Lucifer fut expulsé du ciel et Adam expulsé du paradis , et cependant quels lieux furent jamais plus saints? Joab aussi périt dans le tabernacle, et Job triompha sur son fumier. Il est question dans le quatrième livre des dialogues de saint Grégoire , d’un certain homme dont la vie avait été très-infâme, et qui fut enterré dans l’église de Saint-Faustin à Brescia. La nuit suivante saint Faustin apparut au gardien de l’église et lui dit : « Annoncez à l’évêque qu'il mourra dans trente jours, à moins qu’il ne fasse enlever de l’église le corps de ce pécheur. » Le gardien craignant de faire part de sa vision à l’évêque , celui-ci mourut subitement à l’expiration des trente

jours. On raconte dans le même livre qu’un autre homme de mœurs dépravées fut inhumé dans une église : son corps fut trouvé gisant en dehors de l’enceinte sacrée ; son suaire était resté dans le tombeau. Saint Augustin assure que ceux qui veulent être enterrés dans l’église, malgré .leur vie scandaleuse, rendront compte à Dieu de leur présomption ; car la sainteté du lieu n’excuse pas leur témérité.

Il n’est permis d’enterrer dans l’église , et auprès de l’autel sur lequel sont consacrés le corps et le sang du Seigneur, que les saints Pères , lesquels , par leurs mérites , sont les patrons ou défenseurs de la foi , les évêques , les abbés , les prêtres pieux et les laïques d’une éminente sainteté. Mais tous doivent être inhumés autour de l’église, ou dans les cours des cloîtres , ou sous le porche , ou dans les exedrœ ou apses qui joignent l’église, ou dans le cimetière. Quelques-uns prétendent qu’un espace de trente pieds autour de l’église doit être réservé à cette intention. D’autres maintiennent que l’espace contenu dans le circuit que fait l’évêque autour de l’édifice sacré, suffit à cet emploi. Saint Augustin , à la fin de son livre sur le Soin des Morts , assure qu’il est avantageux pour les morts d’être enterrés auprès des tombeaux des martyrs ;

parce qu’en les plaçant sous la sauvegarde de ces héros de la foi , nos prières pour eux acquièrent un nouveau poids.

Anciennement les hommes étaient enterrés dans leurs propres maisons ; mais il en résultait des inconvénients si graves , qu’on a jugé à propos de réserver certains endroits pour les inhumations en dehors des cités , lesquels furent bénits à cette intention. Les nobles se faisaient enterrer sur les montagnes , soit au milieu , soit au pied , et aussi sous des terrains élevés à leurs propres dépens ' . Ceux qui sont tués dans l’assaut d’une ville qui n’a pas de cimetière , doivent être enterrés là où cela se pourra le plus commodément. Si un marchand ou un pèlerin vient à mourir en mer et qu’on soit près d’une terre habitée , son corps y sera déposé ; si le port est éloigné , on peut l’enterrer dans une île. Dans le cas où la terre ne serait pas en vue , on construira , si cela se peut , une petite case en planches , et l’on descendra le corps à la mer.

Dans un cimetière chrétien , on ne doit enterrer que les chrétiens , en exceptant toutefois ceux qui meurent dans l’acte du péché mortel ou en se li-

1 Sub propriis podiis. Voyez pour l’étymologie du mot podium, d’où vient notre terme anglais pue ou pew appliqué aux bancs des églises , le traité de la société de Camden, intitulé Histoire des Pues.

vrant à un jeu défendu. Un homme mort , dont le décès a une cause inconnue , doit être enterré dans le lieu même où on l’a trouvé. De même celui qui meurt impénitent dans une querelle ou dans une révolte, qui n’a pas demandé un prêtre , ainsi que le suicide , ne doit pas être déposé dans le cimetière. Celui qui meurt par la seule volonté de Dieu, sans autre cause manifeste, a droit de sépulture dans ce lieu ; car l’homme juste est sauvé à quelque heure qu’il meure , à plus forte raison s’il est surpris dans quelque occupation légitime.

Les défenseurs de la justice et ceux qui combattent pour la cause de la foi ont plein droit aux obsèques religieuses et à la sépulture dans le cimetière. Cependant on ne doit pas porter à l’église les corps des personnes qui ont péri par une mort violente, de crainte que le pavé ne soit profané par leur sang.

Les enfants morts-nés et les enfants non baptisés doivent être enterrés en dehors du cimetière. Quelques-uns cependant prétendent qu’ils doivent être inhumés avec leur mère, comme faisant partie de son corps.

Un homme et sa femme doivent être inhumés dans le même sépulcre, à l’exemple d’ Abraham et de Sara , à moins qu’ils n’aient exprimé d’autres

intentions pendant leur vie. Tobie commanda à son fils , lorsque sa mère serait décédée , de la faire déposer dans le même tombeau que lui. Il convient que tous soient enterrés dans le sépulcre de leurs aïeux , à moins que par dévotion on ne choisisse un autre lieu. Le concile de Mayence a décrété qu’on accorderait la sépulture dans le cimetière aux criminels qui ont subi les dernières rigueurs de la justice humaine, s’ils se sont confessés préalablement, ou du moins s’ils ont désiré recevoir les sacrements. Le saint sacrifice peut alors être offert pour eux.

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