CHAPITRE VUI
Puissances prépondérantes en Europe.
On a beaucoup abusé de ce mot ; rien n'est plus commun que d'entendre doter de cet attribut des états auxquels il n'appartient sous auf un rapport. Toute méprise est bonne à éviter, à corriger, surtout quand elle peut avoir des suites fâcheuses^ et, ,d?ns la question actuelle, quelqu'unes ne sont pas sans danger.
La puissance est de deux espèces, absolue ou rrfativev
Par la première, il y gt supériorité envers tout pouvoir étranger, et force suffisante pour agir uniquement d'après soi-mêmCi
Par la seconde, il n'y a que supériorité relative, c'est-à-dire que sur des inférieurs, et liberté d'action complète que daas certains cas.
D'après l'exposé tracé dans cet écrit , l'Eu-^ rope ne compte que deux puissances auxquelles l'attribut de la prépondérance ne peut être contesté : ce sont l'Angleterre et la Russie. Chacune d'elles, sur son élément, et d'après la nature des forces dont elle dispose , ne reconnaît ni égalité ni supériorité , vet pat
( 5o ) conséquent chacune^ dans toutes ses actions^ peut ne prendre conseil que de ses intérêts propres. Qui peut atteindre^ restreindra^ intimider ou dépouiller Tune d'elles? toutes les deux sont placées dans une sphère au-dessus de toute atteinte* Les puissances supérieures, aprèss elles, aùnt rAutriche et }a France; mai^ cette supériorité , par le nouvel état de l'Europe , nlen fait point des puissances pr^Myi-** "déntntes dans cette contrée. L'Autricke re»* contre un supérieur dans la Russie, un égal dans la France, et même, sousquelquei raf^rts, daufr la Prusse (i).Xa France ne peut pas soutenir la comparaison avec l'Angleterre sous les rapports maritimes; elle trouve un égal dans F Autriche, et au moinsmue gâne dans la Prusse. Sûrement la France renferme tous les moyens propres à assurer son indépendance; mais autre chose est de pouvoir se garantir, autfe chose, de l'emporter sur tous les autres. Or, c'est de cette supériorité qu'il s'agit dans la que^on qui nous occupe. Ceux qui disent encore que la Franée est une puissance prépondérante, usent donc d'une locution qui p'est plus à la mesure des ehoses actuelles ; certainement depuis une
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• (i) On l'amrsotts. Frédéric
Idngue suite de siècles , la France a été là Jouissance prépondéi^ante^ le régulateur même de l'Europe i on peut aller jusque là./ témoin^, les temps de Louis XIY et de Napoléon. Les forces naturelles de cet état^ ses admirables avantages de situation^ de population^ d'unité de territoire > de langage^ de gouvernement > d'esprit 9 qnatid ils étaient mis convenablement à profit^ étaient propres k diônner à la France toutes les réalités de la prépondérance politique. Fi*édéric disait d'elle que s'il était roi de France > oit ûe tirerait pas un coup de ca^ non étl Europe sai:is sa ^ermis^on ; ce grand komme > en parlant ainsi , obéissait au double sentiment dé sa force pt^apre> et à celui qtie la vue des attributs de la France lui inspirait» Mais nous ne sommes plus au temps de Frédéric; l'Angleterre et la Russie ne sont phis aux lieux où il les voyait ni où il les a laissées. Quel Cbemiu n'ont^elles pas fait depuis ce temps ? L'Antricbe et la France ne pos^ sèdent plus également <|u'iliie prépondérance relative , sur des voisins plus faibles qu'elles ; ainsi l'Autridié est prépondérante en Italie ^ en Allemagne sur la Bavî^e, le Wurtemberg^ ellfe l'est ausEfi sur la Turqtiie : tous deê étatâ lui sont inférieurs. De même là France est prépemdé^
( 52 ) rante à l'égard de la Sardai'gne^ derEspagne/ du royaume des Pays-Bas, et même de la Prusse, prise isolément. De même encore, dans une alliance formée de ces états inférieurs , la grande supériorité de deux premiers états sur leurs associés leur donnerait une prépondérance décidée sur eux; mais elle s^arrêteraitlà, et disparaîtrait tout-à-fait vis-^à-vis des prépotences réelles de l'Angleterre et de la Russie.
Ceci parait suffisant pour fixer convenablement l'état de la question , et remettre chaque chose à sa place. Prépondérer est peser plus que tout objet sembji^ble; or, il est évident que cela appartient, chacune datfs son genre ^ à la Russie et à l'Angleterre, mais à elles seulement.