‹ Du syndrome hémoglobinurique des pays chauds Sa pathogénie -- Son traitementChapitre 11 sur 35 · LOS · texte numérisé non relu

LOS

pernicieuse par exemple). (JEANSELME). » On a incriminé une virulence particulière de l'hématozoaire, mais on n’explique pas ainsi l'absence du blackwater dans des contrées éminemment palustres.

L'étude hématologique de la fièvre bilieuse hémoglobinurique ne plaide pas non plus en faveur de sa nature paludique. Sans doute, on trouve lhé- ‘matozoaire dans un grand nombre de cas ; mais ce fait lui-même n’a pas grande valeur puisque la fièvre bilieuse hémoglobinurique règne exclusivement dans des régions où la malaria est endémique.

À ces objections, on peut répondre par les suivantes : 1° La fièvre bilieuse hémoglobinurique n'existe que dans les pays où règne l'endémie palustre. Ge fait n’est contesté par personne.

2° Si elle n'apparaît pas dans tous les pays où règne le paludisme, comme aux Indes, par exemple, où les observateurs commencent toutefois à en signaler la présence, c'est qu’elle paraît plutôt en relation avec les manifestations palustres graves. C'est ainsi qu'elle est tout à fait exceptionnelle dans le Delta du Tonkin, où le paludisme ne sévit point avec intensité alors qu'elle est fréquente dans la haute région, infectée par les formes graves du paludisme. Il en est de même pour la Guyane, où la lièvre bilieuse est fréquente, sauf à Cayenne où le paludisme est très atténué et rare.

On doit conclure que le Blackwater apparaît dans

# Fe

les régions palustres et surtout dans celles où règnent les formes graves de la malaria.

3° « La fréquence de la fièvre bilieuse hémoglobinurique, par rapport à la race, s'accroît avec l’aplitude à l’anpaludation. » (CorRe) (1). C'est la race blanche, la plus sensible au paludisme qui est aussi la plus prédisposée à l'affection. Elle est pres- ‘que inconnue, chez la race nègre.

4° Au point de vue clinique, on doit reconnaître qu'elle ne frappe, dans l’immense majorité des cas, que les gens ayant subi l'infection palustre préalable. En présence d’un cas de fièvre bilieuse hémoglobinurique on peut affirmer presque, à coup sûr, qu'il existe des accidents paludéens dans les antécé-. dents du malade. Bien plus il est exceptionnel qu'elle se déclare dans les premiers mois du séjour à la colonie, c’est-à-dire lorsque l’imprégnation palustre n’a point encore envahi l'organisme nouveau de l’Européen. On la signale surtout à la fin des longs séjours ou à la suite de séjours répétés dans le milieu.

5° La base du syndrôme hémoglobinurique des pays chauds est donc une base essentiellement malarienne. D'autres facteurs peuvent jouer sans doute un rôle favorisant, l’action climatique par exemple, qui se traduit par ce que l’on est convenu d’ap- . peler l’anémie tropicale. C’est ce qui expliquerait

(1) Traité des Fièvres bilieuses et tibhoïde des pays chauds, 1887. Traité cliniqu2 des maladies des pays chauds, 1885.

LS PTREE

comment la maladie est très rare dans les pays à malaria du littoral méditerranéen dont le climat est tempéré et permet, au moins pendant plusieurs mois de l’année, une réparation de l'usure organique impossible à réaliser sous les tropiques.

6° Le fait que l’on ne rencontre pas l’hématozoaire dans le sang de tous les malades examinés n’a rien de bien surprenant. On ne réussit pas toujours à le constater dans tous les cas de paludisme avéré et où les symptômes cliniques sont cependant suffisants pour affirmer le diagnostic. D'autre part, il paraît assez normal de penser que la recherche des hématozoaires puisse être, dans certains cas, difficile et infructueuse, puisqu'ils sont généralement intraglobulaire et que le globule est détruit dans une proportion considérable (1/55). Il est probable que cette réaction hémolytique mortelle pour le globule l’est également pour le parasite. D’ailleurs il faut toujours tenir compte de ce fait, que tous les malades dont le sang a été examiné avaient pris de la quinine ; or, nous savons avec quelle étonnante facilité les sels de quinine font disparaître l’hématozoaire.

Ainsi, nous voyons, déjà, se dresser en faveur de l'origine. palustre de la fièvre bilieuse hémoglobinurique, un faisceau de preuves important et correspondant le mieux à l'étude clinique de la maladie. Les observations qui vont suivre viendront confirmer notre opinion :

AE Ex

OBSERVATION I (inédite et résumée)

(D' LASNET, médecin des troupes coloniales). Hémoglobinurie légère et vomissement hématique

D... Jean, 31 ans. Fusilier disciplinaire. Au Sénégal depuis 33 mois et compte 8 entrées à l'hôpital de Dakar, toutes pour fièvre et anémie, sauf une pour furoncles. Aurait déjà été atteint de fièvre bilieuse hémoglobinurique.

Admis à l'hôpital le 28 août 1895.

Malade de constitution vigoureuse. Les muqueuses et les téguments ont une teinte jaune pâle généralisée. Très affaibli, mais il peut encore se tenir debout et marcher. Pas de troubles de l'intelligence, ni céphalalgie. Bour- . donnements d'oreille, langue saburrale, urines bitter, température 37°8. et

Le 29 au matin, il rend 150 grammes de liquide bilieux mélangé de sang. Selles régulières. Parois abdominales souples. Rate grosse ; on la sent très bien au-dessous des dernières fausses-côtes où elle forme une tumeur arrondis et fort sensible. Le foie remonte au 4° espaze intercostal, mais ne dépasse pas les fausses côtes. Il est cependant un peu douloureux à la palpation. Temp. 36°5. .

Prescriptions : Lait, thé punché, champagne frappé, bromhydrate de quinine, 0.75 centigrammes.

Le 29 au soir, état satisfaisant. Temp. 37°2. Les urines ont changé d'aspect ; elles sont jaunes ambrées, de coloration à peu près normale.

Le 30 août, véritable débâcle urinaire. Le malade a rendu près de trois litres d’urines en 24 heures. La teinte: ictérique a légèrement diminué. }

Page 1