‹ Du système social et des lois qui le régissentChapitre 40 sur 86 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Exeès du traTall nuisible. — État d'équilibre.-— jtliénation mentale. — Morts prématurées.

Il est un état d'équilibre nécessaire entre nos facultés intellectuelles et nos facultés physiques. Quand cet état existe, rhomme produit intellectuellement tout ce qu'on peut attendre d'une brillante organisation, sans qu'il y ait maladie par excès ou par défaut ; quand au contraire l'équilibre est rompu, ses facultés souffrent et sont exposées à des maladies spéciales qui méritent, par cela même, toutes nos études.

Un développement trop prononcé de notre physique rend l'intelligence paresseuse et souffrante; trop peu de développement, surtout si le système nerveux vient à prédominer, donne à notre intelligence une surexcitation qui peut lui devenir funeste. Ce n'est pas sans raison que l'on insiste sur l'adage mens sana in corpore sano. '

C'est particulièrement sur l'enfance, époque où se fait le développement des facultés les plus précieuses de l'homme, qu'il faut étendre

136 Liv. I. — DE l'homme.

une sollicitude éclairée ; il faut alors donner de la rectitude au coup d'œil, de la finesse au tact, de la justesse à l'ouïe. Quand ces organes ont été exercés avec prudence, l'enfant conçoit avec plus de facilité, et ses facultés intellectuelles se prononcent avec plus d'harmonie et de force.

L'irréflexion et la vanité des parents font qu'on suit généralement une marche tout opposée. On a hâte de saisir les premiers indices du développement de l'intelligence , on s'applaudit de voir s'épanouir un esprit précoce, et l'on ignore presque toujours à quel prix on achète ces satisfactions de l'amour-propre.

L'entendement porté à sa maturité avec trop de précipitation, détruit le physique. Les jeunes plantes élevées en serre chaude portent prompteraent leurs fruits et dépérissent après avoir satisfait une curiosité trop impatiente. De même la plupart des jeunes prodiges qui ont été oflerts à l'admiration des hommes, ont fini par avorter après avoir excité pendant quelque temps un étonnement peu réfléchi; et ceux dont l'intelligence ne s'est pas complètement arrêtée , ont succombé à une mort prématurée. On ne bouleverse pas impunément les lois de la nature.

Le défaut de culture de l'esprit produit d'autres inconvénients ; il laisse bien souvent au physique une prédominance fâcheuse , ou

SECT. ni. — DES QUALITÉS INTELLECTUELLES. 137

bien il lâche la bride à des passions désordonnées. En général , le manque de développement de Tintelligence porte obstacle au développement des qualités physiques, il ne permet pas à la physionomie de prendre de Fexpression et de la noblesse , à nos membres d'acquérir de la souplesse et de la grâce, à notre démarche d'avoir cet aplomb et cette majesté qui accusent le roi de la création. C'est avec raison que la Bruyère a dit : « Il n'y a rien de si délié, de si simple et de si imperceptible, où il n'entre des manières qui nous décèlent. Un sot ni n'entre , ni ne sort, ni ne s'assied , ni ne se lève , ni ne se tait, ni n'est sur ses jambes, comme un homme d'esprit (1). »

Il existe donc, pour chaque intelligence, un certain degré de développement qu'il ne faut pas chercher à dépasser. Je vais même plus loin, et je maintiens que les trois principaux éléments de l'homme, les facultés physiques, morales et intellectuelles, sont tellement liées, tellement dépendantes les unes des autres qu'on ne saurait agir sur elles séparément. Il se présente donc ici un problème de maximum d'effet, qui consiste à rechercher dans quel rapport les facultés doivent être généralement développées :

{i) Les Caractères, chap. ii, Du mérite personnel.

138 UV. I. — DE L HOMME.

je dis généralement, parce que ce rapport ne peut être le même en passant d'un individu à un autre* Chez l'un, il faut exercer plus particulièrement le physique; chez l'autre, c'est le moral ou l'intelligence. S'attacher à développer un élément seulement sans consulter les deux autres, c'est s'exposer à produire les résultats les plus fâcheux.

Une maladie affreuse frappe l'homme dans le trop ou le trop peu de développement de son intelligence. Pendant longtemps on a désigné sous le nom de folie, tous les dérangements auxquels notre raison est exposée; on a mieux compris plus tard qu'il est essentiel de distinguer l'idiotisme de l'aliénation mentale; ce sont en quelque sorte les deux états extrêmes entre lesquels flotte notre intelligence.

L'idiotisme est un manque de développement intellectuel, produit souvent par une organisation physique vicieuse; il se distingue de la démence qui est l'affaiblissement de la raison, occasionné par la vieillesse ou par des excès.

L'aliénation mentale au contraire est une surexcitation, un état de l'intelligence qui dépasse la portée de notre organisation physique. Cette surexcitation est d'ordinaire d'autant plus aiguë qu'elle se concentre davantage sur un même objet ; de là, les idées fixes, la monomanie.

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