CHAPITRE IV
Discussion des diverses théories pathogéniques
1° Théorie bacillaire. — Les recherches ultérieures ont prouvé que le bacille signalé par YERSIN ne pouvait pas être considéré comme l'agent causal de la fièvre bilieuse hémoglobinurique. BREAUDAT (1) qui l’a observé, l’a identifié à un cocco-bacille apparaissant sans doute par suite d’une infection secondaire et possédant tous les caractères biologiques du coli-bacille.
2° L'hypothèse piroplasmique de SAmBon ne s’est point également vérifiée, et la présence du parasite n’a pas été constatée dans l'hémoglobinurie humaine. Il en est de même de l’amibe, petite masse claire, mobile, non pigmentée, découverte par
(1) Archives de Médecine navale, Nov. 1896.
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PLeun et qu'il différenciait dé l'hématozoaire de LAVERAN.
3° La théorie chimique de Le Danrec, basée sur l'expérience de HamBurGer et l’hypotonie du sérum sanguin, ne semble pas- jusqu'ici avoir reçu un sort plus favorablé que les précédentes. Dans le paludisme chronique, le point isotonique du sérum est en effet abaissé ; mais il n’en serait pas de même dans la fièvre bilieuse hémoglobinurique.
D’après les recherches de STEPHENS et CHRISTo- PHERS, Ce point serait au contraire relevé pendant l'accès hémoglobinurique. Il semble jusqu'ici que la déminéralisation du plasma sanguin n'a été constatée que dans l’hémoglobinurie urinaire.
4° Théorie quinique. — Cette théorie a de nombreux défenseurs et c’est à elle que le professeur allemand R. Kocx a donné, en 1898, l'appui de sa haute autorité en déclarant que tous les cas de fièvre à urines noires sont d’origine quinique. Elle est basée sur la date récente de l'apparition de la fièvre bilieuse hémoglobinurique dans la littérature médicale, apparition qui correspond à peu près à l’introduction des sels de quinine dans la thérapeutique et sur l'apparition et la disparition de l’hémoglobinurie sous l'influence de l'absorption de quinine et de la cessation du médicament. Quant aux cas nombreux où l’hémoglobinurie disparaît malgré la continuation du traitement quinique, ils ne
prouveraient point que la première hémoglobinurie n'ait pas été amenée par l'usage du spécifique.
Il n’est point douteux que dans certains cas, il n’y ait relation de cause à effet entre l'absorption de sels de quinine et l'apparition de l’hémoglobinurie. Les observations. XIV et XV semblent devoir être classées dans cette catégorie. Dans la Revue de Mé: decine du 1o juillet 1910, le D° ReyNau» cite un exemple assez concluant chez un malade arrivé de- . puis quelques jours à Marseille et provenant de la côte orientale d'Afrique. Une injection de 0,50 centigr. de quinine fut suivie une heure après d'accès bilieux hémoglobinuriques. Dans la colonie on avait déjà constaté que la quinine, même à la dose de o,r0 centigr. déterminait les mêmes phénomènes. Signalons cependant. que le sujet était fortement paludéen (paludisme démontré par la présence d'hématozoaires) et que l’hémoglobinurie survenait au cours d'accès palustres, comme une simple complication de la maladie.
Les cas d’hémoglobinurie quinique sont extrèmement rares. Sur 987 malades paludéens provenant du corps expéditionnaire de Madagascar et soignés dans les hôpitaux de la Réunion (1895-96), il n°y eut au total que 6 cas de fièvre bilieuse hémoglobinurique et sur les 6 cas, il n’y en eut aucun où la quinine put être incriminée avec certitude (D° Reynaud).
D'ailleurs, on connaît l’usage courant des sels de quinine dans certaines régions de l’Europe (falie,
Sicile, Grèce, etc.), et surtout aux colonies. On la trouve sur la table des popottes au même titre que le sel. Cette extrême consommation quinique pourrait être considérée comme une vaste expérience entreprise sur les organismes coloniaux, en vue des recherches étiologiques de l'affection qui nous intéresse. Or, l'expérience est certainement démonstrative et la conclusion de tous les observateurs est que, bien loin de provoquer l'hémoglobinurie, la quinine préventive est le meilleur prophylactique ,de cet accident.
L'interprétation des cas est, du reste, toujours fort difficile. Lorsque un individu se sent sous la menace palustre, il s'adresse aussitôt aux sels de quinine ; et alors, si une atteinte de fièvre bilieuse hémoglobinurique se déclare, une observation superficielle pourrait incriminer le médicament alors qu'il a pu n'y avoir qu'une simple coïncidence. Ajoutons qu'expérimentalement on n’a point encore réussi à provoquer l’hémoglobinurie quinique, comme on peut la réaliser dans les autres hémoglo-
binuries par intoxication, par l'acide pyrogallique par exemple, et que dans l’hémoglobinurie dite d’origine quinique, la présence de l’hémoglobine dans les urines résume à peu près à elle seule les symptômes de l'affection. Les deux autres caractéristiques : fièvre et ictère n'existent que très atténués.
5° Théorie palustre (1). — L'origine paludéenne
(1) Voir : Bérenger-Féraud, Archives d. ë Mai 1879. 8 rchives de Médecine navale. Novembre-
Le
de la maladie a été la première admise et il semble bien qu'à l'heure actuelle on ne lui ait pas opposé d'arguments bien probants. On a émis contre elle les objections suivantes : :
« La fièvre bilieuse hémoglobinurique ne fait pas son apparition au moment où les autres manifestations du paludisme apparaissent. C'est ainsi qu'elle sévit principalement pendant la saison sèche, alors qu'il y à peu ou pas de paludisme, pour disparaître au moment de lhivernage, alors que le virus paludéen acquiert sa plus grande intensité. Voilà une contradiction bien propre à surprendre les partisans les plus convaincus de l’origine maremmatique de la fièvre bilieuse hémoglobinurique » (Le DanTEc).
Cette maladie est inconnue dans plus d’un pays tropical où règne l’endémie palustre. (Manson, JEANSELME, etc.). Aux Indes anglaises, il semble qu'on ne l'ait jamais observée jusqu’à ces dernières années ; d’où l'hypothèse qu'elle y est d’introduc- Uon -récente.
« Les partisans de la nature paludique de la fièvre bilieuse hémoglobinurique pensent que cette complication survient chez des individus dônt la résistance globulaire et l'énergie réparatrice des organes hématopoïetiques ont été diminuées par une série d'accès de malaria. Mais il existe de nombreuses affections chroniques qui diminuent l’activité des organes hématopoïetiques et qui ne s’accompagnent jamais d’hémoglobinurie (anémie