CHAPITRE VIL
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L*homme supérieur est en général celui qui raerce sur les autres hommes un certain ascendant, soit par son intelligence soit par d'autres qualités éminentes. Cet ascendant peut se manifester de différentes manières : quelquefois il Ikit naître le respect ou l'admiration, et quelquefois aussi il imprime le mouvement à tout un peuple et le rend capable des plus grandes entreprises, comme aussi des plus grands sacrifices.
On n'est point homme supérieur, parce que l'on se distingue par des qualités physiques, quelque belles qu'elles soient d'ailleurs : un ensemble remarquable de qualités morales ne suffirait pas même, s'il n'était en rapport avec rintelligence.C'estcedernier élément, pris dans le sens le plus large, qui constitue la vraie supériorité, du moins dans nos sociétés modernes. Nous ne pensons pas à cet égard comme les anciens,qui accordaientbeaucoupplus aux qualités physiques, et qui même les avaient divinisées.
C'est à l'intelligence qu'appartient aujour-
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d'hui la suprématie. Cependant ces hommes privilégiés qui brillent par une heureuse harmonie entre toutes leurs facultés mentales, ceux même qui pourraient être considérés comme des types du beau intellectuel, n'exercent en général que peu d'action sur leurs concitoyens, s'ils s'en éloignent trop par leurs habitudes ou par la nature de leurs études. On les respecte, on les admire ; mais ils restent isolés au milieu de cette admiration générale, à peu près comme ces monolithes de l'antiquité, chargés de transmettre aux siècles à venir le souvenir des grands événements contemporains. Leur hauteur ne sert qu'à donner la mesure du développement intellectuel de l'humanité à l'époque où ils vivaient.
Il est quelques écrivains cependant qui ont influé puissamment sur les autres hommes et qui ont laissé des empreintes profondes de leur passage. Mais, pour arriver à produire de pareils effets, ils ont dû agir à la fois sur le moral et sur l'intelligence; ils ont dû se mettre d'abord en harmonie avec ceux qui les entouraient , et mériter leurs sympathies , car c*est moins par les qualités de l'esprit que par celles du cœur que les hommes se mettent en contact. C'est quand cet accord existe, que l'écrivain, devenant l'interprète de tous, est sûr
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aussi de recueillir tous les suffrages et de disposer à son gré de l'opinion publique, cette puissance capricieuse qui bien souvent usurpe la place des lois.
En général, ce n'est point en s'élevant à la limite supérieure, même pour les qualités les plus brillantes, et en s'y tenant isolé, qu'on finit par dominer un peuple et en disposer à son gré, mais en se rapprochant de la moyenne et en se conciliant toutes les sympathies. Étudiez les hommes qui ont joué un, rôle dans l'histoire et exercé de l'ascendant sur les masses ; de quelque rang qu'ils soient sortis, vous reconnaîtrez que, sous bien des rapports, ils pouvaient servir de type à l'époque où ils vivaient et qu'ils résumaient en eux les sentiments et les facultés de tous. Ils formaient véritablement le centre de gravité autour duquel le système était en mouvement.
. Souvent ces hommes ont méconnu la véritable source de leur grandeur; et ce n'est que plus tard, quand eux-mêmes ils avaient préparé leur chute, qu'ils ont pu reconnaître leur erreur et voir qu'ils avaient fini par se placer en dehors du centre du mouvement. Les mêmes lois régulatrices qui, à leur insu, formaient toute leur puissance, devenaient ensuite les causes de leur ruine.
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