‹ Du temps que les bêtes parlaientChapitre 27 sur 36 · LES CINQ · texte numérisé non relu

LES CINQ

22 août 1887.

Après les Seize, les Cinq,

Perspicaces flaireurs de reffroyable ridicule, où est en train de s"em...bourber la rustique charrue de M. E. Zola, cinq jeunes hommes de lettres pris de tardives nausées devant l'escopetterie des héros du Maître et la finale potée de... terre dont le fermier Buteau coiffe l'huissier Yimeux, dans un des derniers feuilletons parus, cinq jeunes hommes de lettres ont donc cru devoir protester dans le Figaro (arrivé, cette fois, bon dernier après V Événement, le Matin et la Vie parisienne) et viennent d'apprendre à V Univers que MM. Paul Bonnetain, J.-H. Bosny, Lucien Descaves, Paul Margueritte et Gustave Guiches ne font désormais plus partie des Soirées de Médan, (où personne n'a jamais vu leurs noms), et cessent

à partir de ce jour de marcher derrière le tonnant Emile 1

Que diable ! on a de l'odorat et une tenue littéraire doncques !

C'est beau l'enthousiasme et la jeunesse ! Néanmoins je me permettrai de dire à ces cinq jeunes hommes qu'ils ont fait là un pas de clercs. En dehors de M. Paul Bonnetain, que Chariot s'amuse et sa collaboration à Sarah Barnum pouvaient peut-être rendre moins scrupuleux (mais que la bonne poignée de main de Céard à la fin de la préface de Chariot n'enchaînait pas, somme toute, à la garde-robe du Maître i, en dehors de lui et de M. Lucien Descaves, visiblement imprégné de Zolisme, — dans ses œuvres de début surtout, — les trois autres, ce nous semble, n'avaient pas à se laver d'une tare que personne ne songeait à leur imputer.

M. Paul Margueritte, à l'écriture si artiste, obsédé de rares et intenses impressions, poète en prose hanté jusqu'au névrosisme du style et de la manière des Concourt, M. Paul Margueritte, dont le roman Tous quatre demeure un des plus beaux livres parus depuis quatre ans, n'avait rien de commun, à notre avis, avec le gros entrepreneur des dépotoirs de Médan : pas plus de rapport, M. Custave Guiches. Quant à M. Rosny, il a perdu, encore, une belle occasion de se taire, lui qui vient de publier, dans Immolation, une si sobre et

si cruelle étude de paysans. Elle était là. écrite en trois cents pages, sa protestation, à lui, dans Immolation, le Fils aîné et la Sorcière, trois nouvelles d'une exactitude navrante et poignante dans leur tragique férocité. Voilà déjà un an que, dans certaines chapelles, le Bilatéral, le curieux roman du même Rosny sur les mœurs socialistes en France, est fortement mis en parallèle avec Germinal du Maître ; dans la main perfide de certains amis, M. Rosny était bel et bien en train de devenir la massue avec laquelle on s'exercerait entre confrères à tomber l'auteur de r Assommoir ; M. Rosny devait garder cette attitude et, puisque la jeune école l'acceptait comme rival possible du Colosse, en tant que peintre de mœurs sociales, entendons-nous (car entre naturalistes, là plus que partout ailleurs, personne n'abdique et tout talent se spécialise), la conduite indiquée pour M. Rosny était de rester dans l'ombre, chef de parti de demain, vague ébauche d'un maître, hypothèque entre les mains d'un Warwik littéraire, faiseur et défaiseur de rois. C'était là la partie à jouer et ce qu'il lui fallait éviter avant tout, c'était de se poser en fils ingrat et d'entrer, lui quelqu'un, dans cette mutinerie de jeunes élèves.

La curieuse observation à faire dans cette nouvelle déclaration des droits de l'homme, c'est qu'aucun des véritables féaux enrégimentés de

Médan n'a bougé, ni Céard, ni Hennique, ni Maupassant, sûr, lui, de sa personnalité et des paysans normands qu'il s'est affermés dans cinq volumes de nouvelles, ni Joris-Karl Huysmans, retranché dans son château de Loups, où il nous disséquait, ce dernier printemps, les effrayants ruraux de son roman d'En rade. Aucun de ceuxlà ne s'est senti menacé ni atteint par les déjections de la Terre, et c'est pour ainsi dire la petite classe, ceux auxquels on ne pensait pas, ceux auxquels on n'avait jamais songé, qui ont cru devoir pousser le classique

Après Agésilas,

Hélas ?

Mais après Attila,

Holal

des romans honnis et des mauvaises pièces.

Charmant! car ils ont prouvé une fois de plus, à l'usinier de Médan jouant désormais les Interdits sur son trône solitaire, la vérité de ce sage proverbe : In ultima cauda venemim.

Dans un très personnel et très mordant article de M. Charles Yignier, publié vendredi dernier, je relève ce passage perfide :

« Je rencontrai, dans la journée d'hier, deux quidams dont l'aspect louche annonçait suffi-

samment les méchantes intentions. Par ces mots, ils m'abordèrent :

« — Avez-vous lu l'article du Figaro ?

« Et, sans que j'eusse daigné leur répondre, ils proférèrent des phrases mal articulées parmi lesquelles, pourtant, je distinguai le nom de Daudet. Fi, les pernicieux, qui m'influencèrent malgré moi et...

« Je supputai le joli article qu'il y aurait à faire pour les malicieux et qui s'intitulerait :

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