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CHAPITRE III

De la grandeur «les États.

Un État, pour se trouver dans les circonstances les plus favorables , doit se tenir resserré dans de justes limites. Dans un corps trop grand, la vie circule avec peine jusqu'aux extrémités; l'administration devient difficile; le gouvernement se trouve insuffisant pour prévenir tous les besoins; il faut employer un nombre considérable de rouages intermédiaires qui compliquent la machine et l'empêchent de fonctionner avec harmonie et promptitude.

D'une autre part , un État trop petit ne peut protéger ses membres avec toute l'efficacité désirable ; il devient , sous beaucoup de rapports, tributaire de ses voisins , en sorte que les bénéfices que les individus sont en droit d'attendre de l'État, deviennent à la fois très-problématiques et très-onéreux.

Il arrive aussi que les États trop resserrés sont dans l'impossibilité d'exécuter de grandes choses qui , en dehors des avantages qu'en retirent les particuliers , servent encore au bienêtre de l'humanité.

« Comme la nature a donné des termes à la stature d'un homme bien conformé , passé lesquels elle ne fait plus que des géants ou des nains, il y a de même, a dit J. J. Rousseau (1), eu égard à la meilleure constitution d'un État, des bornes à l'étendue qu'il peut avoir, afin qu'il ne soit ni trop grand pour être bien gouverné , ni trop petit pour pouvoir se maintenir par luimême. Il y a , dans tout le corps politique , un maximum de force qu'il ne saurait passer et duquel souvent il s'éloigne à force de s'agrandir. Plus le lien social s'étend, plus il se relâche ; et, en général, un petit État est proportionnellement plus fort qu'un grand. »

Les preuves que le philosophe genevois apporte à l'appui de son opinion, sont exposées avec force et précision. Il serait, du reste, impossible , comme on le conçoit , de fixer une grandeur absolue qui devrait être appliquée également à tous les États. Cette uniformité parmi les peuples serait moins naturelle encore qu'une uniformité de grandeur parmi les individus ; c'est qu'en dehors des convenances qui règlent les limites, il faut consulter encore d'autres éléments, tels que le territoire, les mœurs , la religion.

(1) Contrat social, chap. ix.

Un peuple dont le territoire borde la mer, et qui, par ses vaisseaux, peut, en quelque sorte, s'étendre indéfiniment, sentira moins le besoin de reculer ses limites du côté de la terre. S'il se trouve resserré au milieu des montagnes , il se bornera à ses frontières naturelles , sans chercher à en établir de conventionnelles, dont la conservation serait moins sûre.

Si des circonstances fortuites présidaient seules à la formation des États et en fixaient les limites, on arriverait à cette conséquence remarquable qu'il existerait en définitive une grandeur moyenne appropriée aux besoins des hommes , et que tous les États ne s'éloigneraient de ce territoire type que par des différences en plus et en moins, susceptibles d'être déterminées à priori. Leur étendue serait réglée par la loi des causes accidentelles , dont l'application est si féconde dans tous les phénomènes relatifs à la nature et à l'ordre social. Mais un pareil état de choses ne peut exister dans la réalité. Les États sont trop peu nombreux, et les causes accidentelles qui déterminent leurs limites trop multipliées, pour que leurs effets puissent se compenser.

La forme la plus avantageuse semblerait être la fédération entre un grand nombre de petits États, si l'expérience ne prouvait que la fédéra-

tion n'est guère possible que chez des peuples parfaitement homogènes et où le besoin d'union maintient encore la force. D'ailleurs, de pareils liens ne s'établissent qu'au prix de certains sacrifices; et il se trouve, en définitive, que les libertés individuelles reconnaissent deux dépendances au lieu d'une.

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