DEFINITION. — DISCUSSION
Variété clinique du tétanos localisée à la tête (avec ou sans généralisation ultérieure) et présentant comme symptôme constant et caractéristique, une paralysie faciale, ordinairement unilatéraie.
Telle est la définition que nous donnerons de la forme particulière de l'infection tétanique que nous
nous proposons d'étudier.
Définition. — Formes et variétés. — I] est indispensable avant de commencer ce travail, de s’entendre sur la dénomination d’abord et sur le sens ensuite de l'expression : {élanos céphalique avec paralysie J'aciale, car, ainsi que l’a bien fait remarquer Villar dans son excellent travail de 1888, il régnait et il règne encore une certaine confusion sur ce point entre les auteurs.
Les uns ont comme à plaisir multiplié les variétés de tétanos localisé à la tête, décrivant autant de formes qu'il y a de symptômes ou de complications et proposant des variétés différentes, selon la marche de l'affection, selon sa bénignité ou au contraire sa
gravité, selon même le groupe de muscles atteint par les contractures.
On a ainsi pu décrire les formes suivantes : aiguë, chronique, continue, rémittente, pyrétique, apyrétique, analgésique, hyperalgique, oculaire, cervicale, massétérienne, généralisée, localisée, dysphagique, hydrophobique, œsophagienne, etc.
D'autres auteurs, au contraire, sans admettre de variétés différentes, malgré cependant ce que la clinique nous apprend, ne reconnaissent qu'un tétanos céphalique : c’estle kopftetanus des écoles allemande et suisse, c’est le tétanos hydrophobique de Rose.
Quelques auteurs même ont été jusqu'à nier le tétanos céphalique et la paralysie faciale ; nous ne nous en occuperons pas, cette question est aujourd'hui tranchée: pas de discussion possible.
Pour s'entendre, il faut faire table rase de toutes les hypothèses, de toutes les dénominations, et bien examiner les faits que la clinique nous apporte.
De l'examen des observations, que peut-on conclure ?
Qu'il y a une forme de tétanos traumatique reconnaissant pour cause une plaie de la tête, et localisée,
au début tout au moins, à la région céphalique, ce
qui n’est pas le cas du tétanos ordinaire.
Presque tous les auteurs du reste sont d'accord pour accepter, à côté du tétanos général, une forme céphalique de l'infection.
Mais là où ils différent c'est, nous l'avons vu tout
à l'heure, sur les formes diverses que peut revêtir ce tétanos céphalique.
Il est certain qu'il ne faut pas tomber dans le travers, signalé plus haut, de ceux qui ont multiplié les variétés, mais il faut reconnaître cependant, quand on a lu des observations un peu nombreuses de tétanos céphalique, qu'il existe des variétés cliniques bien tranchées non seulement par la symptomatologie, mais par la marche et le pronostic, et qu'il est impossible de ranger dans une même description, dans un même casier pathologique par exemple, le tétanos hydrophobique vrai, aux crises effrayantes de dysphagie et de troubles respiratoires provoquées par la seule vue d’un verre d’eau et, sans aucun phénomène paralytique, avec ces cas que nous voulons étudier où la paralysie faciale est le symptôme dominant, pouvant même précéder tous les autres, et où dysphagie etsurtout hydrophobie sont des manifestations rares que l’on ne rencontre que dans peu d’observations et souvent au moment de la généralisation de lintoxication tétanique.
Nous ne retiendrons donc, avec le Dr Villar, dont la classification nous paraît une des plus claires, et en dehors du tétanos céphalique simple (sans autre phénomène que le trismus et les contractures des muscles de la face et du cou), que deux grandes variétés de la forme céphalique, selon la présence d’un des deux grands symptômes, paralysie faciale (totale ou partielle), ou troubles dysphagiques (dysphagie, hydrophobie, spasmes pharyngiens), ou
selon leur prédominance dans les cas où ils coexistent, et nous décrirons d’une part le {étanos céphalique à forme dysphagique, sans lésion paralytique du facial, pouvant aller depuis la simple gêne dans la déglutition jusqu’à la plus terrible hydrophobie, et, d'autre part (c’est celle-là seulement que nous étudierons), la forme céphalique avec paralysie faciale, pouvant, bien que ce soit comme phénomène accessoire, et d’ailleurs loin d’être fréquent, présenter de la dysphagie, quelquefois même de l’hydrophobie ; la paralysie faciale pouvant elle-même aller depuis la paralysie d’un muscle isolé (triangulaire des lèvres) jusqu'à l’hémiplégie faciale complète et même la diplégie.
À. — Tétanos céphalique simple.
Tétanos limité à la région céphalique, assez souvent à l’occasion d’une blessure de la tête, s’accompagnant seulement de trismus unilatéral ou double, de contractures de certains muscles faciaux et même du cou, mais sans jamais présenter, ni troubles dysphagiques, ni troubles paralytiques.
To —
B.— Tétanos céphalique à forme dysphagique.
Nous éliminons les cas où il y a à la fois dysphagie et paralysie faciale, et nous pourrons décrire deux groupes, qui, en clinique, peuvent cependant parfois se confondre.
Forme seulement dysphagique.
Forme hydrophobique :
1° Forme dysphagique. — Bien qu'elle diffère franchement de la forme hydrophobique dans les cas extrêmes, la différence n’est pas toujours facile à faire dans les cas de généralisation tétanique, où l'on voit apparaître des symptômes respiratoires, et où l’hydrophobie n’est pour ainsi dire que la seconde étape de l'infection, le tétanos passant insensiblement de la forme dysphagique à la forme hydrophobique.
Cette forme est caractérisée par un spasme pharyngien plus ou moins violent, qui précède le trismus ou s’y associe, et qui a pour effet d'empêcher les malades de s’alimenter et d’absorber des médicaments.
Aux deux symptômes saillants, dysphagie et contracture des muscles du cou, s'ajoute parfois une dyspnée intense, qui contribue à assombrir le pronostic de cette forme, la plus grave après la sui-
vante :
20 Forme hydrophobique. — Cette forme est, il
faut l'avouer, exceptionnelle, et on se demande même avec quelque étonnement pourquoi toute l’école allemande donne ce nom à la forme de Rose, alors que sur toutes les observations recueillies il n’y en a pas deux où il y ait une véritable hydrophobie (Reclus).
Aux phénomènes de dysphagie et aux contractures de la forme précédente, s'ajoutent des crises parfois effrayantes, provoquées la plupart du temps, soit par un attouchement du pharynx, soit par une tentative de déglutition, soit même par la vue seulement du liquide, ou la prononciation devant le malade d’un mot se rapportant à l'absorption d’une boisson quelconque. Ces crises sont caractérisées par de violents spasmes convulsifs, partant souvent de la plaie pour s’irradier dans les muscles de la face (masséters ou autres), du cou, du pharynx, pour aboutir parfois jusqu’au diaphragme, provoquant alors par contractures des muscles respiratoires, de l’apnée et de l’asphyxie : c’est d’ailleurs la généralisation qui est la règle dans cette forme et le pronostic est presque toujours fatal, car, alors même que celte généralisation n’a pas lieu, l’asphyxie et l’inanilion guettent le patient et contribuent à la même issue.