OBSERVATION IV (ROCHON-DUVIGNEAUD
Ophtalmoplégie sensitivo-motrice totale avec cécité par syphilis acquise
Baptiste V.., âgé de 29 ans, n’a fait aucune maladie sérieuse dans sa Jeunesse, mais a contracté la syphulis au mois d'aout 1888. il a été soigné pour un chancre dans le service du docteur Mauriac, dans le Midi. Après un traitement de 5 mois par les pilules de protoiodure et l’iodure de potassium les accidents secondaires ont disparu. De 1889 à 1894 il n’a rien éprouvé de particulier.
Il se présente à la clinique du Docteur Lefèvre le 17 novembre 1894. Sa paupière gauche est complètement fermée. Le malade raconte qu’il a été pris, pendant la nuit du 7 au 8 novembre, de douleurs de tête insupportables qu’il localisait dans la tempe gauche.
Le lendemain, il a remarqué que sa vue était assez affaiblie. En même temps son œil s’ouvrait difficilement.
Tous ces phénomènes se sont accentués jusqu’au jour où il se présente à la clinique.
Examen du malade le 17 novembre 1894 : Pas de fièvre. Il est un peu pâle et affaibli. Localement nous remarquons un ptosis complet paralytique de l’œil gauche; la paupière, souple, se laisse relever sans résistance, ne présente aucun signe d’hyperhémie. Le globe reste immobile de tous les côtés. La pupille est extrêmement dilatée, et sans aucun réflexe même consensuel. |
Aucun trouble circulatoire du côté de l’œil et le malade affirme que jamais son œil n’a été rouge. V. ne peut distinguer les doigts à quelques centimètres de dis-
RO Vies
tance et c’est à peine si la lumière électrique impressionne sa rétine.
Au palper, rien du côté de l'orbite ne décèle la présence d’une tumeur et l'œil est parfaitement refoulable, mais on provoque une douleur. |
De plus, la cornée est insensible, le cul-de-sac supérieur, la paupière supérieure, le territoire innervé par le sus-orbitaire et le nasal paraissent complètement anesthésiés. Dans toutes ces régions la pointe d’une aiguille ne provoque aucune douleur.
A l’ophtalmoscope, stase papillaire. Il s’agit donc: d’une tumeur comprimant les nerfs à leur passage dans la fente sphénoïdale, mais on n’observe pas d’exophtalmie. On fait le diagnostic de périostose de la fente sphénoïdale et du trou optique d’origine syphilitique. On prescrit au malade des frictions mercurielles et de l'iodure de potassium.
Le malade est revu le 26 novembre. Les douleurs de tête ont notablement diminué, le ptosis est encore à peu près complet, la sensibilité frontale et palpébrale commence à reparaître. Même traitement.
18 décembre. — Les douleurs ont complètement disparu. La paupière se soulève légèrement, la sensibilité paraît entièrement revenue, mais la vision est nulle.
7 janvier. — Disparition des phénomènes paralytiques, mais cécité absolue de l’œil gauche.
Depuis, le malade n’a pas été revu.
OBSERVATION V (ROCHON-DUVIGNEAUD)
Ophtalmoplégie sensitivo-motrice totale avec cécité par syphilis acquise
L... Charles, âgé de 32 ans, se présente à la consultation du professeur Panas le 31 juillet 1895; il est brun, petit, bien constitué, exerce le métier de fondeur.
Il a eu un chancre induré à la verge 10 ans auparavant, qui a duré trois mois. Les accidents secondaires ont été manifestes : plaques muqueuses à la gorge et à l’anus, roséole généralisée. Après un traitement de trois mois (sirop de Gibert) ces accidents ont entièrement disparu. Depuis il n’a pas eu de maux de tête et s’est toujours bien porté.
Au début de juillet 1895, c’est-à-dire un mois avant son arrivée à l’Hôtel-Dieu, le malade a remarqué qu’il voyait double. 15 jours plus tard, chute de la paupière à droite et céphalalgie intense. Quelques vomissements.
Etat du malade le 31 juillet : Ptosis complet à droite avec légère contracture du facial correspondant. Impossibilité absolue pour le malade de communiquer - le moindre mouvement d’élévation à la paupière supérieure droite, même par la contracture du frontal.
En soulevant la paupière (la pression du doigt détermine un réflexe d’occlusion) on trouve le globe oculaire complètement immobile, sauf une petite oscillation à peine appréciable dans le sens d’action du droit interne. Pas d’exophtalmie et pas de troubles circulatoires apparents.
L’œil est parfaitement refoulable. On n’observe, à la pression des parties molles de l’orbite, aucune sensation d’épaississement ou de tumeur, mais on provoque une légère douleur.
La papille n’est pas beaucoup plus grande que celle de l’œil sain. Les réactions consensuelles se font lentement mais à peu près complètement. Pas de réaction directe à la lumière. Mais la pupille se dilate quand on ferme l’œil sain, ce qui est en rapport avec la cécité de l’œil droit. Légère oscillation pupillaire dans l’essai de convergence, non suivi d'effet, du reste.
Anesthésie cutanée dans toute la région de la suture fronto-pariétale, descendant du crâne vers la queue du sourcil. La paupière inférieure est incomplètement anes-