‹ Du système permanent de l'Europe à l'égard de la Russie et des affaires de lChapitre 9 sur 19 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Ze Dïmernarck et la Suède y par rapport la Russie.

Ces deux états sont très peu puissafns par eux-mêmes , et leur position à l'égard de la Russie est fort contrainte ; ensemble ou sépa^ rément , ils ne peuvent rieù contre elle et sont exposés à tous ses coups. Ils ne peuvent être défendus contre la Russie que par l'Europe ; car par eux-mêmes ils sont impuiss^ns à le faire. La possession de la Finlande a porté la Russie sur la frontière septentrionale de la Suède proprement dite; l'occupation de File d'Aland menace la capitale : la Suède est donc domi-*

née par la Russie , de manière a avoir beau--coup- à craindre d'elle , tandis que celle-ci ne peut en recevoir aucun dommage. La flotte russe peut être supérieure a la flotte suédoise;

• et en véritç, si Ton demandait à la Suède et au Danemarck de montrer en quoi leurs flottes leur sont utiles ^ une réponse satisfaisante de

.^ leur part serait fort difficile à faire. Dans le système défensif européen contre la Russie;^ l«i Suède et le Danemarck acqirièrent quelque importance; ces deux états doivent faire partie de l'alliance et soutenir les autres, pour être soutenus par eux à leur tour. Des considérations personnelles ne doivent pas les retenir; pour eux, comme pour les autres, il n'y a de salut que dans le salut commun. Quand tout sera subjugué ou tremblant sur le continent, où sera leur sûreté et leur indépendance propre ? Plus on creuse cette question , plus on y trouvç l'absolue nécessité de l'alliancQ intime de toute la communauté européenne.

Dans cette revue des forces de l'Europe , on ne fera pas entrer l'Espagne , le Portugal ni l'Italie. Par sa position, le Portugal est si loin de l'Europe politique , qu'il figure à peine dans cette contrée; avant ce temps, on le trouvait plus au Brésil qu'en Europe Depuis un demi-siècle, il

eti était de même de l'Espagne pour rAniériqtie; ses affaires étaient là. Le rempart de la France couvrait l'Espagne contre l'Europe, qui d'ail^ leurs n'avait rien à démêler avec elle. Dans les guei'res de ij56 comme dans celle de l'indépendance de l'Amérique , l'Espagne vint chercher des coups dans des querelles où elle n avait rien à voir ni à gagner. La politique de ce pays* à l'égard de l'Europe, et celle de l'Europe au sien, a toujours été mal entendue. Le pacte de famille, fort célébré dans son temps, fut une aberration dont les résultats ont été désastreux pour l^pagne et infructueux pour la France ; suite inévitable de tout traité dont la base est prise hors de la nature véritable des choses. L'Espagne et le Portugal sont des appendices territoriaux de l'Europe, mais ils n'y tiennent point par la civilisation; la leur est encore de l'Afrique, comme le sang de leurs habitans, et leurs terres sont aussi de cette contrée , sous plusieurs rapports. L'Espagnol se mêle avec répugnance aux autres peuples ; il se refuse aux amalgames, aux amendemens, à ce qui pourrait polir sa rudesse naturelle. Un grand nombre de causes ont contribué à faire des Espagnols un peuple à part. La dynastie autrichienne avait abîmé FEspagne, la dynastie des Bourbons avait

allégé quelques maux. Depuis la tnort de Charles m ^ prince vénérable, l'Espagne n'a plus été qu'un sujet de scandale et un fardeau pour les autres. Dans ces derniers temps , ce malheureux pays n'existe que pour se tour* menter lui-même et occuper désagréablement les autres, quand ce n'est pas dispendieuse-' ment. On sent bien qu'un état gouverné de cette manière ne peut être compté dans la balance générale de l'Europe ; avant de pouvoir exister pour les autres, il faudrait qu'il existât d'une manière certaine pour lui>-même, et son existence actuelle est un chaos, que tout tend à épaissir, au lieu de l'éclaircir.

Il n^en serait pas de même de l'Italie, sans le morcellement de cette contrée dans un grand nombre de petites souverainetés, qui annulent la patrie des anciens maîtres du monde. La souveraineté temporelle des papes a faussé dépuis des siècles, et peut-être à jamais, l'état de l'Italie. Pour défendre cette puissance, qui était faible , les princes temporels de Rome voulurent s'entourer de petites souverainetés semblables à la leur propre ; on les vit passer continuellement de ralliance de l'Espagne à celle de la France, et de celle de la France, revenir à celle de l'Espagne. Ces alternatives prove-

( 47 ) 'A.^ieiit dVpe cause uniforn^e, le désir d éloigner U domination de plus forts queux. Quand Jules II disait^ Chassons les barbares français et allemands^ il parlait moins encore en italien qi^'eji pape qui se sentait trop faible contre les premier^ , et assez fort contre un entourage de petits souverains^ tels que les princes de Toscane , d'Urbin , de Modène , de Milan , et les républiques de cette contrée. C^e partage de l'Italie l'a énervée^ et la rend complètement inutile à l'Europe. Aussi ^ à défaut d'unité , depuis ' Charles y III , a-t-eUe été envahie par qui a voulu s'en passer la fantaisie ^ et si aucun ne s'y est établi solidement jusqu'au congrès de Vienne, qui en a fait i;ne province vassale de l'Autriche, cela est venu, non pas d'elle-même, mais de la jalousie des plus puissans qui se sont exclus mutueUement de cette possession.

Napoléon n'eut que la moitié d'une idée en érigeant un royaume d'Italie avec la seule haute Italie. Ce n'était pas à Saint-Cloud qu'il fallait faire un roi de Rome, mais à Rome même. Puisque le sort lui avait livré l'Italie , il fallait accepter le don dans toute son étendue, rappeler ce pays à l'unité politique indiquée par l'unité du sol , du sang , des moeurs , du langage , et réparer dans un jour le désordre

de plusieurs siècles. Il semble qu'un hoinuie de ce gëni€ devait toujours jeter en bronze , faire tout d'un ^eul jet , en laissant au vulgaire les constructions partielles. C'est un grand malheup^ lorsque mentant^ pour ainsi dire^ à sa propre nature, un homme de génie retombe dans les atermoiemens, confie au lendemain ce qu'il peut faire le jour même ; ou bien encore lorsque le succès interposant entre les objets et sa vue un voile décevant, par une illusion 'flatteuse pour l'orgueilleuse faiblesse de son cœur , lui fait oublier que l'avenir n'est point Tapanage d'im simple mortel, que la destinée est plus forte que lui, que la fortune a des caprices supérieurs aux projets les plus solides en apparence, et que , dans sa course, le temps emporte les hommes et leurs plans. Avec ces pensées toujours présentes à l'esprit, l'Italie serait une et utile à l'Europe, ei il n'y aurait pas de Sainte-Hélène.

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