‹ Du temps que les bêtes parlaientChapitre 5 sur 36 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

Bruxelles plein d'uniformes neufs et surannés, de visages jeunes et aïeuœ. Maupassant écrivit peu de contes qui surpassent ceux de Jean Lorrain. Celui-ci sut y joindre un sens exlraordinaire et précieux des taxes, des modes, des vices propres à l'élite singu- , Hère qui, dans les villes d'eaux et les « Splendides hôtels », requiert sa chance ou jouit de son triomphe. Plus analytique dans l'œuvre de Maupassant, la psychologie est, dans celle de Lorrain, plus synthétique. Le premier approfondit l'âme des individus, le second étudie celle des milieux et des groupes. Stendhal influença l'un, Balzac F autre. Ma Petite Ville est une preuve.

On a, sur Jean Lorrain, écrit de très bonnes études. Celle de M. Georges Normandy, insérée au début de Pelléastres, est parfaite à peu près. Je voudrais qu'on insistât, dans l'avenir, sur létonnant voyageur que fut notre cher mort. Aucun autre écrivain n'a comme lui évoqué Tunis, la TripoUtaine . On peut comparer à ces pages celles des meilleurs. Elles restent sans rivales. Les Heures corses sonnent même la défaite pour le Mérimée de Colomba.

De tous ces mérites, le principal est, à mon avis, l'originalité qu'adopta Jean Lorrain de transposer l'intérêt de l'individu dans le milieu. Ce sont expressément des chœurs qui jasent dans ces beaux dialogues où tant d'idées esthétiques, sociales, littéraires.

PREFACE xiiT

Se transforment selon lesljouches qui les dictent, selon les cerveaux qui les conçurent ou se les assimilèrent. L'exactitude est aussi un don particulier à Jean Lorrain. Bien qu'il élise volontiers des exceptionnels pour ses héros, ceux-ci, toujours ou presque, sont les portraits incontestables de gens réels, coudoyés, vivants. L'historien qui voudra ressusciter l'existence et les goûts de celle société bizarre mais certaine, n'aura certes qu'à s'en remettre au témoignage de Jean Lorrain. Comme il me l'a dit souvent, il n'a rien ajouté, rien retranché de ses constatations. Nice, Monte-Carlo, toute la Riviera, certains quartiers de Paris lui offrirent à foison les hommes et les femmes de ses contes, les protagonistes de ses impérissables dialogues. Sous tous les masques il y a de la chair et de la passion vivantes.

A ce magnifique observateur de milieux précis, à ce psychologue du groupe, à cet écrivain merveilleux des paysages africains et des capitales européennes, à ce poète de Yanthis et Ennoïa nous avons entrepris d'élever le monument qui attestera la force de notre reconnaissance, et l'éternité de notre souvenir.

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