CHAPITRE IH
Pathogénie du Syndrôme hémoglobinurique observé dans les pays chauds
1° Une théorie que l’on pourrait dénommer bacillaire, a voulu faire de la maladie une affection à type typhoïdique dû à une bacillose spéciale. En 1595, le docteur YErsix découvrait, en effet, dans les urines des malades hémoglobinuriques un très petit bacille qui se trouvait en masses compactes dans les cellules glomérulaires et les débris de canalicules provenant du rein (1). À la suite de ces observations faites à Nossi-Bé, cet auteur écrivait que : « Conformément à l'opinion du D TrerLre, cette affection prétendue malarienne n’a rien de commun avec le paludisme ; elle n’est qu’une fièvre typhoïde plus ou
(1) Archives de médecine navale 1895.
PL ones moins modifiée par le climat sous lequel elle évolue... 11 semble donc que la quinine soit non seulement inutile mais nuisible dans le traitement de la fièvre bilieuse hémoglobinurique. » La bilieuse hématurique, dit encore le D' Treize doit être rayée du cadre malarien.
2° D’après une deuxième théorie la fièvre bilieuse hémoglobinurique serait due à un parasitisme spé: cial. SAMBoON se basant sur la ressemblance qui existe entre la bilieuse hématurique humaine et la fièvre du Texas chez les bovidés, provoquée Dar un parasite analogue à la Babesia ovis ou au Piroplasma bigeminum et déterminant de l'hémoglobinurie chez le mouton et le bœuf, émet l'hypothèse d'une infection piroplasmique. *
3° Une autre explication soutenue par le D° Le DanrTec (x), la fait dériver d’une modification du chimisme normal du plasma sanguin qui dans certaines conditions se déminéralise et devient hypotonique. Cet auteur se base sur l'expérience de Ham- BURGER. « Prenons, dit-il, deux éprouvettes n° r et n° 2. Dans l’éprouvette n° 1 versons 20 c. c. d’une solution de nitrate de potasse à 1 p. 100 ; dans l'éprouvette n° 2 versons également 20 cc. d’une solution de nitrate de potasse mais à un titre inférieur, à 0,94 p. 100 par exemple. Si dans chacune de ces éprouvettes, nous déposons 5 gouttes de sang défibriné, l'hémoglobine restera adhérente aux globu-
() Précis de Pafholegie exotique.
; : J les rouges dans l’éprouvette n° 1 ; elle va se dissoudre, au contraire, dans le liquide n° 2 qu’elle colore en rouge. On peut donc conclure que toute maladie qui tendra à déminéraliser le plasma sanguin, créera un état physiologique particulier pouvant amener l’hémoglobinhémie, c'est-à-dire la dissolution de l’hémoglobine dans le sérum. Le mécanisme de l'hémoglobinurie s'explique facilement, soit par le froid, comme l’hémoglobinurie paroxystique, soit par Faction médicamenteuse comme dans l'hémoglobinurie quinique, soit par l’hyperthermie dans la bilieuse hématurique, que cette hyperthermie re- lève d’un accès paludéen, d’un embarras gastrique ou d’une marche prolongée au soleil. »
Ainsi donc, dans l'hypothèse de M. Le Dantec c’est en définitive une cause physique qui est la déterminante de l’hémoglobinurie, le froid dans l’hémoglobinurie paroxystique, l’hyperthermie dans la fièvre bilieuse hémoglobinurique, entraînant comme corollaire la déminéralisation du sang.
4° Une quatrième théorie, la théorie quinique en fait une intoxication provoquée par le médicament. Cette théorie, dont Kocn est un des défenseurs les plus convaincus, à vu le jour aux Antilles, en Grèce et en Italie. Chez les médecins créoles une opinion encore répandue aujourd’hui est d'imputer à l’action nocive de la quinine, la plupart des cas de fièvres à urines noires qu’ils observent. Les observalions faites en Grèce par BERETTAS (1858), PAPABA-
siLos (1861), en Italie par Tomasezrr (1876) (1), dans les colonies françaises (CARREAU, YŸERSIN, Dumas, MarcHoux, etc.) et allemandes (Kocx, EwaALp) tendent à attribuer une influence prépondérante à la quinine dans la genèse des accidents hémoglobinuriques.
5° Enfin une des théories les plus vieilles et à laquelle se rallient actuellement encore un grand nombre de médecins ayant observé les maladies des pays chauds, est celle qui attribue au paludisme un rôle prépondérant et en fait l’auteur uniquement responsable de la fièvre hémoglobinurique.
(1) La infossicazione clinica et l'infezione clinica. Catania 1897.