‹ Du texte primitif des Psaumes, explication des passages les plus obscurs de ce livreChapitre 20 sur 58 · Garde-moi, ô Dieu · texte numérisé non relu

Garde-moi, ô Dieu

car je me suis réfugié en toi.

2. Tu as dit à rKternel : « Tu es le Seigneur; mon bonheur n'est pas sur toi.

(1) On sait que le partieipe présent s’emploie aussi, suivant les cas, pour le passé et même pour le futur. Cump. Oesen., Hebr, Gramm., { 134. 2.

3. Pour les saints qui sont dans le pays, ena-mémes, et les nobles en qui j’ai mis toute mon affection, i. Que leurs souffrances se multiplient!

ils se sont hâtés [après] un autre, b. Je ne répandrai point leurs libations de sang, et je n’élèverai point leurs noms sur mes lèvres.

Est-il nécessaire de faire ressortir les incohérences d’un pareil langage? Tu es le Seigneur, ou même l'u es mon Seigneur, à supposer o^\xAdonai pftt se traduire ainsi, est, surtout dans lé contexte, une expression d’une insignifiance rare. Mon bonheur nest fos sur toi ou en toi est bien plus étrange encore, puisque c’est à Dieu que le psalmiste s’adresse. Il est vrai qu’on traduit généralement ; Mon bonheur nest pas au-dessus (ou au delà) de toi, ce qui doit signifier : Mon bonheur n’est pas hors de toi, c’est-à dire je ne suis heureux qu’en toi; ou encore : Mon bien ne {va] pas jusqu’à toi, c’est-à-dire, ce qu’il y a de bien en moi ne mérite rien auprès de toi ; mais ce sont là des interprétations forcées auxquelles le sens des mots, et en particulier celui de la préposition hy, ne se prête nullement. Enfin ni le verset 2 ni le verset 4 n’ofirent la moindre trace de parallélisme.

Après avoir longtemps et à diverses reprises réfléchi sur ce texte, après avoir essayé pour ainsi dire toutes les combinaisons dont il est susceptible pour en faire sortir un sens qui satisfasse à la fois aux exigences de la logique et à celles du parallélisme, voici celle qui m’a paru la meilleure et à laquelle je me suis arrêté : 'h ÿba in 2 i 2 nnx ’m on «sy «"i', 'P Si CI Garde-moi, ô Dieu,

car je me suis réfugié en toi, » ai-je (1) dit à l'Eternel.

(1) On a reconnu depuis longtemps qu’il faut lire [sJmDN. en restituaDt un iod. Coiup. CXL, 13.

« Seigneur, mon bonheur s’en est allé (1); je suis englouti (2).

Tous les saints qui sont dans le pays, eux-mèmes ! et les nobles en qui j'avais mis toute mon affection. Ils ont attaqué (3). ils ont affligé un innocent; ils se sont bâtés do prendre un autre [roi] (4). »

De cette manière, le parallélisme est évident et le développement de la pensée très-régulier. Nous n’ar vons eu pour obtenir ce résultat qu’à séparer et à lire quelques mots autrement que les Masorètes.

Quant au sens historique de ces paroles, il nous semble très-clair. David implore la protection de son Dieu dans le malheur qui l’accable. Il se plaint que tous les saints, c’est-à-dire les sacrificateurs, eux-mêmes, malgré leur sacré caractère, et certains personnages puissants de son royaume, malgré l’affection qu’il leur avait témoignée, l’aient attaqué et renversé de son trône, lui le roi légitime et juste (on), pour en choisir un autre. Cet autre ne peut être qu’Absalom. L’un de ces grands, objet de toute l’affection de David, et qui pourtant le trahit, nous est bien connu par l’histoire de la révolte d’Absalom : il se nommait Ahithophel (2 Sam.

(1) Comp. Job. XVI, 22. — La même erreur de vocalisation ae retrouve aussi, je crois, Ps. LXXVI, 5. Seulement ce verbe a ici sa signification ordinaire de venir. Au lieu de « tu es glorieux, » apostrophe qui n"a aucun motif à cet endroit, je traduis ; Glorieux il vint^ magnifique, des monts verdoyants (?).

(2) Pour cotte expression, qui pourrait paraître étonnante, et qui est en efiet très-rare, comp. 2 Sam. XVII, 16, où elle est employée en parlant de David, précisément ù Tépoque de la révolte d’Absalom.

(3) Je rapporte ce mot à la racine qui ne se trouve pas dans

les lexiques, mais dont les adjectifs et ennemi (Ps. XXXV, 1 ;

Jér. XVm, 19, etc.; Hos. V, 13; X, 6), prouvent Texistence. C’est en vain qu'on essaye de les dériver de yil.

(4) Littéralement: lis (en) ont promptement amené un autre. Comp. 1 Rois XXII, 9; Est. V, 5. On ne sait pourquoi le ponctuatcur a mis ce verbe au kal^ quand partout ailleurs il est au pièL Nous le lisons donc aussi au piél, et nous le prenons au sens actif, au lieu de le prendre au sens neutre, comme on fait généralement.

XV, 12, 31 ; XVI, 15, etc.) Quant aux aacrificateurs, l’écrivain sacré nous apprend que Tsadoc et Abiathar demeurèrent fidèles à David (XV, 24-29, 35; XVII, 15). L’expression tous les saints pourrait donc sembler inexacte. Mais ces deux sacrificateurs habitaient à Jérusalem, et il semble que le psalmiste ait voulu éviter ce reproche en disant < tous les saints qui sont dans le pays, » c’est-à-dire dans le reste du royaume par opposition à la capitale (1).

Si cette interprétation est fondée, le dernier distique de la strophe montre que la révolte d’Absalom fut au moins autant reLigieuse que politique ;

Je ne répandrai point leurs libations de sang, et je n’élèverai point leurs noms (2) sur mes lèvres.

C’est-à-dire, je n’invoquerai point leurs divinités. Les dieux des révoltés étaient probablement Baal, Astarté, en général les dieux des Cananéens.

Le verset suivant offre encore une sérieuse difficulté avec la ponctuation et la vocalisation masorétiques ;

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