‹ Du symbolisme dans les églises du moyen ageChapitre 26 sur 30 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De la dédicace d’une église.

Nous avons déjà, dans le cours de cet ouvrage , décrit une église matérielle et Tautel : il nous reste maintenant à traiter de sa dédicace , et d’abord de l’origine de cette cérémonie qui remonte à l’ancienne loi. Moïse, d’après l’ordre du Seigneur, construisit le tabernacle dans lequel étaient la table des pains de proposition , l’autel et les vases de cuivre , et autres destinés au service divin. Il en fit la dédicace par des prières solennelles , et les oignit de saintes huiles , d’après l’ordonnance de Dieu, qui enseigna à Moïse à préparer le saint chrême qui devait servir à cette occasion. Salomon , fils de David , ayant achevé le temple et son autel , consacra de même toutes les choses qui

manquaient alors au culte , comme il est dit dans le troisième livre des Rois. Nous voyons encore que le roi Nabuchodonosor assembla tous ses satrapes , les grands de son royaume et les gouverneurs de ses provinces, pour assister à la dédicace de l’idole d’or qu’il avait faite.

C’était la coutume des Juifs , comme nous l’apprend Burchard , de consacrer à Dieu , par des prières solennelles , les lieux dans lesquels ils sacrifiaient au Seigneur, et il ne leur fut pas permis d’offrir ailleurs leurs dons et leurs offrandes. Si telle était la pratique de ceux qui étaient esclaves sous la loi, à combien plus forte raison devonsnous le faire , nous à qui la vérité a été révélée ; car la grâce et la vérité nous sont venues par Jésus- Christ. C’est à nous qu’il appartient surtout de bâtir des temples au Seigneur, de les orner avec soin , et ensuite d’en faire la dédicace solennelle (suivant l’institution du pape Félix III) par des prières et des onctions saintes qui s’appliquent également aux autels, aux vases et aux vêtements sacerdotaux destinés à la célébration des divins mystères.

Certains Juifs de la ville de Beyruth en Syrie foulèrent aux pieds l’image du Sauveur crucifié. Ils portèrent l’impiété jusqu’à lui percer le coté,

d’où il sortit , comme autrefois sur le Calvaire , du sang et de Peau. Les Juifs furent atterrés par ce prodige, et plus encore lorsqu’ils virent que tous ceux de leurs malades auxquels ce sang fut appliqué se relevèrent de leurs infirmités. Ils embrassèrent tous la foi du Christ, se firent baptiser et transformèrent leurs synagogues en églises. C’est de là que date l’usage de faire la dédicace d’une église. Avant cette époque les autels seuls étaient consacrés. C’est aussi en souvenir de ce miracle que l’Eglise fait mémoire de la passion du Sauveur, le cinquième jour avant les calendes de décembre , et que l’église de Beyruth fut dédiée au Sauveur. On conserve même dans un vase une portion de ce sang miraculeux, et une fête solennelle est célébrée au jour anniversaire.

L’évêque seul peut dédier les églises et les autels , parce qu’il est l’image et le type de l’évêque par excellence , qui est Jésus- Christ , sans lequel nous ne saurions bâtir rien de stable , comme il l’a dit lui-même : « Sans moi vous ne pouvez rien. » Et le psalmiste nous apprend « que si le Seigneur lui-même ne construit la maison , c’est en vain que l’on travaille. » Le concile de Carthage défend aux prêtres , et à tous ceux d’un ordre inférieur à l’évêque , de faire la cérémonie de la dédicace.

Les raisons pour la dédicace d’une église sont au nombre de cinq. La première est pour la délivrer entièrement de la puissance du démon. Saint Grégoire raconte dans le dialogue de son troisième livre, qu’une certaine église appartenant aux ariens ayant été rendue au culte orthodoxe , au moment où l’évêque se disposait à la dédier et lorsque les reliques de saint Sébastien et de sainte Agathe venaient d’y être transportées , le peuple assemblé pour la cérémonie vit tout à coup paraître un animal immonde qui courait çà et là dans l’église , puis sortit brusquement par la porte, et disparut complètement , à leur grand étonnement. Le Seigneur voulut indiquer par ce prodige que l’esprit impur était sorti de ces lieux. La nuit suivante , un grand bruit se fit entendre sur le toit de ladite église. La seconde nuit, le vacarme fut plus épouvantable encore. Enfin , la troisième nuit , on eût dit que l’édifice s’écroulait du haut en bas ; mais tout à coup le calme se rétablit et l’ancien ennemi ne troubla plus le lieu saint. Secondement, l’église, par sa dédicace, devient un lieu de refuge pour tous ceux qui sont poursuivis par la justice humaine. Joab courut au tabernacle et se tint aux cornes de l’autel. Troisièmement, l’église est dédiée afin que l’on puisse y offrir des prières , ainsi que

l’exprime l’oraison suivante de la messe de la Dédicace : « Faites , Seigneur, que tous ceux qui seront rassemblés ici pour prier puissent obtenir, quelles que soient leurs épreuves , l’effet de vos consolations. » Ainsi pria Salomon à la dédicace du temple de Jérusalem. Quatrièmement , l’église est dédiée afin que l’on puisse y offrir un sacrifice de louanges,

ce dont nous avons traité sous l’article Eglises. Cinquièmement, pour que les sacrements de l’Eglise puissent y être administrés ; et c’est de là que l’église reçoit le nom de tabernacle ou hôtellerie de Dieu, dans lequel les divins mystères sont contenus et administrés.

Nous parlerons en quatrième lieu de la manière de faire la dédicace. Tout le monde étant sorti de l’église , sauf un seul diacre , l’évèque et son clergé se tiennent debout dev ant la porte extérieure, et commencent par bénir l’eau mélangée de sel. En même temps douze lampes sont allumées dans l’intérieur de l’édifice , devant les douze croix qui sont peintes sur les murs. Ensuite l’évêque, suivi du clergé et des fidèles, fait le tour de l’église en aspergeant les murs extérieurs avec une branche d’hysope trempée dans l’eau bénite. A chaque fois qu’il arrive à la porte , il en frappe le seuil avec sa crosse pastorale, en disant : « Levez -vous, ô

portes , etc., etc. » Le diacre répond de l’intérieur : « Qui est le Roi de gloire ? » Le pontife continue : «Le Seigneur des armées, etc. » Mais à la troisième fois la porte est ouverte, et l’évêque entre accompagné seulement de quelques-uns de ses ministres , le clergé et les fidèles restant dehors ; il dit : « La paix soit dans cette maison. » Alors commencent les litanies. Une croix est tracée sur le pavé de l’église avec du sable et des cendres , sur laquelle sont marquées toutes les lettres des alphabets grec et latin. L’évêque bénit encore de l’eau dans laquelle sont mélangés du sel , des cendres et du vin, et il dédie ensuite l’autel. En dernier lieu il oint du saint chrême les douze croix qui sont peintes sur les murs.

Il est indubitable que les choses représentées ici par des signes sensibles sont produites invisiblement dans l’âme, qui est le temple du vrai Dieu.

La foi pose les fondements , l’espérance élève l’édi-

lice, et la charité y metla dernière main ; car l’Eglise catholique elle-même, construite de beaucoup de pierres vivantes, est le temple du Seigneur. De ses temples divers elle n’en fait qu’un , parce que Dieu est un et la foi est une. Il est donc nécessaire que la maison soit dédiée et que l’ame soit sanctifiée.

La dédicace de l’église présente un double symbole: elle signifie que l’édifice matériel est consacré exclusivement au service de Dieu , et elle est aussi l’emblème des fiançailles spirituelles de l’âme fidèle ; car une église qui n’est pas dédiée est comme une vierge promise en mariage , mais qui attend

sa dot pour s’unir à son époux. Par la dédicace

l’Eglise est dotée et devient la propre épouse de Jésus-Christ : la profaner serait donc un sacrilège

Nous parlerons ici de la bénédiction de l’eau. Le Seigneur a dit : « A moins que l’homme ne renaisse de l’eau et de l’Esprit , il ne saurait entrer dans le royaume des cieux. » Et il a plu au Seigneur d’attacher une grande vertu à l’eau ; car , de même qu’elle lave le corps de toute impureté , elle purifie aussi l’âme de tout péché. Aussi il est évident que l’aspersion de l’eau dans la dédicace de l’église est un emblème du baptême. L’église est en quelque sorte baptisée , car elle est le symbole de l’Eglise qui est contenue dans ses murs , c’est-à-dire la multitude des fidèles. Elle est appelée église , parce

1 Le pape Boniface IV a dédié à la sainte Vierge et à tous les saints le fameux monument d’ Agrippa appelé le Panthéon, après l’avoir purifié de la foule impure des faux dieux. (Ciampini, iv, vi,66.) C’est maintenant l’église de Santa-Maria-Rotonda. (Doard.)

qu’elle contient les chrétiens , le contenant représentant la chose contenue.

La triple aspersion avec l’hysope et l’eau bénite , qui se fait à l’intérieur et à l’extérieur de l’église, signifie la triple immersion dans le baptême. Elle se fait pour trois raisons. Premièrement, pourchasser les malins esprits. L’eau bénite ayant une vertu toute particulière pour éloigner le démon , qu’elle acquiert par les prières de l’exorcisme, nous disons : «Que cette eau soit exorcisée , afin que l’ennemi soit mis en fuite et que sa puissance soit anéantie. «

Secondement, pour purifier l’église de toute souillure; car toutes les choses terrestres ont été corrompues par le péché. Et c’est pour cela que dans l’ancienne loi tout était purifié par l’eau.

En dernier lieu, l’aspersion de l’eau par l’évêque en faisant le tour de l’église, signifie que le Seigneur veille sur les siens et qu’il a commis à la garde de ses anges ceux qui le craignent.

Les trois répons qui se chantent en même temps nous représentent la joie qui a éclaté dans les trois siècles de la foi figurés par Noé, Daniel et Job. L’aspersion se fait sur le haut , sur le milieu et sur le bas des murs, pour signifier la triple effusion de

la foi , de l’espérance et de la charité , par l’invocation de l’Esprit divin.

Le triple circuit que fait l’évêque autour des murs pendant l’aspersion , indique la triple course du Sauveur pour la sanctification de son Eglise. Il est descendu d’abord du ciel sur la terre , puis de la terre dans les enfers ; ensuite il est remonté au ciel. Le triple circuit dénote aussi que l’église est dédiée en l’honneur de la sainte Trinité. Il est encore l’emblème des trois états dans l’Église , celui des vierges , des continents et des personnes mariées.

Les trois coups qui sont frappés sur le seuil de la porte nous disent que le Christ s’est acquis un triple droit d’entrée dans son Eglise. C’est à lui qu’elle doit sa création, sa rédemption et sa future glorification ; car l’évèque représente Jésus- Christ , et son bâton pastoral est l’emblème de sa puissance. De plus, le triple coup frappé par la crosse épiscopale signifie la prédication de l’Évangile ; car le bâton pastoral n’est autre que la parole divine, selon ce verset d’Isaïe : « Il frappera la terre de sa crosse, c’est-à-dire de sa parole. » Les portes sont le symbole de nos oreilles , qui reçoivent cette parole de la prédication. Le psalmiste dit : « Vous me retirez des portes de la mort

afin que j’annonce vos louanges aux portes de la fille de Sion. » Quelles sont les portes delà fille de Sion, sinon les oreilles des fidèles ? Enfin les triples coups , suivis de l’ouverture de la porte , signifient l’entrée des gentils dans l’Eglise par la prédication des pasteurs ; car les portes de la justice s’ouvriront devant eux pour laisser entrer tous ceux qui viennent rendre témoignage à la vérité. « Ouvrezmoi, dit le psalmiste , les portes de la justice , j’entrerai pour louer le Seigneur. » — « Voici la porte du Seigneur, les justes y entreront. » L’évêque en frappant le seuil ajoute : « Levez-vous, ô princes,» c’est-à-dire ô esprits malins ; ou plutôt : « Levezvous, ô hommes, et que vos péchés fuient devant vous , que vos cœurs s’ouvrent à la justice. »

Le diacre qui demande de l’intérieur de l’église : « Qui est le Roi de gloire ? » représente le peuple ignorant qui ne connaît pas ce Roi de gloire.

Le nombre trois , étant celui qui est le plus usité et le plus sacré, doit être employé exclusivement dans toutes les dédicaces , parce que l’invocation de la sainte Trinité accompagne toutes les cérémonies de l’Eglise.

L’évêque entre ensuite dans l’église par la porte quilui est ouverte. Demême, s’il remplit clignement

les devoirs de sa mission , rien ne pourra lui résis-

ter «Seigneur, qui résistera à votre puissance ? » Il est accompagné de deux ou trois de ses ministres , parce que , dit l’Évangile , « le témoignage de deux personnes est digne de foi , » et que celles-ci attesteront la vérité de toutes les paroles de la dédicace. L’évêque dit en entrant : « Que la paix soit dans cette maison et pour ceux qui l’habiteront. » Aussi Jésus-Christ a réconcilié le monde avec son Père.

Les litanies se disent alors, et l’évêque, prosterné, prie pour la sanctification de la maison de Dieu. Le Christ s’est humilié dans sa passion , et il pria pour ses disciples , en disant : « O mon Père, qu’ils soient sanctifiés en votre nom. » Le prélat se relevant continue les oraisons sans bénédiction , en omettant ces paroles : « Le Seigneur soit avec vous , » parce que l’église n’est pas baptisée , s’il est permis de s’exprimer de la sorte. Aussi cette salutation ne s’adresse pas aux catéchumènes , quoique l’on prie pour eux.

Le clergé qui chante les litanies nous représente les apôtres qui intercèdent auprès de Dieu pour le salut de l’Église et des âmes confiées à ses soins.

L’alphabet est inscrit sur le pavé de l’église de la manière suivante : une croix est indiquée avec des cendres et du sable , sur laquelle une autre

croix est tracée avec le bâton pastoral ; et elle est composée des lettres de l’alphabet grec et latin , mais non de l’hébreu , parce que les Juifs ont renoncé à la foi.

Ce double alphabet signifie trois choses. D’abord l’union des deux peuples (les Juifs et les gentils) par la foi , laquelle a été effectuée par la croix du Christ, dont Jacob nous a offert le type lorsqu’il bénit ses fils en croisant ses mains. L’un des bras de la croix s’étend depuis le coin gauche de la partie orientale de l’église jusqu’au coin droit de la partie occidentale ; l’autre s’étend depuis le coin droit de la partie orientale jusqu’au coin gauche de la partie occidentale 1 , pour signifier que le peuple qui était autrefois placé du côté droit est maintenant passé au côté gauche, que les premiers sont devenus les derniers , et les derniers les premiers , par la puissance de la croix; car Jésus-Christ, en quittant l’orient , laissa à gauche les Juifs incrédules, et passa aux gentils, qu’il tira de l’ouest pour les placer à droite de l’est. De là il vint visiter les Juifs dans le coin gauche de l’ouest , qu’il trouva dans un état plus déplorable que ne l’étaient auparavant les gentils. C’est pour cela que les caractères

' Durand veut probablement indiquer ici non une croix simple , mais une croix en sautoir ou croix de Saint-André.

qui forment la croix sont écrits obliquement et non en droite ligne, parce que tout homme qui ne reçoit pas le mystère de la croix et ne croit pas qu’il n’est sauvé que par la passion du Christ , est incapable de comprendre cette science divine. La sagesse ne peut entrer dans un cœur mal disposé , et on ne saurait construire aucun édifice qui n’a pas le Christ comme fondement.

Les caractères de l’alphabet représentent la lettre des deux Testaments, qui a reçu son parfait accomplissement par la croix du Sauveur. Le voile du temple fut déchiré du haut en bas à sa mort, parce que les Ecritures n’étaient plus une lettre cachée et que le Saint des saints était découvert. Aussi le Sauveur lui-même a dit en expirant : « Tout est consommé. » Dans ces quelques lettres de l’alphabet , toute science se trouve comprise ; et il est écrit en forme de croix, parce qu’un testament se trouve compris dans l’autre; c’est « une roue qui contient une autre roue 1 . »

En dernier lieu, cet alphabet représente les articles de notre foi. Le pavé de l’Eglise est le fondement de la foi ; les caractères qui y sont inscrits en sont les articles. C’est dans l’Église que les

1 Ezéchiel.

ignorants et les néophytes des deux peuples viennent chercher l’instruction ; aussi ils ne doivent s’estimer devant Dieu que comme la poussière et la cendre. Abraham dit: « Oserai-je parler à mon Seigneur, moi qui ne suis que poussière et que cendres? » Les caractères inscrits sur le pavé sont donc le simple enseignement de la foi dans le cœur humain.

Le bâton pastoral avec lequel l’alphabet est tracé démontre que la conversion des gentils a été effectuée, et la perfidie des Juifs consommée, par la prédication et la doctrine des apôtres. L’évêque s’avance vers l’autel et dit : « O Dieu, hâtezvous de nous secourir. » C’est alors que commence la partie la plus importante de l’office ; on dit le Gloria Patri , etc., sans alléluia.

L’évêque alors consacre l’autel en l’aspergeant sept fois avec de l’eau bénite â cette intention; tout l’intérieur de l’église est aspergé encore trois fois , sans distinction de différentes parties , « car « tout est égal devant Dieu. » L’aspersion intérieure signifie que la purification extérieure ne sert de rien si la charité n’habite dans le cœur. Elle se fait trois fois , comme symbole du baptême qui nous purifie par l’invocation de la sainte Trinité. « Allez, enseignez toutes les nations, les

baptisant au nom du Père , du Fils et du Saint- Esprit. » Cette triple aspersion remplace la triple immersion ou infusion qui se fait dans le baptême.

L’évêque fait cette aspersion en allant de l’est à l’ouest, et une fois en forme de croix dans le milieu de l’église , parce que le Sauveur ordonna à ses apôtres de baptiser au nom de la sainte Trinité, d’abcrd dans la Judée où il est né , et ensuite dans tout le monde. Ce qui reste de l’eau après l’aspersion est répandu au pied de l’autel. Pendant ce temps le chœur chante les psaumes Exurgat Deus et Qui habitat , dans lesquels le

prophète fait allusion à l’Eglise et à sa dédicace dans ce verset : « Dieu fait habiter les siens dans une seule maison. » L’évèque dit ensuite: «Ma maison est une maison de prière, » parce que c’est à lui de veiller que l’église ne devienne pas un lieu de trafic.

L’autel ensuite et les douze croix peintes sur les murs sont oints du saint chrême. Ces croix, qui sont les bannières triomphantes du Sauveur, font la terreur des démons , et elles indiquent que l’enceinte sacrée a été conquise à la domination du Christ; aussi les rois de la terre, lorsqu’ils s’emparent d’une ville ennemie, font déployer sur ses murs l’étendard impérial. Le patriarche Jacob

a élevé de même la pierre sur laquelle avait reposé sa tête , pour servir à la postérité de monument historique , traditionnel et triomphal.

Les douze croix peintes sur les murs rappellent la passion du Christ , par laquelle il a sanctifié son Eglise. Il est dit dans le livre des Cantiques : « Placez-moi comme un sceau sur votre bras. » Les douze cierges placés devant ces croix sont les douze apôtres qui ont éclairé le monde par la doctrine du Crucifié. « Toute prophétie se trouve vérifiée, dit saint Bernard, dans Jésus crucifié. » — « Je me fais gloire , dit saint Paul , de ne connaître autre chose que Jésus-Christ , et Jésus-Christ crucifié. » L’huile signifie la pureté de conscience; le baume , l’odeur suave d’une bonne réputation. Après les onctions, l’autel et l’église sont ornés et illuminés , et le saint sacrifice commence. Le prêtre officiant est revêtu d’ornements différents de ceux avec lesquels il a fait l’aspersion.

Nous observerons qu’une église doit être consacrée par le sang de quelque martyr : Pélage et le pape Nicolas nous apprennent que l’église romaine était consacrée par le martyre des bienheureux apôtres Pierre et Paul 1 , c’est-à-dire

Ce passage est obscur. Une confession, ou martyrium , fut bâtie

qu’une église ne peut être dédiée à Dieu que sous l’invocation d’un martyr.

Une église qui a déjà été dédiée ne doit pas l’être une seconde fois , à moins qu’elle n’ait été profanée , ce qui peut arriver en plusieurs manières : si elle a été brûlée et que tous ses murs ou la plus grande partie aient été détruits ; mais si le toit reste intact ou qu’il ne soit que légèrement endommagé , que les murs restent dans leur entier ou qu’ils ne soient que partiellement détruits , il n’est pas nécessaire de répéter la cérémonie de la dédicace ; secondement , il faut savoir si toute l’église ou la majeure partie est tombée par terre au même moment ; si elle a été réparée entièrement ou en partie avec les mêmes pierres , car la vertu de la dédicace réside principalement dans les matières extérieures , et il est important de retrouver la même disposition dans la pose et la symétrie des pierres.

Dans le cas où tous les murs se sont écroulés, non à la fois , mais successivement , et où ils ont été réparés , l’église est censée avoir conservé

dès les premiers temps au-dessus de l’endroit où saint Pierre a subi le martyre , et qui se trouve maintenant dans l’enceinte du Vatican. Voyez Ciampini, de Vaticana Basilica. Durand veutdire probablement à l’honneur du martyre.

son intégrité. Il suffira alors de l’exorciser avec l’eau bénite et de la réconcilier en y offrant le saint sacrifice. Quelques-uns prétendent cependant qu’elle doit être consacrée de nouveau. En troisième lieu , la cérémonie de la dédicace doit être renouvelée s’il est douteux que l’église ait jamais été dédiée , s’il n’existe aucun document , ou peinture , ou inscription , ou bien un seul témoin oculaire ou même auriculaire , qui puisse certifier le contraire.

On ne doit pas répéter la consécration d’un autel à moins qu’il ne soit profané , ce qui a lieu si la table, ou la partie supérieure, sur laquelle se font les saints mystères , est changée dans sa forme ou brisée considérablement , c’est-à-dire de moitié, ou bien si l’autel dans son entier a été changé ou réparé. Toutefois c’est à l’évêque qu’il appartient de décider la question définitivement. Mais il n’est pas nécessaire de consacrer l’église de nouveau parce que l’autel aura été changé de place ou brisé, parce que la consécration d’une église et d’un autel sont deux choses différentes. Si c’est l’église qui a été détruite et non l’autel, l’église seule doit être consacrée de nouveau. Il convient cependant , en pareil cas , d’asperger l’autel d’eau bénite.

Un autel qui n’est que légèrement endommagé ne doit pas recevoir une nouvelle dédicace ; mais il faut répéter cette cérémonie si la petite pierre qui clôt la cavité ou sépulcre dans laquelle les reliques sont scellées est ôtée ou brisée. Cette cavité se trouve quelquefois dans la partie supérieure de la pierre , et elle n’est pas bouchée , parce que la table qui est superposée, lui sert de sceau. D’autres fois elle est pratiquée soit derrière la pierre , soit dans le devant. Dans cette cavité on a coutume de garder la lettre de dédicace de l’évêque, signée de son nom et de ceux des autres prélats qui furent présents à la cérémonie , et dans laquelle on constate à l’honneur de quel saint l’église ou l’autel sont dédiés , ainsi que l’année et le jour du mois que la dédicace a eu lieu. La cérémonie est renouvelée si le sceau qui ferme la cavité de la pierre de l’autel , ou si la table qui recouvre la pierre et qui lui sert de sceau est dérangée de sa place; de même si les pierres touchant au sceau ou à la table sont déplacées ou brisées, car la consécration porte spécialement sur ces parties.

L’autel est regardé comme profané si on l’élargit tellement que sa forme originale ne se retrouve plus, puisque la forme constitue la chose elle-

même. Mais si cet élargissement n’est pas considérable, la partie qui est consacrée sanctilie la partie ajoutée, tant que les parties essentielles dont nous venons de parler conservent leur intégrité.

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