‹ Du système permanent de l'Europe à l'égard de la Russie et des affaires de l'OrientChapitre 18 sur 24 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Impôt mis sur iEurope par la Russie.

lia France vient d'ajouter , aux frais de son armemement ordinaire, une somme de 80,000,000 fr. D'où provient cet accroissement de dépense? De la nécessité de se pré-

lait rester de V Europe; elle a tout sacrifié dans ce bnt; elle l'a obtenu. Et ce qu'il y a aussi de bien remarquable , c'est qu'un bomme de génie, tel que Napoléon, lui qui avait si bien jugé que l'empire du continent se Ixilançait entre l'erapei^ur Alexandre et lui , ait pn tomber dans une méprise pareille à celle qu'il a nourrie comme à plaisir , et qui l'a précipité dans l'cxpé* dition de Russie; et cette méprise était celle de borner le principe de la résistance de la Russie au caractère personnel d'Alexandre, au lieu de le placer dans la nature même de la puissance russe , qui devait résister à son effacement en Europe. Napoléon, qui accordait beaucoup d'estime aux qualités du cœur de l'empereur Alexandre, ne prisait pas également ia force de son ca* ractère. Vingt fois il a répondu à mes observations sur la guerre de Russie : Je connais Tempereur Alexandre, il est faible. Il allait jusqu'à dire: Il se mettra à genoux

( 79) parer, eu cas d événement , contre les prétentions de la Russie. Ici, je ne prends la France que comme exemple, comme nominatif, pour faire mieux comprendre ma pensée. Dans notre civilisation, il^n'y a rien d'isolé entre les peuples; ils réagissent sans cesse les uns sur les autres. Chaque bataillon levé chez l'un en fait fait lever un autre chez ses voisins : ainsi le veut le maintien de la sûreté réciproque. Les barbares du Noi*d, qui ont fait la civilisation

quand il me verra à Moscou ; il ne supportera pas l'idée de la prise de sa capitale. Cest sur cette donnée , op peut en être sûr^ qu'il s'est décidé à son expédition. Je prendrai Moscou, je brûlerai Toula (c'est le grand arsenal de la Russie) , voilà la Russie désarmée. Telles étaient liabituellenient ses paroles ; du reste , il voulait fermement la Pologne intégrale, et si la Russie eût fait la paix, il l'aurait eue. Ce rétablissement était arrêté •dans son esprit. Du reste , il ne prétendait pas retrancher à la Russie un village au-delà de la Duine et du Borystbëne. Tout ce qui a été dit de contraire à ce qui est consigné ici, est dépourvu de vérité. Alexandre et Napoléon sont morts*, la liberté, que les convenances restreignaient à d'autres époques, est rendue par leur entrée dans le domaine de l'Histoire. Cellevci , pour ne pas s'égarer, doit s'écarter de tout récit contraire à celui qui est ici tracé.

ilu coutineut, vivaient toujours eu armes. Les particuliers se modelaient sur la société générale , et ne se séparaient pas de leurs armes. De là la fureur des duels ^ et, sur une plus grande échelle , la fureur des combats ^ et tou-. jours pour la même raison, le port dormes continuel. Les armées sont devenues permanentes ; leur nombre n'a plus connu de bornes: c'est à qui en réunira la plus forte masse.

Louis XIV élève son militaire à un degré inconnu en Europe ; celle-ci lui en oppose un supérieur y et peu s'en fallut qu'il ne pajât chèrement les trente années de sa supériorité. Napoléon a fait de même ; il a trouvé une opposition encore plus forte, et une fin encore plus dure. Dans le temps actuel , la Russie effraie TEurope par la montre de son million de soldats, par la force de son organisation militaire. Pour le soin de leur sûreté propre, le» ■autres états forcent leurs moyens naturels pour se rapprocher, autant que possible, de l'état militaire qui les menace. La Prusse et l'Autriche , par des moyens divers plus ou moins économiques, ont cherché à se ménager des moyens de défense contre les attaques qu'elles peuvent craindre.

Voilà donc que , par le seul fait de l'exagé-

ration des forces d'un senl , tous se trouvent grevés, eX par suite imposés. On n'a pas de soldats sans argent; et plus on a de soldats, moins on a d'argent disponible. La Russie compte près d un million de soldats ; le reste de l'Europe eh renferme environ 1,200,000.

L'impôt foncier de toute l'Europe ne suffit point pour entretenir bien pauvrement cette masse armée, oisive , et qui forme un retrait à toutes les professions lucratives. La France emploie pour son militaire actif 200,000,000 fr.; pensions et traitemens militaires, 47^000,000 fr.; pour la légion d'honneur, presque toute affectée au militaire, 10,000,000 fr. Ce fardeau est énorme. Voilà qu'un mouvement de la Russie vient d'y faire ajouter 80,000,000, qui deviendront une charge permanente ; car il est bien évident que le gouvernement français voudra tenir des forces suffisantes en état d'agir suivant les circonstances ; et il est bien évident encore que l'aspect du pouvoir, qui dans ce moment force à cet armement, agira continuement, et qu'on se sentira obligé de proportionner ses moyens à ceux que la Russie pourrait déployer. Eh bien , le budget militaire de la France dépasse le montant de son impôt foncier? Trente- trois millions d'hommes doivent

travailler^ sacr, se priver, porter le fruit de leur travaux à moins de Soo^ooo soldats. Et qui cause et cootiDuera de causer cette surcharge ? La Russie , avec ses immenses armées^ ministres de ses volontés et peut -être de ses fantaisies. On ne peut pas s'abandonner sans gai^anties à celles-ci ; le seul moyen d'en diminuer la rigueur est d'être en mesure de leur résister. Mais pour le faire, il faut scanner à l'instar de la Russie, proportionner ses armemens propres aux âiens ; mais comme cela ne se fait qu'avec de l'argent , et comme l'aient ne provient qpe de l'impôt, il s'ensuit, par une conséquence forcée , que l'exagération de la puissance russe retombe en impôts sur l'Euvope > et que , par là,, partout, quoiqu'on en )ai dit, le budget est de nature à ne pouvoir être refusé. D en est de même à Tégard de l'Angleterre : quand cm bâtit un vaisseau 1i Portsmouth , on en construit paraUèleilient un à Brest. Ainsi TAni^eterre concourt, par sa prodigieuse marine, au budget de la marine française , conune la Russie , par ses immenses armées, contribue au budget fran» çais, à l'article de la guerre.

FHf DE LA PAEMIÂRE PARTIE.

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