CHAPITRE V
Pronostic et Traitement
Le pronostic est avant tout fonction du traitement.
Dans tous les cas d’ophtalmoplégie totale d’origine spontanée, et sans attendre les résultats des examens de laboratoire, même s’il est impossible de retrouver des traces de spécificité ancienne, on devra faire une thérapeutique antisyphilitique. Il est évident que plus tôt ce traitement sera institué, plus de chances on aura de voir se rétablir les fonctions motrices, sensitives et visuelles.
Dès les premiers jours, les céphalées diminueront d'intensité pour disparaître d’une façon complète et définitive au bout d’un ou deux septenaires.
Vite la paupière supérieure parviendra à se soulever légèrement, la dilatation pupillaire sera moins marquée et les mouvements du globe reviendront lentement mais progressivement jusqu’à récupération de leur amplitude normale. De même l’anesthésie kérato-conjonc-
LUN | vies
tivo-tégumentaire disparaîtra peu à peu. Mais il faudra parfois plusieurs mois de traitement suivi pour arriver à une restitution complète des fonctions motrices et sensitives.
Dans le syndrome de l’apex orbitaire, on fera les plus grandes réserves en ce qui concerne la vision, étant donné la fragilité du nerf optique. Malgré le secours de la thérapeutique et même en l'absence de lésions ophtalmoscopiques, on ne peut pronostiquer en aucune façon la perte définitive ou le retour de la fonction sensorielle et, dans ces cas, vingt ou trente jours après le début de l’amaurose apparaîtra fréquemment une atrophie blanche de la papille, résultat évident d’une névrite rétro-bulbaire.
Tous les spécifiques de la syphilis pourront être utilisés. Toutefois, il s'agit ici de lésions tertiaires et si le malade n’a jamais été traité antérieurement, il sera sage de ne pas débuter par des corps aussi actifs que les arsénicaux, par crainte d’une réaction d'Herxheimer possible. On portera son choix sur le cyanure de mercure ou, ce qui est préférable, le bismuth, dont on fera plusieurs séries. Entre ces séries, on administrera de l'iodure de potassium à la dose de 4 à 10 grammes. Ce sel sera bien toléré si l'on prend la précaution de lui adjoindre de la belladone.
Le traitement devra être poursuivi longtemps, même après disparition complète des paralysies.
Observations
Nous groupons nos observations en :
1° Cas d’ophtalmoplégies sensitivo-motrices, c'est-àdire syndrome de la fente sphénoïdale ou syndrome incomplet de l’apex orbitaire, et nous en rapportons deux observations, dont l’une personnelle. Ce sont les Obs. I et.Il.
2° Cas d’ophtalmoplégie totale sensorio-sensitivo-motrice ou syndrome complet de l’apex orbitaire. Nous en relatons cinq observations, dont une inédite. Ce sont les Obs. III, IV, V, VI, VII.
OBSERVATION I (Inédite. Clinique de M. le Professeur ROLLET)
Syndrome syphilitique de la fente sphénoïdale (ophtalmoplégie droite totale sensitivo-motrice).
B.. Joseph entre le 18 janvier 1927 à la clinique ophtalmologique. Cest un homme de 55 ans bien constitué et n’ayant eu aucune maladie grave dans sa jeunesse.
En août 1918, il contracte la syphilis (chancre de la verge suivi de roséole et de plaques muqueuses buccales). On lui fait trois injections et il abandonne son traite-
ment.
Fin décembre 1919, le malade fait une chute sur la tête dans un escalier et, peu de temps après, présente des troubles de la vision à gauche.
Il est soigné dans le service en janvier 1920 pour une irido-choroïdite spécifique de l’œil gauche et pour une iritis dont le début remonterait au mois d’août 1919. À
ce moment :
LO'GV=0; Fond d’œil inéclairable à gauche.
18 janvier 1927. — Le malade revient dans le service
parce que, depuis le 6 janvier, il souffre beaucoup de la tête, surtout la nuit, il a mal aux yeux et sa paupière supérieure droite tombe.
Examen de l’œil droit :
Ptosis, paralysie complète du droit externe et du droit supérieur. Le malade peut ébaucher de légers mouvements en bas et en dedans sans que l’on puisse spécifier quelle est la participation respective du grand oblique et du droit inférieur dans ces mouvements. Les pupilles sont inégales et réagissent faiblement à la lumière. Le réflexe à l’accommodation est conservé. Exophtalmométrie : O.D.—13 m.m.; O.G.—14 m.m. 1/2. Hypoesthésie très marquée de la conjonctive et de la cornée, de même que dans tout le domaine cutané de l’ophtalmique droit. Pas de modification sensible dans le domaine des nerfs maxillaires supérieurs droit et gauche. L'épreuve à la cocaïne donne une dilatation minime du côté paralysé indiquant une parésie probable du sympathique.
M. le Professeur Rollet fait le diagnostic de syndrome syphilitique de la fente sphénoïdale et établit un traite-
ment spécifique. On fait une injection de Quinby tous les deux jours.
19 janvier.
Analyse du liquide céphalo-rachidien :
Albumine : 0 gr. 60 pour 1000:
Sucre : normal:
sPirise
Cytologie : 90 lymphocytes par millimètre cube; Wassermann : très positif.
Photographie le 29 septembre 1927