‹ Du système permanent de l'Europe à l'égard de la Russie et des affaires de lChapitre 14 sur 19 · CHAPITRE Xlir · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlir

Mot de Napoléon.

Dans cinquante ans VÈiirope sera cosaque ou république, r.

Ceux €\m ont approché Napoléon savent , .

i^ qu'il usait habituellement du mot de Cosaque au lieu de celui de Russe; ainsi il a voulu dire que TEurope serait russe ; 2^ que les locutions bizan^es lui étaient familières , mais que sous une enveloppe souvent étrange, presque toujours , elles cachaient un sens profond; 3^ que son génie excellait dans ces aperçus rapides, lointains*, et dans un germe lui découvrait tous ses développemens. C'était un des attributs principaux du génie de cet homme extraordinaire : voir plus vite, plus haut, plus loin que tous les autres.

La singularité de ce mot , je ^e 1q dissimule pas, m'avait détourné de m'en occuper; les év^nençiens , î^vec leur urgence, m'y ont ramené : j'ai cru en reconnaître le fond, et il m'a paru profond, U a été inspiré par deux pp^sidé-

(76) raûoQS également justes ,• i ^ Napoléon était singulièrement frappé des conséquences inévitables de la*puissance russe; il sentait tout le poids dont elle s'apprêtait a peser sur l'Europe ; il la voyait immense en territoire, en population^ inattaquable sur ses flancs, inaccessible par son climat ^ toujours prête à verser ses armées sur l'Europe ; il avait terrassé la garde impériale russe dans les champs d'Austerlitz , il la retrouva sous les murs de Dresde, sur les hauteurs de Paris. liorsqull avait le pouvoir^ il voulut le faire servir à l'affranchissement de rEufopCy en recréant la Pologne, ce qui était rejeter la Russie en Asie. Là finissaient les dangers pour VEuf ope. Jamais idée plus vaste ni plus salutaire pour l'Europe n'avait été conçue. :^'. Napoléon avait acquis un grand usage de la diplomatie européenne. Il avait la connaissance de ses préjugés, de ses faiblesses, de ses intérêts, de ses divisions. En comparant toutes ses infirmités et ses déliaisons avec la masse com pacte de la Russie, avec l'unité de ses vues, de ses intérêts, de sa direction, il apercevait une grande disproportion entre les deux parties , et rien n'était plus juste. Passant de là au sentimenlque le défaut d'une garantie suflisante était propre à inspirer aux habitans du continelat, il

( 77 ) eu concluait : i^que les gouvernemens actuels étaient trop faibles pour se défendre du joug de la Russie; :î**que l'énergie républicaine était seule capable de protéger les petiples contre elle ; 3* que le besoin de cette défense pourrait les porter £ rechercher en eux-mêmes les garanties que leurs gouvernemens ne leur offriraient pas. Abandonnant Fexamen de la justesse de la pensée y je me borne à en rechercher le sens , et celui que je crois y avoir découvert ne parait pas manquer de probabilité (i).

(i) J'ai souvent entendu Napoléon s'expliquer ainsi à l'égard de la Russie; et quand il lui plut de m'assocter à l'exécution de ces projets, en me confiant l'aml^assade de Varsovie , il m'exposa et m'exprima sa pen* sée à cet égard ^ avec une fermeté qui était un sûr garant de sa sincérité. Mais plus Napoléon voulait écarter la Russie de l'£urope , plus l'empereur Alexandre et son peuple voulaient y rester ; ainsi la question entre les deux contendans était celle-ci : Ja Russie sera-t-elle. de r Europe ou seulement de VAsie ? La querelle , comme on l'a si mal jugée > n'était pas entre deux hommes , mais entre deux choses : être ou n'être pas de l'Europe, C'est le sentiment des conséqijiences de cette alternative^ qui a fait embrasser à la Russie et qui lui a fait supporter anec tant de persévérance la dure carrière dans laquelle elle entra alors. Elle you-

Digi.tized by VnOOQ IC

Page 1