Pendant que le Tout-Puissant dispersait les rois
Le.s messagères raillent ceux qui n'ont pas pri.s part à la bataille. De même que Débora reprochera plus tard aux Israélites établis à l’orient du Jourdain d’être restés « assis entre les cloisons à écouter souffler les troupeaux » (Jug. V, 15-17), de même elles leur reprochent d’être restés à « partager le butin » fait dans les précédentes guerres et à regarder voler « les colombes ! » Et cela, € pendant que le Tout-Puissant dispersait les rois, » c’est-à-dire pendant que leurs frères étaient engagés dans une lutte formidable (2).
Mais le texte porte :
Pendant que leTout-Puissant disiiersaitles roiaenelle.
A quoi ce pronom peut- il se rapporter? A rien. Les Masorètes ont bien cru sans doute que cela devait signifier dans le pays; mais comme ni le mot pays ni rien qui lui ressemble ne se trouve dans tout ce qui précède, nous en concluons que m (en elle), qui ne signifie rien dans le premier membre, doit appartenir au second. — Observons ensuite que le mot suivant ne se trouve nulle part ailleurs et qu'il a même une forme défective qui ne convient pas à la signification qu’on lui
(1) Nous avons le droit de traduire ce féminin singulier par le masculin pluriel; thahitante de Sion signitie de même les habi’tants de Üion, Es. XII, 6; Jér. XXI, 13, olc.
(2) Voir, pour plus de détails, dans le Jixdletin théohgique^ numéro de février 1866, l'interprétation cuuiplête de ce psaume et la rectiücatioii qui a paru dans le numéro de novembre de la même année.
donne (1). Remarquons enfin que le Tsalmon est une petite montagne, au sud de Sichem, sur laquelle la neige ne séjourne pas. Toutes ces considérations nous engagent à supposer le texte altéré dans ses consonnes, et, quoiqu’il fût téméraire dans un cas semblable de rien affirmer avec certitude, je crois pouvoir le rétablir ainsi : i‘>Çnri3, ce qui nous donne un second membre, exactement parallèle au premier :
O Pendant que le Tout-Puissant dispersait les rois, pendant qu’il écrasait (2) leur apparence vaine (3). »
Ici s’arrêtent les paroles que David met dans la bouche des messagères de la victoire et qu’il avait probablement empruntées à quelque ancienne poésie, dans le genre du chant de Débora, destinée à célébrer ce glorieux événement, c’est-à-dire, suivant toutes les apparences, la victoire de Josué sur les Cananéens du sud à . Gabaon (Jos. X, 1-11).
La strophe suivante n’offre aucune trace d’altération. Après avoir battu les Cananéens, les Hébreux s’établissent au centre de la Palestine. Mais les peuples du nord, qui habitaient les montagnes de Bashan, voient avec déplaisir ces nouveaux venus et ce nouveau Dieu. Jéhovah marche contre eux avec ses chariots. Malheureusement la suite n’est pas aussi claire :
(1) li faudrait et encore ce féminin serait bien sujet à
caution.
(2) Cette racine ne se trouve qu'une fois en hébreu au nipkal (Deut. XXV, 18). En chaldéeii, au haï, elle veut dire écraser (Dan. II, •40), et au hiphil (dans le Talmud) marteler, La racine voisine tySp! (Ex. XVII, 13), a un sens analogue : « Josué battit les Âmalécites. » En syriaque, elle signifie aussi mépriser; et cette circonstance nae semble confirmer la conjecture que je propose, car on lit dans le passage parallèle LXXIII, 20 : « Tu mépriseras leur apparence vaine.
(3) Comp. Ps. LXXIII, 20. Quant an changement de p en D> nous avons vu plus haut la faute inverse (CVI, 7),