PREFACE XI
des troupeaux qui viennent chaque soir, au théâtre, digérer, Jean Lorrain, tout d'abord, émerveilla par ses contes V élite lettrée. Le Gil Blas, l'Écho de Paris, le Gaulois, le Journal durent leur fortune au succès de ces histoires merveilleuses. Qui n'aima ces dialogues verveux, révélateurs de caractères rares, d'existences entières, par le raccourci de quelques répliques"^ Les portraits quil traça, s'ils lui valurent des haines et des réprobations parfois justifiées, vouèrent Jean Lorrain à la louange de ceux qui chérissent le style au dessin net et décisif, aux teintes brusques et suggestives.
Il ne faut pas choisir, dans cette série d'inoubliables types, une Ellen, unHélie, une Mme de Charmaille, un d'Héloë. On se méprendrait complètement. Il faut considérer la foule que ces gens forment. Il faut prêter l'oreille aux froufrous, aux tumultes, aux bavardages, et aux soupirs. La miraculeuse diversité des âmes et des gestes, des instincts et des pensées, des vices et des splendeurs, desjoyaux et des haillons n'a d'égale qu'en peu de chefs-d'œuvre issus de littératures anciennes. C'est à Pétrone et à Saint-Simon que l'on apparente Jean Lorrain d'abord. Ailleurs, Montaigne disserte par sa bouche. Ce que nous promirent Barbey d'Aurevilly et les Concourt, /tous le possédons en écoulant M. de Phocas et M. de Bougrelon, en assistant au jour de l'An belge dans un