CHAPITRE V
Aperçu général sur le mécanisme de la fièvre bilieuse hémoglobinurique, tiré des notions qui précèdent.
À l’aide des faits que nous venons de classer et de décrire, nous croyons qu’il est maintenant possible de concevoir un mécanisme pathogénique convenable, de la fièvre bilieuse hémoglobinurique.
Il ne serait pas logique tout d’abord de ne point tenir compte des facteurs climatiques, qui sont comme les antécédents obligatoires qui doivent se poser toutes les fois que l'on envisage les maladies de l’exotisme. Dès que l’'Européen pénètre sous les latitudes tropicales, il est soumis à une lutte défensive contre le milieu qui lui impose un incessant surmenage. Toutes ses ressources physiologiques : les fonctions rénales, hépatiques, spléniques, diges-
tives, etc., s’emploient à la fois pour réaliser le dur labeur de l'adaptation.
C’est sur cet organisme déjà si menacé, que vient s’abattre l’'endémie palustre et y inscrire à son tour ses marques tenaces et redoutables. Elle bouleverse le régime circulatoire, altère les organes glandulaires de défense et de réparation, s’acharne sur le tube digestif dont elle compromet les sécrétions physiologiques et sur le système nerveux lui-même dont la souffrance se traduit par des troubles névritiques, une hyperexcitabilité spéciale, parfois même par une destruction temporaire de la personnalité psychique.
Tel est le terrain sur lequel vient se constituer la fièvre bilieuse hémoglobinurique.
En effet les observations cliniques démontrent qu'elle n’est point une de ces manifestations morbides qui surprennent l'Européen dès son entrée dans la zone tropicale, mais qu’elle survient presque toujours chez des individus qui y ont fait des séjours répétés ou qui y sont au moins depuis plusieurs mois et qui ont subi, au préalable, l'imprégnation palustre. Le blackwater est essentiellement la maladie des vieux coloniaux, de ceux surtout qui ont subi des atteintes graves climatiques ou palustres.
La question du terrain posée, existe-t-il un agent morbide spécial, capable de provoquer la maladie ? Jusqu'ici, on doit convenir que toutes les recherches poursuivies dans ce sens sont demeurées in-