CHAPITRE PREMIER
Res sciences, des lettres et des beaux-arts ; époque où ils fleurissent.
Tout ce qui est doué d'un principe de vie à la surface de notre globe, a une existence dont la durée est plus ou moins longue, mais dont les phases sont généralement les mêmes. Ainsi, tous les êtres organisés exigent un temps déterminé pour arriver à leur complet développement, et ce n'est qu'après avoir atteint ce dernier terme , qu'ils produisent leurs fruits. Quand ils approchent de cette période de fécondation , la nature les pare de ses plus riches trésors, et leur donne un air de santé et de fête, comme pour célébrer, d'une manière solennelle, l'époque qui doit assurer la perpétuité de l'espèce.
Les peuples considérés sous le rapport de
l'intelligence, suivent les mêmes lois de développement. Ce n'est qu'après avoir acquis la force physique nécessaire pour consolider leur existence, et quand la puissance vitale a atteint son plus haut degré, que les facultés intellectuelles commencent à se manifester avec énergie et à produire leurs fruits.
Les lettres, la philosophie, les sciences et les beaux-arts sont aux peuples, ce que les fleurs et les fruits sont aux plantes; ils indiquent, d'une manière certaine, que le développement physique est accompli et que désormais la nation jouit de toute la plénitude de sa force.
Assez généralement la poésie devance cette époque et se mêle à l'enfance des peuples, comme l'imagination domine l'enfance de l'homme; elle jette ses reflets séduisants sur la carrière qu'il s'apprête à parcourir et l'entoure de ses plus brillantes illusions.
Le premier besoin d'une nation ?st de se consolider, de se créer une existence indépendante et de se procurer les moyens d'y répandre quelques charmes. C'est lorsqu'elle est parvenue à obtenir tous ces avantages et à jouir du bien-être matériel, qu'elle cherche à y joindre les trésors de l'intelligence. Le peuple alors complète son organisation ; il fait acte de virilité. Les sciences et les lettres ne se développent, chez lui, qu'à la
condition qu'il soit entièrement développé luimême et qu'il possède le sentiment de sa nationalité.
Dès que le bien-être physique augmente, et qu'il a dépassé une certaine limite, les liens sociaux se relâchent, parce que les individus n'en sentent plus la nécessité : l'égoïsme remplace les vertus du citoyen, et les fruits de l'intelligence deviennent plus rares. Cette période est la troisième et la dernière de la vie des peuples. On commence alors à marcher vers une dissolution imminente.
Le peuple romain avait pris déjà un immense développement physique, quand, à l'exemple des Grecs, il se mit à s'occuper des sciences, des lettres et des arts. Les fruits qu'il recueillit furent tardifs et d'assez courte durée. On les vit disparaître en même temps que se relâchaient les liens qui tenaient unies toutes les parties de l'empire.
La Rome nouvelle qui se consolida à l'ombre de la croix, ne le céda pas, pour la puissance, à sa sœur aînée; et son front se couronna, comme le sien, de tous les prestiges des produits de l'intelligence.
Il n'est guère de peuple qui n'ait présenté les phases que je viens d'indiquer. On pourrait dire même que ceux qui n'ont pas marqué
leur existence, en laissant des traces d'un développement intellectuel, ont été des peuples incomplets. La plupart sont oubliés aujourd'hui, et leur mémoire n'éveille aucune sympathie.
Le peuple grec, au contraire, sera à jamais l'objet de l'admiration des hommes. Il a eu le talent et l'énergie nécessaires pour faire de grandes choses, et le mérite de les avoir exposées avec dignité et consacrées par des monuments qui attestent son génie.
Ici encore, les produits de l'intelligence ne se sont manifestés qu'à partir d'une certaine époque; et ils ont cessé dès que la puissance du peuple grec a commencé à chanceler et que son patriotisme a fléchi.