‹ Du système social et des lois qui le régissentChapitre 70 sur 86 · CHAPITRE Vni · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vni

D« plAlsIr et 4e !• peUte.

Le plaisir n^a rien d'absolu ; il dépend plas encore de nous et des eirconstanees dans lesquelles nous nous trouvons, que des causes qui semblent devoir lui donner naissance. Rien n*est plus capricieux ; quand nous Tavons éprouvé, notis avons beau, pour le ressaisir, nous placer . identiquement dans les mêmes circonstances : it suffit d*un souvenir, d*un coup d'oeil, d*un rien, pour changer en mélancolie ou même en douleur ce qui devait produire les sensations les plus délicieuses.

En vain, nouveaux sybarites, nous cherchons à prolonger indéfiniment nos plaisirs ; au milieu de nos jouissances, nous nous sentons incommodés par le pli d'une rose ; et lors même que nous parviendrions à écarter jusqu'aux moindres souffrances, nos sens émoussés seraient inhabiles à percevoir le bonheur que nous appelons de tous nos vœux ; autant vaudrait demander de brillants effets de peinture, sous la condition de ne point employer d'ombres pour relever les lumières.

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. Lé plmkiT doit naître au milieu des contr&s* tefs; là nature a voulu qu'od Tachetât par I^ peine. N0u$ somuies constitués poiAr vivre danis uli état continuel d^alternatives^ et notre diAë ft l)ésc»n d^émotiours ; elle est cotattie la corde de la lyre qui ifô résonne pas sans êtré^ mise en vibration , et qui résonne d'airtant^ pkis fort que les vibrations sont plus étendues. Cependant il ne faut pas dépksséi^ (certaines ' ttmitésvet acheta des plaisirs vifs, en s*ex« posant :Â toutes liêfS infirmités dont la nature punit ceux qui mféconnaîi^sent ses Ms. Laissons au joueur ces alternatives brusqués qui le font' passer dÏBs émotions les plus enivrantes aux angoisses les plus doutoureusesiLes états extrêmes sont dé véritable maladies de Tâme.

Il est un art bien difficile; c'est celui de savoir ménager les transitions, et d'arriver de la peiné ati plaisir par une succession de contrastes Habilement ménagés et qtii ravivent nos jàulSsances. Le mouvement constitué la vie morale, comme il est l'essence de la vie physique; le tout est de savoir jusqu'où peuvent aîifer les oscillations et de lés niodérer k son gré. iPuîsque la peine est nécessaire à notre oi^gànisation, il faut s'en créer soi-même qu^on pùi^e maîtriser facileineùl. Or la natriré semblé nous en avoir indiqué les moyens;

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elle a voulu que rhomme vécût pour le travail. La peine que l'homme se crée ainsi peut être prolongée autant qu'il le désire ; il peut Faug* menter à volonté, en choisir la nature, la mettre en rapport avec ses goûts et son organisation ; et cette peine affecte le physique, sans blesser ni le moral ni Tintelligence ; elle tend au contraire à donner plus de force et de ressort à l'un et à l'autre.

. Nous trouvons ici une extension curieuse d'une loi de la physique, c'est que l'action est égale à la réaction. Quand nous sortons de notre état habituel par une cause quelconque qui amène le plaisir ou la peine, nous tendons à y rentrer ensuite, mais nous n'y réussissons qu'en le dépassant pour arriver à un état contraire. Qui n'a fait cette expérience si simple, qui n'a ressenti, le lendemain d'un jour de plaisir et d'effusion, un vide mélancolique dont il cher-chait inutilement à s'expliquer la cause?

11 n'existe point d'homme qui se soit trouvé constamment dans le plaisir ou dans la peine. Ce ne sont pas les dehors que l'on doit consulter, il faudrait pouvoir saisir l'homme quand il est en présence de lui-même. J'ai connu des personnes pleines d'une gaieté étourdissante dans le monde, et qui, rentrées chez elles, se prenaienl à pleurer comme si elles eussent éprouvé

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des chagrins réels. D'autres en apparence mélancoliques éprouvaient, d'une manière <îontinue, des sensations douces et tranquilles, qu'elles n'auraient pas échangées contre toutes les joies de la terre.

Si nous pouvions analyser toutes nos sensations, nous trouverions que nous oscillons constamment autour d'un état moyen déterminé et entre des limites plus ou moins larges qui dépendent de notre position sociale, de notre organisation morale et physique, ainsi que de notre libre arbitre. Resserrer ces limites de manière à rendre sa vie monotone, c'est pour ainsi dire se donner la mort avant le terme fixé par la nature. Élargir trop les mêmes limites^ et s'exposer aux effets réunis de toutes les causes accidentelles, c'est se jouer sur les bords d'un abîme, et vouloir des malheurs ou des jouissances qui dépassent notre faible portée. Le sage évite égalenient ces excès ; et, sans se condamner à la froide immobilité du tombeau, il se resserre dans de justes limites, de manière à rester toujours maître de sa marche.

Mais cet état moyen a-t-il quelque chose d^absolu ; et tous les hommes , en payant leur tribut à la mort, ont-ils eu la même part de plaisir et de peine? Je ne le crois pas. Les moyennes d'ailleurs ne sont pas comparables ;

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elles n'ont de vjilear qu'en Ie& mutant en ra|>pwt avec les organisations des individus et leurs positions sociales respectives. Il en résulterait que la moyenne, même pour un seul individu, n'aurait pas une valeur constante ; ce qui aurait été pour lui un sujet de plaisir, à une époque de sa vie, ne l'est plus & une autre époque* Cet élément n'admet que des valeurs relatives, et son appréciation dépendrait de trop de circoDLStances pour pouvoir l'évaluer d'une manière satisfaisante. La plupart des hommes n'apprécient véritablement que les plaisirs matériels ; il en est bien peu qui donnent la préférence au bonheur moral ou à des jouissances purement intellectuelles. On conçoit en effet que ces trois sources de plaisir, le pbysi* que, le moral et l'intelligence, ont des besoins différents , et que c'est en les satisfaisant, chacune selon son degré de développement, qu'on peut arriver à un certain maximum qui doit nécessairement être très-variable.

C'est de l'ensemble de toutes ces moyennes que se compose le bien-être d'une nation, bienêtre qui présente également un état moyen et des limites pour les diverses fluctuations auxquelles la nation peut être assujettie.

L'humanité, à son tour., résume en ellcrmême : ce qui appartient à chaque nation en particu-

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lier, et présente également son état moyen avec ses limites. Tout ce que nous pouvons reconnaître, c*est que .les jopj[s$apçç9 morales et intellectuelles tendent de plus en plus à prédoiioinery^ par suite du progrèa des sciences.

Gomme d*àiileurs ce progrès est basé en même temps sur un développement plus complet de la raison, il y a lieu de supposer que, pendant que la moyenne se relève, les limites des oscillations tendent à se resserrer ; et qu'ainsi le corps social, en augmentant son bien-être, voit diminuer les chances de tomber dans des états extrêmes. Sous ce rapport encore, il y aurait donc perfectionnement et progrès.

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