CHIMIE
Le tabac qui, depuis longtemps, est employé sous ses diverses formes, a été et est encore le sujet de nombrenses controverses : tels savants docteurs l’acceptent dans son usage modéré et le prescrivent mème comme aidant aux fonctions digestives ; d’autres, et ceux-là en plus grand nombre, le rejettent comme toxique violent, altérant par conséquent les fonctions de la vie. Ces recherches n’étant pas de la compétence d’un pharmacien, je m’en tiendrai à donner les diverses opinions des savants qui ont traité ce sujet plus sûrement ou au moins avec plus d'étude. Je sais que le tabac, dans ses diverses formes, devient un besoin pour les personnes qui en font usage, et qu’il est très difficile de s’en priver lorsqu'il est passé pendant quelque temps à l’état d'habitude. :
Le tabac est employé en pharmacie et en médecine ; il entre dans plusieurs médicaments ordonnés dans des affections diverses.
Le tabac contient comme principe actif la nicotine. Un emploi malveillant a donné à cet alcaloïde une terrible renommée. IN contient encore la nicotianine, dont on n’a pas encore bien étudié les caractères ; Vauquelin a trouvé dans les feuilles du tabac de la nicotine, de la nicotianine, extractif chlorophylle, albumine végétale, gluten, amidon, et. différents acides connus, acide malique, citrique, acétique, oxalique, pectique, ulmique, azotique, chlorhydrique, sulfurique et phosphorique, et divers sels à base de chaux, de potasse, de fer, de magnésie et d’ammoniaque.
Les différents tabacs renferment la nicotine à des degrés différents qui sont, je crois, les suivants : Lot, 7,96; Lot-et-Garonne, 7,84 ; Nord, 6,6; Ille-et-Vilaine, 6,29 ; Pas-de-Calais, 4,94: Alsace, 3,21. $
Les tabacs étrangers contiennent la nicotine à un degré différent. Ainsi: Virginie, 6,87, Kentucki, 6,09 ; Maryland, 2,29 : Havane, un peu moins de 2,09. Ces proportions ont été prises sur desfeuilles écotées. La nicotine n’est pas seulement contenue dans les feuilles:
SAT te la tige, la racine et mème les semences en contiennent, mais en quantité moindre. |
La nicotine récemment préparée et pure est liquide, incolore, transparente, oléaneuse, assez fluide, lévogire et devenant dextrogire par l'addition d'acide chlorhydrique. Sa densité d’après MM. Pelouze et Frémy, à 0° est de 1.024, à 15° selon M. Wurtz de 1.027, d’après Schlæsing de 1.048 ; la densité de sa vapeur est de 5,61 d’après les recherches de M. Barral.
C’est un poison très-violent rangé dans la série des poisons narcotico-âcres. Elle entre en ébullition à 250° et s’altère si elle n’a pas été distillée dans un courant d'hydrogène. M. Barral n’a pu la congeler en l’exposant à un froid de 40°, Elle distille facilement et sans s’altérer en présence de l’eau. Elle attire l'humidité de l’air, qu’elle perd dans de l'air desséch& par de l'acide sulfurique. Sa vapeur brûle avec une flamme blanche fuligineuse, comme les huiles essentielles. La nicotine se dissout dans l’eau, l'alcool, l’éther, le chloroforme, les huiles grasses, et l'essence de térébenthine la dissout en petite quantité : elle dissout le soufre à chaux et non le phosphore.
La nicotine a pour formule C?° H'* Az’; c’est une base très-énergique, neutralisant tous les acides, les oxydes des dissolutions salines d’un grand nombre de métaux sont précipités par cette base qui ne cède la place qu'à l’ammoniaque et aux bases des deux premières sections en exceptant J’alumine. Si l’on approche d’un flacon denicotine une baguette de verre mouillée d’acide chlorhydrique, il se répand dans l'air d’épaisses fumées blanches; l’ammoniaque produit le même eflet avec ce même acide. Elle absorbe l’acide chlorhydrique et tend à former des aiguilles cristallines, si l’on agite le liquide pendant l'opération. Par l’action de la chaleur elle absorbe cet acide et se colore en rouge. On à dit que la nicotine donnait avec les sels cuivriques la coloration bleue que l’ammoniaque produit dans ces dissolutions, des expériences plus récentes sembleraient démentir ce fait en se servant de la nicotine pure.
Plusieurs procédés ont été employés pour préparer la nicotine. Découverte par Vauquelin en 1809 dans le nicotiania tabacum ; Possel et Reimann, Boutron et Henry l’ont extraite plus tard (en 1828 environ) des feuilles de tabac, de nicotania macrophylla (tabac de Maryland) , de nicotiania rustica, et de nicotiana glutinosa. Plusieurs chimistes, MM. Ortégosa, Barral, Melsens, Schlæsing, l'ont obtenue
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à l’état de pureté; Ræwski a donné la composition de ses sels, enfin les recherches de MM. Kerule et Planta permettent de la ranger dans les ammoniaques complexes.
4e Procédé Barral. — Pax le procédé de M. Barral, on prépare la nicotine en faisant digérer les feuilles de tabac sèches, hachées, avec de l’eau aiguisée d'acide sulfurique jusqu'à ce qu’elles aïent perdu leur âcreté. La liqueur évaporée à moitié est distillée sur de la chaux. La nicotine est entraînée par l'eau distillée et l’on sépare cet alcaloïde en l’agitant avec de l’éther. On traite encore avec l’eau de la distillation précédente le résidu jusqu’à ce que l’âcreté ait totalement disparu. En maintenant pendant une quinzaine de jours à des températures croissantes jusqu'à 140°, on enlève l'éther, l’eau et les matières étrangères plus volatiles que la nicotine. On distille alors sur de la chaux éteinte la liqueur ainsi concentrée dans un courant d'hydrogène. La cornue est placée dans un bain d'huile chauffé à 490°, et son col plonge dans un récipient sec. La nicotine n’ayant à subir ni les altératious de l’air, ni une trop forte température, distille légèrement colorée, et n'obtient «on état de pureté que par une nouvelle distillation. \
2 Procédé de Schlæsing. — On épuise le tabac par l’eau bouillante, et l'on concentre l'extrait jusqu'à ce qu’il se prenne en masse, On le traite alors par deux fois son volume d'alcool à 36°. Le mélange produit se sépare en deux couches; la couche supérieure presque noire et liquide renferme [a nicotine; l'inférieure au fond du vase noire, presque solide, est composée en grande partie de malate de chaux, On décante la liqueur, et par la distillation on obtient un extrait sirupeux qui contient des matières étrangères que l'on précipite par l’alcool, et l'on obtient un moindre volume, On traite ce dernier extrait par une dissolution concentrée de po tasse, on laisse refroidir et on agite avec de l’éther; la nicotine s'y dissout avec d’autres substances d’un jaune foncé. Si l’on distillait aussitôt, on décomposerait presque sûrement ces matières. L’oxalate de nicotine étant insoluble dans l'éther, il est facile de se débarrasser de ces impuretés. L’oxalate de nicotine se dépose au fond du vase en une couche sirupeuse ; on décante, on lave avec de Féther, on traite par la potasse, on reprend par l’éther que Po» distille ensuite au bain-marie. On rectifie la nicotine dans un