‹ Du temps que les bêtes parlaientChapitre 3 sur 36 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

aux préjugés de caste et aux rancunes de salon, ne place au premier rang des littérateurs cet héritier spirituel de Juvénal, de Montaigne et de Saint-Simon. La fatalité veut que Jean Lorrain ait, au théâtre, créé seulement des tragédies symboliques, trop nobles et trop hautaines en leurs idées, trop parfaites dans leur forme pour séduire un public épris fanatiquement du bas réalisme en vogue et des sempiternels adultères. Dans la préface de son théâtre, l'auteur de Yanthis et d'Ennoïa reproche tristement à la grande artiste pour qui les principaux rôles furent écrits, d'avoir voulu des succès plus commodes, plus indignes d'elle aussi, et d'avoir reculé devant la tâche d'initier la foule à la pureté d'un rêve nouveau. Hélas! il faudrait tant de vaillance aujourd'hui à nos comédiens notables pour affronter le sourire des spectateurs en jouant une tragédie comme celles du dix-septième siècle, en essayant défaire vivre un autre Polyeucte, une autre Bérénice! Les moqueries et les sifflets des meilleurs salueraient le chef-d'œuvre. Un immense ennui découragerait les dames au fond de ^eurs loges. Elles réclameraient frénétiquement leur vaudeville coutumier , tandis que mille et trois poètes, ravis de voir sombrer l'émule, feraient chorus avec les badauds.

S'il ne put conquérir, comme il seyait à la gloire de notre littérature, l'admiration longue et fervente

Page 1